Société

Claude Villeneuve

Biologiste, titulaire de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi. Ce programme a été le premier au monde à former des conseillers en développement durable.

Jeannot Lévêsque

La faible mobilisation des Québécois pour C-38 signifie-t-elle qu’ils se fichent de l’écologie?      
Comme tout le monde, les Québécois sont pour la protection de l’environnement à condition que ça ne leur coûte rien. À force de se faire répéter que le pays est en crise, qu’il faut éviter les dépenses inutiles, ils acquiescent quand le gouvernement annonce des coupes. Cela a pour effet de les déresponsabiliser face à l’écologie. La même chose s’est produite l’an passé quand l’Agence de l’efficacité énergétique du Québec a été abolie. Personne n’a bronché.

Il faut dire que défendre une cause, c’est exigeant. Quand Recyc-Québec a failli disparaître, en 2011, mon équipe a travaillé fort pour convaincre Québec de revenir sur sa décision. On a fait appel à la Loi sur l’accès à l’information et on a pondu un volumineux mémoire, entre autres. Chose que le citoyen moyen n’a pas le temps de faire. Imaginez : le projet de loi C-38 contenait 421 pages de modifications à des règlements ! Il aurait fallu analyser chacune d’elles pour voir si elles se justifiaient. Une tâche titanesque que le gouvernement Harper savait impossible à accomplir à temps. Ça a été sa tactique pour faire passer un paquet de mesures en douce. C-38, c’est un gros suppositoire!

Quelles seront les conséquences sur l’environnement?
Cette loi n’est pas que mauvaise ; elle permet de faire le ménage des structures. Certains organismes se dédoublaient et des mesures environnementales étaient caduques, par exemple. Comme les situations évoluent, les lois sont souvent en retard sur la réalité. Je pense notamment à ce règlement ontarien qui, en 1992, stipulait qu’il était interdit d’amener son cheval à sa chambre d’hôtel! Cela dit, je m’oppose à la manière dont on nous a fait avaler ces changements. Le marathon de votes à la Chambre des communes, c’était de la caricature de démocratie.

Je suis aussi contre la décision d’Ottawa de couper des postes de scientifiques dans ses ministères [Pêches et Océans Canada, Environnement Canada]. S’ils ne sont plus là pour étudier les impacts des activités humaines sur nos écosystèmes, qui nous dira les dangers qui nous guettent ? Malheureusement, les politiciens sont peu enclins à écouter des faits qui dérangent.


Pour comprendre les tenants et aboutissants de C-38, des tableaux bien faits :

http://www.radio-canada.ca/sujet/visuel/2012/06/13/001-loi-c38-chiffres.shtml
http://www.radio-canada.ca/sujet/visuel/2012/06/14/002-c38-coup-oeil.shtml

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