Société

Louise Vandelac

Sociologue et directrice de l'Institut des sciences de l'environnement de l'Université du Québec à Montréal.

François Desaulniers

Sociologue et directrice de l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal.

La faible mobilisation des Québécois pour C-38 signifie-t-elle qu’ils se fichent de l’écologie?
Pas du tout. L’environnement a été à l’honneur tout le printemps : en parallèle aux droits de scolarité, des manifestants dénonçaient aussi le Plan Nord et le gaz de schiste. Reste que la loi C-38 était un dossier complexe à traiter – il touchait 70 lois et règlements, dont bon nombre concernaient l’environnement. Les scientifiques au fédéral sont ceux qui comprenaient le mieux les impacts du projet de loi, et qui auraient pu le porter sur la place publique, sauf qu’ils craignaient de perdre leur emploi (un paquet a d’ailleurs été congédié). Et puis, même si on avait organisé des manifestations monstres, ça n’aurait sans doute rien changé : on voit bien l’arrogance de nos gouvernements actuels. Ne reste plus qu’à dire : « Rendez-vous aux prochaines élections! »

Que pensez-vous de cette loi?

C’est une attaque d’une perfidie inouïe. Par exemple, le nouveau régime permet d’implanter plus vite des projets pétroliers et miniers, au détriment de l’examen des impacts sur l’air, l’eau et les sols. Le gouvernement Harper a aussi coupé des postes de chercheurs à Pêches et Océans Canada, entre autres en écotoxicologie. Or, ces scientifiques faisaient un travail essentiel en traquant les produits toxiques qui menacent les poissons. Je rappelle qu’ils se retrouvent dans notre assiette! Ces produits toxiques – pesticides, BPC – contribuent au développement des cancers hormonodépendants, comme le cancer du sein. On ne le dira jamais assez : des écosystèmes en santé sont la meilleure garantie de la santé humaine. Hélas ! La loi C-38 réduit à néant des décennies de recherche pour combattre les effets de la pollution.    

Croyez-vous que la population soit vraiment consciente de cette situation?
Les gens font des liens avec plus d’acuité quand une situation les touche  – on l’a vu dans le dossier du gaz de schiste. Dans le dossier du Plan Nord aussi, la colère commence à monter. Les Québécois ont l’impression de se faire piller. Il y a encore du travail pédagogique à faire, mais quand ils comprennent une première fois, ils ont la mémoire longue. La préoccupation pour l’écologie sera centrale dans les prochaines années, car il faut maintenant réinventer des pans entiers de la législation qui vient d’être saccagée.

Pour comprendre les tenants et aboutissants de C-38, des tableaux bien faits :  
http://www.radio-canada.ca/sujet/visuel/2012/06/13/001-loi-c38-chiffres.shtml
http://www.radio-canada.ca/sujet/visuel/2012/06/14/002-c38-coup-oeil.shtml

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