Générale

Potinons dès potron-minet

Ce matin, devant le service de garde, j’échangeais de l’information pertinente sur notre merveilleux système d’éducation avec une autre maman journaliste. Nous ne potinions pas (lire, nous n’écorchions personne de connu) mais nous discutions de l’École Internationale où elle envoie un de ses enfants: « Ils sélectionnent les enfants mais ils ne sélectionnent pas les profs. Alors on entend des « ça l’a » et des « l’autobus, elle s’en vient » de la part des professeurs…« . Loin de moi l’idée de partir un autre débat sur la qualité de la langue chez nous. Même si c’est pas l’envie qui manque après l’épisode du Loft et d’Occupation double que j’ai visionnés (en partie) l’autre semaine. Je me suis demandée si on regardait ce genre de télé pour se rassurer soi-même ou pour s’identifier à la masse qui nivelle vers le bas? Et je me suis surtout demandée ce que Thomas Mulcair foutait au royaume du potinage!!!

On parle précisément des shows de téléréalité dans ce papier du Scientific American sur le pourquoi du potinage (en kiosque). Des anthropologues se penchent sur cette croustillante question car la tendance naturelle de l’humain n’a pas bifurqué depuis l’âge des cavernes. Question de survie et d’adaptation, semblerait-il, le tout conditionné par la peur de l’étranger et de l’autre.

Comme journaliste, je suis souvent appelée à essayer de départager un scoop (ça ne m’arrive jamais, je les laisse aux « vrais »!), d’une information sérieuse, d’une anecdote, de la médisance (ça, c’est quand c’est vrai… sinon on appelle ça de la calomnie) et des potins, souvent perçus comme une vérité (ou une info plus ou moins exacte, ou un mensonge) qui n’est bonne à dire que dans les publications plus douteuses.

Généralement, lorsque je vais faire une entrevue, j’essaie d’être « vierge » et de ne pas trop ramasser d’infos -surtout pas négative- au sujet de la personne que je vais rencontrer. Ça teinte mes perceptions. La semaine dernière, avant de rencontrer Luck Mervil, une collègue m’a offert de me « feeder » sur lui; ça sentait drôle, j’ai préféré passer mon tour. Ce week-end, une lectrice m’envoyait un commentaire sur Armand Vaillancourt qui m’a laissée songeuse. Et si c’était vrai? Et si c’était faux? Et s’il y avait une deuxième et troisième version à l’affaire? Qui croire? Je n’ouvre pas une enquête de la GRC chaque fois que je tire le portrait d’un artiste ou d’un écrivain. Et je sais pertinemment que si je devais écrire une biographie, ce serait différent. Et que si je devais consacrer deux ans de ma vie à un homme (ou une femme), je n’écrirais plus sur personne. Les humains sont souvent décevants. Les plus discrets, ceux qui n’attirent pas l’attention, vous redonnent parfois la foi. Mais ils sont discrets, justement.

L’écrivain Jean Barbe (à qui on a rappelé ses déboires pour accusations de harcèlement sexuel hier soir à TLMP alors qu’Alice Cooper avait l’air d’un enfant d’école agenouillé sur son prie-dieu à côté!) a bien décidé de laisser tomber la bio de Robert Charlebois lorsqu’il l’a vu enlever des poils de chien avec son tamis à grand manche, de sa piscine creusée. Une image forte. C’est certain que celle de Dédé Fortin qui se fait hara-kiri est plus noble… Et puis quand ce quelqu’un est mort, on a tendance à l’idéaliser aussi. Je le sais, j’ai beaucoup fréquenté les morts.

Encore récemment, j’ai reçu la bio d’un homme célèbre au Québec qui était notoirement pédophile dans l’intimité. J’espère que son biographe ne le savait pas. Et je ne peux pas l’écrire car je n’ai pas de preuves, je n’ai pas été témoin et même les victimes hésitent à intenter un procès à un mort. Ça restera un « potin »…

Z’imaginez si je n’écrivais plus que sur des morts dans une page qui s’intitule « C’est la Vie! »… ? Alors, je me dis que le vivant vient avec son lot de potins juteux et j’essaie d’être toltèque (parole impeccable, parole impeccable, premier accord!). Tout le monde a le droit de se racheter. Ou de changer de victimes. Un trouduc sera toujours un trouduc jusqu’à ce qu’il en ait plein le derrière de s’écoeurer lui-même. Ou jusqu’à ce qu’on le mène au trou.