Ma parole!

Malbouffe et grossesse

Une campagne-choc brésilienne fait l’association entre fast food durant la grossesse et santé du bébé… et fait réagir notre chroniqueuse Geneviève Pettersen.

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Vous allez vous dire que ça fait deux semaines de suite que je vous parle de la planète pub. C’est que, dans une autre vie, mon métier été de concevoir des campagnes publicitaires. J’aime la pub, donc, et j’aime les initiatives qui font du bruit. C’est le cas de cette campagne de sensibilisation brésilienne créée par l’agence Paim. Ici, on montre le sein transformé (avec de la peinture corporelle) de jeunes mères allaitantes. Mais transformé en quoi, vous vous demandez? En hamburger, en beigne et en soda, entre autres. Le but de cette démarche : mettre en garde les femmes enceintes contre les dangers de la malbouffe. «Your child is what you eat» (« Votre enfant est ce que vous mangez »), c’est écrit sur chacune des images.

SPRS-Pregnancy-and-Junk-Food-Beigne

Publicité pour l’organisation brésilienne SPRS.

Je ne sais pas pour vous, mais bien que cette série de publicités soit esthétiquement irréprochable et assez percutante, je trouve qu’on passe à côté de quelque chose. Premièrement, on voit une mère qui allaite et non une femme enceinte. Cela crée de la confusion. On parle de grossesse ou d’allaitement? Par contre, ce n’est pas selon moi le plus problématique. Mon problème à moi, c’est que c’est encore un moyen de culpabiliser les femmes enceintes.

SPRS-Pregnancy-and-Junk-Food-Hamburger

Publicité pour l’organisation brésilienne SPRS.

Je veux dire, combien ça prend réellement de hamburgers pour causer du tort à un foetus? Est-ce mieux de manger des aliments considérés comme malsains plutôt que de ne rien avaler du tout? Je pense que lorsqu’on touche à un sujet aussi délicat que l’alimentation pendant la grossesse, il faut faire preuve de nuance et laisser une certaine liberté aux femmes. Je suis convaincue que tous les nutritionnistes de ce monde s’entendront pour dire qu’une petite poutine de temps en temps, ça ne fait de mal à personne. Je l’ai dit souvent, j’en ai assez de la police de l’alimentation, police qui n’est qu’un énième prétexte pour contrôler le corps des femmes. Ce n’est pas assez de nous dire à quoi on devrait ressembler, il faut désormais nous dicter quoi mettre dans notre corps. À un moment donné, je sens qu’on nous prend pour des dindes. Oui à l’éducation alimentaire, oui aux saines habitudes de vie, mais non à l’infantilisation des futures mères. Elles n’ont pas besoin d’avoir honte d’ingérer de la malbouffe une fois de temps en temps, quand l’envie d’un hot-dog les prend. Elles ont besoin de se faire expliquer pourquoi il est préférable de manger mieux quotidiennement, afin de faire des choix éclairés quant à leur régime alimentaire.

SPRS-Pregnancy-and-Junk-Food-Cola

Publicité pour l’organisation brésilienne SPRS.

Dans cette campagne, on a préféré utiliser une image forte plutôt que d’éduquer. Une image vaut mille mots, vous direz. Et vous aurez un peu raison. Sauf que pour moi, ces images, justement, n’ont pas l’effet escompté. En voyant cette campagne, je me suis demandé combien de femmes brésiliennes ingéraient de la malbouffe tellement souvent qu’on ressentait le besoin d’en faire une campagne nationale. En plus, je ne sais pas pour vous, mais, en ce qui me concerne, ces magnifiques images me donnent plus envie de manger un cheeseburger qu’autre chose. Mais je dois être trop gourmande, je me dis.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)