Lettre à mon enfant à venir

Les parents qui ont plusieurs enfants doivent-ils se diviser? Notre nouvelle chroniqueuse Melissa Maya Falkenberg lance la question.

 
melissa maya falkenberg credit sara maude photographie
Sara Maude Photographie

Quand j’ai accouché de ma fille, au moment où la douleur était le plus intense, j’ai quand même été capable de prononcer deux mots dans ma tête: «Pu jamais». Pu jamais faire subir ça à mon corps. Devoir être dans cette position, ne serait-ce que cinq secondes. Avoir d’enfant, donc, du moins né de moi.

Mais c’était de la foutaise. Comme quand on dit qu’on ne mangera plus jamais de McDo. Qu’on ne sortira plus jamais avec tel type de gars. Qu’on ne se couchera plus jamais aussi tard un jour de semaine pour regarder notre télésérie préférée si on travaille le lendemain… Ouan, ouan, c’est ça, continuons de nous perdre dans nos illusions d’êtres humains, on sait tous qu’il ne faut jamais dire jamais (et je me demande bien pourquoi on continue de le faire).

Deux toasts au beurre de pinottes Kraft de l’hôpital et une bonne sieste plus tard, il y a eu la visite émouvante des proches autour du lit en métal et, surtout, ce nouvel amour sans cesse grandissant à la maison… À peine un mois après la naissance de ma fille, déjà, je savais que j’aurais un deuxième enfant. Qu’on essaierait, en tout cas. Qu’il y aurait une grande peine si ça se devait se terminer là.

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Cela étant dit, j’ai toujours été fascinée par les femmes qui décident d’avoir plusieurs enfants (quatre et plus!). Dans une société où il faut tellement travailler pour subvenir à ses besoins et financer ses rêves – tout en devant créer du temps pour soi et pour se divertir –, on s’entend pour dire que c’est un peu moins compliqué quand tu en as juste un. Ma mère m’a d’ailleurs déjà confié: «À chacune ses désirs et ses capacités, mais moi j’ai préféré avoir un seul enfant et pouvoir lui donner mon 100 %.» Il faut dire qu’elle m’a pas mal élevée seule, et a donc fait le double de la job. Respect X 1000.

Un jour, j’ai demandé à une femme qui a élevé quatre enfants comment elle avait fait. Si elle avait dû se diviser, des fois, ou moins donner à un pour donner plus à celui qui en avait plus besoin. Sa réponse avait été brève, mais je m’en souviendrai toujours:

«Je ne croyais pas que c’était possible, mais l’amour que je pouvais porter en moi a simplement quadruplé.»

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Mon gars, t’as pas idée à quel point je t’attends. Je t’attends depuis l’arrivée de ta sœur. On dit souvent qu’au deuxième, y a ben des affaires qui prennent le bord, parce que tout n’est plus aussi spécial que les premières fois qui sont tellement spéciales. Chu pas d’accord. Quand je vais te prendre dans mes bras, non, ce ne sera pas la première fois que je prendrai dans mes bras un enfant qui est le mien et qui est aussi minuscule. Ce ne sera pas la première fois que j’allaiterai non plus. Que je vivrai l’excitation des premiers pas. Des premiers mots. Mais ces mots, ils seront les tiens. Et surtout, chacun de tes gestes, chaque petit moment, je saurai encore plus combien ils sont précieux et… éphémères. Parce que maudit, les enfants, vous grandissez vite en ta. Et ça, on le sait concrètement seulement quand l’un d’entre vous est devenu grand.

Bon… OK. J’imagine que le temps ne va pas doubler.

Mais…

T’as pas idée à quel point on t’attend, mon gars.


Chroniqueuse-du-mois

melissa maya falkenberg credit mari photographe
Marï Photographe

Animatrice-conceptrice, reporter, photographe et auteure, Melissa Maya Falkenberg a tenu des rubriques dans La PresseUrbania, Nightlife.caDînette et le 24 heures Montréal. Vous l’avez peut-être récemment suivie à Télé-Québec (nomination Gémeaux Meilleure animation magazine culturel), dans La vie n’est pas un magazine ou dans ses diverses émissions à ICI ARTV. Après les succès de Québec Western et Montréal toujours, elle publiera, en 2018, un troisième livre aux Éditions Cardinal.

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

 

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