Léa rencontre Geneviève Pettersen

Entretien avec la blogueuse Madame Chose, auteure du roman La déesse des mouches à feu.

 

Lea-et-Louise-hires
Geneviève Pettersen, alias Madame Chose, est drôle. Je l’ai rencontrée dans la foulée du lancement de son premier roman, La déesse des mouches à feu. C’est en échangeant dans la vraie vie (c’est-à-dire pas dans le monde virtuel) que j’ai constaté qu’elle est drôle, oui, mais vraie aussi. Un spécimen en son genre. Son expression est inénarrable. Ses histoires impayables. Son sens du punch incisif. Il faut la lire un peu pour apprécier à sa juste mesure son vocable qui lui est propre.

Si j’invitais Geneviève à souper, je serais dubitative. Quoi lui offrir? Un Cosmopolitan ou une Laurentide tablette? Cette tergiversation est à l’image de sa dualité apparente.

J’avais envie de vous la faire découvrir. C’est qu’elle me fascine.

Geneviève Pettersen (Crédit photo : Le Quartanier/Christian Blais)
Geneviève Pettersen (Crédit photo : Le Quartanier/Christian Blais)

 

La femme qui vous a inspiré?
La première patronne que j’ai eue (elle se reconnaîtra). Je travaillais dans un service d’édition sur mesure et je n’avais aucune expérience significative en la matière. Cette femme a cru en moi et c’est elle qui m’a tout appris. Je me rappelle que c’est la première fois que je rencontrais une femme comme elle, c’est-à-dire capable d’aller au bout de ses idées, même si plusieurs personnes de son entourage tentaient de la décourager. Cette patronne m’a appris à m’écouter et à faire confiance à mon instinct. Elle m’a aussi enseigné la rigueur et l’amour du travail bien fait. Mais la chose la plus importante qu’elle m’a montrée, c’est que le talent ne suffit pas et qu’il faut travailler très dur si l’on veut obtenir ce que l’on désire.

Ce qui vous révolte?
Les cons.

Ce qui vous donne espoir?
Une vodka martini.

Qu’est-ce que la beauté pour vous?
Mon mari qui fait sécher ses bas de laine en arrière du poêle à bois. Mon colley. Monica Belluci. Une truite arc-en-ciel. Tous les livres d’Anne Hébert. Mon gros ventre de femme enceinte. La tapisserie de ma salle à manger. Les films de Jim Mickle. L’hiver. Mes enfants. Le folk. Un vieux plancher de bois qui craque. Un feu de forêt.

Qu’est-ce que la féminité?
Une jolie robe et une .22! Sans blague, j’ai de la misère avec les idées reçues sur la féminité et je ne pense pas qu’on puisse la cantonner à des critères précis. Mais je vais quand même essayer, au risque d’être un peu ridicule et clichée. Pour moi, une femme, une vraie, est celle qui n’a pas peur de sortir les vidanges, de vider un lièvre ou de se faire prendre par la pluie. Par contre, cela ne l’empêche pas d’aimer les sacoches ou de fréquenter assidûment son coiffeur. Ce qui est féminin pour moi ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Ce n’est pas parce que je me laisse pousser le poil des jambes de temps en temps (entre octobre et mai) que je me sens moins femme pour autant. Et ce n’est pas parce que je porte du rouge à lèvre rouge et un chemisier en crêpe de Chine que je suis sotte. Tout ça est compliqué… et délicat.

Qu’est-ce que vous avez envie de léguer aux filles des nouvelles générations?
Je n’ai pas la prétention de penser que je puisse léguer quoi que ce soit aux femmes qui viendront après moi. Par contre, je sais ce que je veux transmettre à mes propres filles. Je tente de leur enseigner à être indépendantes d’esprit et j’essaie très fort de leur montrer à s’aimer. Je veux aussi qu’elles sachent qu’elles peuvent aller au bout de leurs rêves et que je serai toujours là pour leur donner une petite poussée dans le dos.

Quel est votre plus grand rêve?
Vous voulez dire à part la paix dans le monde et la chute du gouvernement libéral? Je rêve d’une société ou chacun serait libre d’être qui il est sans se faire juger sans arrêt. Je rêve qu’on arrête de dicter aux femmes ce à quoi elles devraient ressembler ou pas. Je rêve qu’on cesse de nous marteler avec cette idée selon laquelle il faut performer comme mère, travailleuse et blonde pour être considérée comme une femme accomplie. Je rêve de maîtriser le pliage des draps contour.

Quels sont les principaux défis qui attendent les femmes?
Ils sont nombreux. Mais je débuterais avec la réappropriation de leur image. Il me semble que si les femmes se réappropriaient leur corps, ça serait déjà une méchante bonne affaire. Après ça, on peut jaser égalité dans les milieux de travail et équité dans les tâches ménagères…

Qu’est-ce que vous a appris votre mère?
Elle m’a appris à sortir mon pain aux bananes du four à temps. Ma mère est une femme extraordinaire et je l’admire énormément. C’est la gardienne des traditions dans notre famille. Je pense que mon amour des mots me vient en grande partie d’elle parce qu’elle a toujours une histoire insensée à raconter.

Qu’est-ce qui vous inspire pour écrire?
Les histoires de ma mère et tout ce qu’on me raconte en général. Je ne suis pas capable d’écrire à partir de rien. Ça me prend un point de départ, un détail qui attise l’étincelle. Après je transforme tout ça et la magie opère.

Qui est votre auteure préférée?
Anne Hébert.

Quelle place donne-t-on à la littérature au Québec?
Une place trop petite. Néanmoins, je sens qu’il se passe quelque chose en ce moment. Le milieu littéraire est en pleine effervescence et je trouve ça beau à voir aller.

Le Quartanier
Le Quartanier

Votre personnage, Catherine, dans La déesse des mouches à feu, vous ressemble-t-il? Étiez-vous rebelle?
Catherine, ce n’est pas moi. Mais ça aurait pu être moi. Je pense que ça répond à la deuxième partie de votre question. 🙂

Qu’est-ce qui vous intéresse dans l’oralité?
Le rythme. Pour moi, écrire, c’est trouver une voix. Pour qu’on croit à l’histoire de Catherine, pour que le personnage soit crédible, je devais parler sa langue. On me dit souvent qu’on lit La déesse des mouches à feu d’une traite. J’aime à penser que c’est parce qu’on entend la voix de la narratrice et qu’on ne veut pas lui couper la parole. Cet effet de lecture aurait été impossible sans l’oralité.

Pourquoi avoir créé Madame Chose?
Pour reconnecter avec mon écriture. Ça faisait des années que j’écrivais pour les autres, c’est-à-dire pour des clients. Madame Chose a été mon laboratoire d’écriture. C’est là que j’ai expérimenté des trucs et que j’ai trouvé la langue que j’avais envie d’écrire.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire?
Les livres que j’ai lus à l’adolescence. Je me rappelle avoir lu Anne Rice vers 12 ou 13 ans et avoir pensé que c’est ce que je voulais faire dans la vie, écrire des histoires.

Vous serez bientôt mère de trois enfants, comment vivez-vous votre maternité?
Bien la plupart du temps. Mais je ne peux pas m’empêcher de me sentir coupable tout le temps et pas un jour ne passe sans que je me surprenne à remettre mes capacités maternelles en question.

Quels sont vos projets à venir?
Accoucher. Sinon, je viens de terminer un livre sur le couple. Ce sera en librairie le 27 octobre. Je me suis beaucoup amusé à l’écrire. J’ai aussi scénarisé deux web-série récemment.  Je travaille sur une bd que je publierai à La Pastèque l’an prochain et je développe une série-télé avec mon mari Samuel Archibald. Ah oui, je travaille sur mon prochain roman, aussi. Juste à me lire, je suis essoufflée.

 

Note : Le nouvel ouvrage de Madame Chose, Madame Chose : vie et mort du couple, du dating au divorce, sera publié le 27 octobre. Le premier roman de Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu est disponible en librairie.

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