Ronde, et alors?

Aimer le sexe grâce à Weight Watchers?

Une campagne publicitaire australienne mêle étrangement poids et plaisir au lit, comme si les femmes rondes ne pouvaient être fières de leur corps et en tirer du plaisir.

Joanie-bandeau

Il y a deux semaines, je suis tombée un peu par hasard sur une nouvelle publicité pour la campagne Weight Watchers Black récemment lancée en Australie. Dans la vidéo tournée en noir et blanc, on aperçoit des femmes rondes parler à la caméra, le visage grave et leurs bras camouflant tant bien que mal leurs courbes (pas si) généreuses, dire des choses comme «On n’a jamais fait l’amour complètement nus parce que je ne supportais pas l’idée qu’il voit mon corps en entier» ou «Au lit, je n’arrivais pas à lâcher prise, je ne faisais que penser à mon ventre». Évidemment, ces confessions et ces mines affligées sont accompagnées par une musique de fond au piano, parce qu’il faut bien dramatiser le tout, pas vrai? Il s’agit d’un sujet sé-ri-eux, semble vouloir dire Weight Watchers.

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Sur le coup, j’ai un peu ri. Comme si le fait de se sentir gênée ou mal à l’aise dans la chambre à coucher était réservé aux femmes qui souffrent d’embonpoint! Premièrement, c’est archi faux. F-A-U-X. Je connais une tonne de femmes enveloppées, moi la première, qui sont confiantes et qui prennent leur pied au lit. Deuxièmement, oui, c’est vrai, plusieurs personnes sont trop complexées pour se dénuder entièrement ou pour se laisser aller au plaisir charnel. Mais savez-vous quoi? C’est une question d’insécurité par rapport à soi-même (son apparence, sa personnalité, ses valeurs, ses compétences) et pas seulement par rapport à son poids. Il existe beaucoup de femmes minces qui n’apprécient pas les relations sexuelles parce qu’elles n’ont pas une grande estime d’elles-mêmes. Pour aimer le sexe, il faut avoir confiance en soi et en son (ou sa) partenaire. Et ce, peu importe de quoi on a l’air.

J’ai regardé à nouveau la vidéo et là, je ne riais plus. Mais quelle publicité ambiguë, qui utilise l’insécurité féminine et le fat-shaming pour faire vendre! Qui donc parmi l’équipe marketing de Weight Watchers s’est dit que c’était une bonne idée de se servir de la vie sexuelle des rondes comme argument de vente? Qu’il s’agissait du meilleur moyen de motiver les femmes enrobées à perdre du poids?

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Car ne nous y méprenons pas: la campagne de Weight Watchers a beau convoquer de manière éhontée le body-positivisme en multipliant les mots-clics comme #LoveYourself dans sa vidéo, cela ne suffit pas à en faire une publicité positive et inspirante. Le sous-entendu est à peine masqué: être ronde vous empêche d’avoir une vie sexuelle épanouie, parce qu’aucune femme qui a un surplus de poids ne peut (et, surtout, ne devrait) être à l’aise avec son corps, indésirable et indésiré, bien entendu. D’un côté, la campagne nous incite à nous accepter pour mieux nous libérer de nos complexes, et de l’autre, elle nous encourage à transformer notre corps pour mieux correspondre aux critères de beauté véhiculés par la société.

La bonne nouvelle, c’est que la publicité a été retirée par Weight Watchers, qui a avoué au site Mumbrella «avoir fait beaucoup d’erreurs dans cette campagne». Et c’est peu dire! Ce que je trouve déplorable, c’est que la compagnie se la joue pro-body-positivisme, alors qu’en réalité, c’est dans l’ADN de la marque de vendre du bonheur en vantant les mérites de la minceur, et ce, depuis ses touts débuts en 1963. Je préfère, et de loin, les compagnies authentiques qui véhiculent des messages francs aux initiatives faussement positives et carrément dégradantes. Weight Watchers, je t’en prie, concentre-toi sur ton rôle de gourou du régime et arrête de surfer sur la vague de la diversité corporelle pour faire mousser tes ventes. De toute façon, tout le monde y voit clair, les femmes rondes qui aiment le sexe les premières.

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