A-t-on le droit de manger de la malbouffe en public quand on est grosse?

«Elle aurait dû commander une salade, elle!» Pourquoi, mais pourquoi discrimine-t-on les grosses qui mangent de la malbouffe en public, se demande Joanie Pietracupa.  

 

Joanie-bandeau

Faites-vous de l’embonpoint? Vous sentez-vous mal de manger de la malbouffe en public? Moi oui. C’est plutôt récent d’ailleurs. Ça date d’environ deux ans, quand j’ai acheté une grosse poutine au casse-croûte du coin et qu’une fille qui faisait la file derrière moi m’a regardé d’un air un peu dégoûté avant de chuchoter à son amie : «Elle aurait dû commander une salade, elle!» Ah, ce bon vieux fat shaming

Group of friends toasting beer glasses and eating at fast food - Happy people partying and eating in home garden - Young active adults in a picnic area with burgers and drinks
Photo: iStock

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Depuis, j’ai vu et entendu toutes sortes d’affaires. Des gens qui roulent les yeux en me voyant engouffrer une palette de chocolat dans l’autobus, des amis ou des proches qui me demandent, l’air étonné, si j’ai vraiment encore faim tandis que je me sers une deuxième part de gâteau, un serveur qui me lance tout bonnement : «Tu sais, c’est déjà une très grosse portion que tu as commandé, je ne pense pas que tu aies besoin de l’extra bacon!» Merci, mais… non merci, comme on dit. Je pense que je suis assez grande et mature pour évaluer ma faim et la quantité de bouffe que je suis capable d’ingérer. Et, surtout, je suis à même de bien régir mon alimentation et de m’assurer de manger beaucoup de fruits et de légumes chaque jour, tout en me permettant de bouffer une poutine, une palette de chocolat, du gâteau ou du bacon à l’occasion, comme tout le monde.

J’ai envie de crier à toutes ces personnes qui m’ont regardée de travers ou critiquée au fil des années que j’ai une alimentation saine, équilibrée et diversifiée. Que je fais du sport. Tous. Les. Jours. Que je suis en parfaite santé d’après mon médecin de famille : pas d’hypertension artérielle, pas de diabète, pas de maladie du cœur. Sauf que ça me fâche trop de devoir justifier pourquoi moi aussi j’ai le droit de manger de la malbouffe de temps à autre.

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En faisant des recherches sur le sujet pour voir si j’étais la seule à me sentir comme ça, je suis tombée sur ce billet de blogue publié sur le site de Ton Petit Look. J’y ai appris, entre autres, que «plusieurs personnes bénéficient en fait du thin privilege : le privilège de pouvoir manger tout ce que l’on veut sans craindre le regard des autres, ou encore celui de ne pas se faire subtilement suggérer de prendre des plus petites portions.» (Elisabeth Gagnon) Ça m’a fait penser à toutes mes amies minces et élancées qui engouffrent des quantités astronomiques de malbouffe chaque semaine sans prendre de poids et, surtout, sans se faire juger. Ça m’a aussi fait réaliser que c’est vrai qu’on trouve ça tellement drôle, cool ou adorable, une fille filiforme qui est ultra-gourmande. Il suffit de penser aux Gilmore Girls (qui s’empiffrent de junk food tous les soirs), à Jennifer Lawrence (qui fait l’éloge des frites sur les tapis rouges du monde entier) ou à Maripier Morin (qui a avoué à plus d’une reprise manger du beurre à la cuillère) pour prendre conscience que le thin privilege règne en ce moment.

Je ne dis pas qu’il faut condamner les filles minces accros aux Big Mac et célébrer les grosses qui raffolent de la poutine. En réalité, la malbouffe est malsaine pour tout le monde, sans exception. Mai,s bon, que celle qui n’a jamais eu envie de manger ses émotions lance la première pointe de pizza! Le message que j’essaie de passer est plutôt le suivant : et si on se mêlait de ses oignons et qu’on arrêtait de juger ou de critiquer ce que les autres engouffrent?

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