Blogue La course et la vie

Si la photo est bonne

Geneviève Lefebvre

Geneviève Lefebvre

Un jour, ça arrive dans les meilleures familles, on participe à une course.

On revient tout content, la médaille autour du cou et les jambes qui grincent devant l’escalier.

Et puis, en toute candeur, flottant toujours sur le nuage de l’amour, on ouvre notre ordinateur pour y trouver un courriel.

« Bravo pour votre course, vos photos sont maintenant disponibles ».

Yé! Des photos!

On clique.

The horror, the horror…  comme disait si bien Marlon Brando dans Apocalypse Now.

D’abord, le photographe (pas fou…) est à genoux, ou mieux encore, assis sur un petit banc de camping. Du coup, il fait ses photos en contre-plongée, ce qui ajoute trois mentons à un visage déjà déformé par l’effort.

Bravo champion.

On regarde la photo suivante, d’un coup que…

Iiiiiiiiiiiii.

Face-à-face brutal. T’as l’air d’un moustique qui vient de s’effouarer sur le plexiglas d’une visière de moto.

La suivante?

Oh!  Est-ce un phoque, est-ce un lion de mer, est-ce Jaws avalant le phoque? Les scientifiques sont perplexes!

Et le reste est à l’avenant…

De la pâleur du zombie qui fait un choc vagal au cramoisie de la mère de Carrie en pleine crise de démence, en passant par la photo prise juste au moment où tu venais de te mettre un jujube dans la bouche, ce qui te donne l’air d’un écureuil qui accumule pour l’hiver, tout y passe.

C’est le festival de l’humilité, et si t’as pas d’humour…

En fait,  l’humour n’est pas une option, t’es pognée pour en avoir. Alors tu ris, tu fais des concours de « ma pire photo à vie » avec tes camarades coureurs, et tout le monde gagne!

La bonne nouvelle? On sauve beaucoup d’argent en n’achetant pas les preuves qu’on a déjà été un lion de mer, et n’importe quelle photo de nous en « normal » nous paraît ensuite magnifique. 

Si la photo est bonne, qu’on m’amène ce jeune homme, chantait Barbara.

Clairement, ce n’était pas la photo d’un coureur en plein effort…