Livre du mois

Le livre du mois: Daisy Sisters, d'Henning Mankell

Le premier roman de Henning Mankell, qui vient tout juste d’être traduit en français, est un récit social et féministe. Voici ce que les membres du Club de lecture Châtelaine en ont pensé.

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L’histoire

Qui sont ces Daisy Sisters ? C’est le nom qu’Elna et Vivi, deux jeunes Suédoises, se donnent, à l’été 1941, alors qu’elles décident de partir à l’aventure à bicyclette. Téméraires comme on l’est à 17 ans, elles longent la frontière de la Norvège, occupée par les nazis, s’amusant à frôler le danger. Mais la réalité les rattrape. Violée par un soldat, Elna donne naissance à une enfant qui ne connaîtra jamais son père. Un destin houleux, dur, mais exaltant, que l’on suit des années de guerre aux années 1980, dans cette société en plein essor qui va devenir le « modèle suédois ».

Les personnages 

Elna et Vivi, deux femmes résilientes, rebelles, battantes. Elles semblent sacrifier leur bonheur à leurs enfants, subissent la brutalité des hommes et maudissent leur manque de liberté mais, maillon par maillon, elles brisent leurs chaînes.

On aime

Le temps qui file, dans ce roman au long cours, comme un concentré d’histoire, comme un grand souffle sur l’éternité. C’est tout le destin d’un peuple qui tient dans ces pages. Et s’attache à ces héroïnes qui, de mère en fille, forcent l’admiration.

À LIRE: un extrait de Daisy Sisters

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L’auteur

Henning Menkell

Né en Suède en 1948. Fils de juge, gendre du mythique réalisateur Ingmar Bergman (dont il a épousé la fille Eva). Il a été très jeune abandonné par sa mère, ce qui explique sans doute la fascination pour les femmes qui émane de cette  histoire, écrite en 1981. Sa série des Wallander l’a fait connaître dans le monde entier et lui a valu, entre autres, le Grand Prix de littérature policière de l’Académie suédoise et le prix français Mystère de la critique. Il partage sa vie entre la Suède et le Mozambique, entre le théâtre et le livre jeunesse, entre le polar et le roman.

Seuil, 512 pages

Les critiques

1- Stéphanie Vincent

stephanievincentJ’ai aimé : Le sujet de la condition féminine, toujours d’actualité. Même si le roman se déroule à une autre époque et dans un autre pays, on voit très bien qu’il y a certaines choses qui transcendent les frontières. J’ai aussi aimé le rythme du roman, qui se lit très bien.

J’ai moins aimé : Le fait que Eivor ne semble pouvoir se réaliser que par la maternité, alors que cela lui apparaît pourtant chaque fois comme un fardeau. Je n’ai pas vraiment ressenti le lien mère-enfant qui est supposé être si important dans le roman. Il y a aussi des éléments un peu fleur bleue qui m’ont agacée.

Autres commentaires : C’est un roman avec beaucoup de péripéties, qui se lit rapidement, tissé sur une trame sociale très intéressante qui nous ramène pas si loin en arrière. On sent bien la confusion des femmes par rapport à ce qui est attendu d’elles dans la société et à ce qu’elles rêvent de devenir ou d’accomplir. Cependant, les protagonistes prennent parfois certaines décisions tellement surprenantes qu’on a du mal à y croire. J’ai eu somme toute l’impression que le roman n’a pas totalement échappé à certains stéréotypes sur les femmes.

Ma note sur 10 : 7,5

2- Steffanie Larichelière

stehannielaricheliereJ’ai aimé : L’histoire en deux temps. On s’accroche aux destins à la fois effroyables et courageux de mère en fille. Une histoire raffinée et complexe de femmes aux accents  de liberté, d’espoirs. Et mon cœur de battre devant tous ces rêves déchus. Un récit qui  passionne, une histoire de condition humaine (lire féminine) qui questionne.

J’ai moins aimé : Avec son écriture vigoureuse, sensible et documentée, l’auteur nous entraîne dans un récit dense et sombre comme un jour de pluie. Une lecture qui se fait leeenteeeement, comme une épreuve à la fois. Je me suis sentie essoufflée à quelques reprises mais je ne me suis pas ennuyée. Et, malgré certaines longueurs, au final le roman m’a plu.

Ma note sur 10 : 7,5

3- Gabrielle Paquette

gabriellepaquetteJ’ai aimé: Retrouver Mankell, un auteur que je connais et aime particulièrement pour ses polars et sa série des Wallander. Découvrir un ouvrage datant du début de sa carrière d’écrivain ainsi que le sujet abordé: les liens entre une mère et sa fille, l’histoire des femmes.

J’ai moins aimé: Je dois avouer qu’après plus d’une tentative de lecture de ses romans, l’écriture de Mankell ne m’interpelle et ne m’intéresse que dans ses polars. Bien que Daisy Sisters soit d’une lecture fluide et somme toute agréable, je me suis ennuyée. J’ai cherché l’émotion, l’étincelle, l’évènement ou le personnage qui me permettrait d’embarquer dans l’histoire, je suis arrivée à la fin sans y parvenir.

Ma note sur 10 : 6

 

4- Isabelle Goupil Sormany

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J’ai aimé : Les sauts historiques entre les époques et les désirs d’émancipation de femmes modestes, qui sont très bien narrés. La description des points de vue politique et d’une culture en émergence en Suède m’a aussi intéressée bien que cela demeure superficiel au final dans le roman. J’ai aussi aimé voyager avec tous ces noms exotiques qui nous rappellent que la terre est grande et vaste. Je me suis promis de relire des auteurs suédois.

J’ai moins aimé : L’auteur nous expose souvent la conclusion narrative du segment qu’il décrit avant de nous en raconter l’histoire. Personnellement, ça m’entraînait sans cesse dans le cliché et les idées préconçues avec peu d’éléments de surprise. L’anticipation, dans ce roman descriptif, ne fait qu’ajouter au caractère sombre et aliéné du milieu ouvrier suédois. Je reconnais le style recherché mais je n’ai pas su l’apprécier réellement. La féministe en moi était toujours en réaction face à la grossesse qui gâche tout.

Ma note sur 10 : 6

Autres commentaires : Je reconnais que ce livre a de belles qualités… mais il ne m’a pas accrochée. Quelque 600 pages plus tard, rien de nouveau sous le soleil de mes préjugés et de mes propres frustrations face aux femmes laissées à elles-mêmes par des hommes irresponsables. C’est l’histoire de toutes ces femmes violées, trompées, pauvres et contrôlées par les circonstances, au cœur de la pauvreté et du manque de scolarité. Bref, je n’aime pas les histoires déprimantes.

5- Philippe Garon

philippegaron

J’ai aimé : Le personnage d’Anders, sorte de vagabond-philosophe qui m’a fait penser à un Bukowski ascendant Diogène de Sinope. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’on rencontre un chasseur de maringouins professionnel! J’ai aussi aimé me promener dans le temps, le territoire et le social scandinave. Mankell sait imbriquer méthodiquement les uns dans les autres les signes qui permettent de besogner un pavé. Il sait manipuler habilement l’espace-temps. Et je dois avouer qu’il m’a fait voir le pouvoir de la porno sous un angle singulier, plaçant ainsi une étincelle dans la trame décevante des défauts que je reproche à cet opus.

Je n’ai pas aimé : Cette sensation répétitive de me frotter à des personnages qui subissent leur vie plutôt que de la façonner. Cette espèce de ronron un peu trop neutre à mon goût que le livre produisait entre mes mains. Comme si Mankell abordait la littérature avec la précision et le recul d’un mécanicien. Car j’ai perçu bien peu de sensibilité dans son écriture, et ça m’a achalé, et ça a contribué à l’impression collante que je n’avais pas vraiment envie ni besoin de me faire raconter cette histoire, surtout avec le tapon de livres, dont le dernier VLB, qui m’attendent impatiemment.

Autres commentaires : Suis-je complètement dans le champ d’établir des parallèles entre Daisy Sisters et Bonheur d’occasion ? Peut-être n’ai-je pas plus compris la profondeur de ce roman – qui date de bien avant la renommée du papa de l’inspecteur Wallander et qu’aucun éditeur n’avait jugé bon de traduire en français jusqu’à maintenant – que celle du chef-d’œuvre de Gabrielle Roy… Ceci dit, si vous aimez les histoires de chaînes générationnelles, je vous recommande bien plus la lecture de La bonbonnière de Guy Boivin et Hans-Jürgen Greif, d’autant plus qu’il s’agit d’un produit québécois !

Ma note sur 10 : 6

6- Émilie Côté

emiliecoteJ’ai aimé: Les nombreux dialogues qui me donnaient parfois l’impression de lire une pièce de théâtre. Le personnage d’Anders, dont le désespoir et l’ironie contribuaient grandement à mon intérêt pour l’histoire.

J’ai moins aimé: Beaucoup de confusion dans les noms de personnages, que j’ai attribué parfois à des erreurs de traduction et parfois à ma grande difficulté à les différencier. C’était pénible de devoir relire des phrases entières pour bien se situer (il faut croire que j’ai déjà la tête aux lectures de vacances !).

Autres commentaires: J’ai fait de nombreuses tentatives avant d’embarquer dans l’histoire et n’y suis pas parvenue complètement, abandonnant même ma lecture avant la fin. Je n’ai jamais perdu l’impression que le propos manquait de sincérité : l’auteur a parsemé son récit de clichés, principalement celui que tous les hommes sont des prédateurs sexuels et les femmes de pauvres victimes.

Ma note sur 10 : 4

7- Yannick Ollassa

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J’ai aimé : Les deux premiers tiers du roman, forts intéressants. Globalement, l’auteur démontre bien la difficulté des femmes dans leur quête d’autonomie et d’indépendance. Il dépeint habilement le portrait de la condition féminine et de la société des 50 dernières années du siècle passé.

J’ai moins aimé : Le dernier tiers. L’auteur annonce trop souvent au lecteur ce qui se passera dans le futur. Par exemple, il fait un usage abusif de la formule «Plus tard, elle comprendra…». Il ne laisse pas le lecteur découvrir par lui-même ce qui se passera ni ce que les personnages apprendront. J’ai également trouvé cette dernière partie plutôt convenue : stéréotypes ramassés, phrases toutes faites, comme si Mankell voulait passer un message. En fait, il veut passer un message, et c’est tout à son honneur, mais il le fait maladroitement. Ensuite, bien qu’on s’attache à Eivor et à son destin, on est irrité par sa naïveté qui semble sans bornes. Sans compter qu’elle a une forte tendance à se poser en victime des autres et à ne pas voir sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive.

Autres commentaires : J’ai lu Le cerveau de Kennedy, que j’avais beaucoup aimé et j’ai dans ma bibliothèque quelques polars de l’auteur. Je dois avouer que je suis un peu déçue de ce roman, qui n’est pas le meilleur de Mankell. Les deux premiers tiers étaient bien partis mais, quand Eivor arrive à l’âge adulte, c’est là que ça glisse. L’idée de mettre la vie de cette femme sous la loupe est excellente. L’auteur décrit bien la difficulté de briser le cycle de la violence, de cheminer vers l’autonomie et de sortir des schémas familiaux, voire sociaux. Par contre, la façon dont il amène certaines idées fait un peu plaqué. Il parle de tous les aspects de la condition féminine : agression sexuelle, grossesse, avortement, pornographie, situation d’emploi, mariage, contrôle masculin, violence conjugale, conciliation travail-famille, et j’en passe. Il ratisse large, peut-être trop. En voulant parler de tous ces aspects, il ne fait qu’en effleurer certains, qui auraient gagné à être approfondis ou, à tout le moins, présentés différemment. Certains passages sont plus descriptifs que narratifs, et cela crée une distance qui peut causer un désinvestissement du lecteur.

Ma note sur 10 : 6

8- Marielle Gamache

mariellegamache

J’ai aimé : Le sujet – la condition féminine – fort bien exploité avec réalisme, la psychologie fouillée des personnages, la chronologie des évènements. Henning Mankell m’a aussi fait goûter à son écriture impeccable, sans bavure, qui entraîne le lecteur hors du temps.

J’ai moins aimé : La naïveté de l’héroïne poussée à l’extrême m’a un peu agacée et m’a parue moins plausible.

Commentaires : Découvrir Henning Mankell avec ce roman a été pour moi un pur plaisir. Je le connaissais bien sûr à travers les nombreuses critiques élogieuses pour son cycle d’enquêtes policières ayant pour héros le « célèbre » commissaire Wallander, mais sans l’avoir toutefois lu. Ce roman plaira à coup sûr à ses nombreux admirateurs et en ralliera de nouveaux à l’ensemble de son œuvre.

Ma note sur 10 : 8,5

9- Julie Gagnon

juliegagnonJ’ai aimé : Daisy Sisters a été une belle occasion de découvrir un autre style chez l’auteur.  Habituée à ses enquêtes sordides, j’ai pu aussi voir la Suède sous un autre angle. Celui de femmes indépendantes et courageuses qui, malgré le machisme ambiant, n’ont pas hésité à se créer une vie selon leurs attentes. C’est le cas plus particulièrement d’Eivor, qui transgresse continuellement les règles sociales établies.

J’ai moins aimé : La fatalité de chaque relation qui mène inéluctablement à une grossesse. Pousser la réalité aussi loin sert bien au déroulement de l’intrigue, mais c’était parfois un peu trop…

Ma note sur 10 : 8

Autre commentaire : C’est toujours fascinant de revenir à la case départ d’un écrivain qui a connu un énorme succès dans sa carrière.

Moyenne des notes : 6,6