Comment élever des enfants empathiques

Peut-on apprendre à nos enfants à se préoccuper davantage des autres?

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Je pense encore au petit Aylan Kurdi, jeune Syrien de trois ans, trouvé sans vie sur une plage turque. Plusieurs jours après avoir été publiée sur toutes les tribunes, cette photo m’habite toujours. C’est peut-être aussi votre cas.

Cette image tragique a provoqué une prise de conscience pour bon nombre d’entre nous. En détournant le regard de cette photo pourtant si paisible, nous avons enfin posé les yeux sur la réalité de milliers de réfugiés syriens qui tentent l’impossible pour fuir leur pays à feu et à sang depuis déjà trop longtemps.

Cette photo m’a aussi révélé autre chose: l’empathie, ce n’est pas donné à tout le monde. Eh misère. Suite à la lecture pénible de commentaires xénophobes sur les réseaux sociaux (des mots qui ne méritent pas d’être reproduits ici tant ils sont violents) une question m’est venue à l’esprit. Comment élever des enfants empathiques? En tant que Nord-Américains privilégiés et individualistes, comment sensibiliser notre progéniture aux difficultés des autres, que ces « autres » se trouvent de l’autre côté de l’océan ou en face de soi à la cafétéria de l’école?

Photo: Istock

Photo: Istock

Se regarder aller en tant que parent serait un bon point de départ, selon des chercheurs de l’université d’Harvard. En effet, la majorité des parents américains disent placer la compassion tout au haut de leur liste de valeurs, mais ne passeraient pas vraiment de la parole aux actes. Résultat: plus de 80% des 10 000 adolescents interviewés au cours de cette recherche considèrent que leurs parents préfèrent les voir être heureux et avoir du succès plutôt que de se préoccuper d’autrui.

Pour rattraper ce décalage, l’étude formule quelques recommandations aux parents qui veulent élever des enfants plus empathiques.

  • Créer des occasions de «pratiquer» l’empathie. Être gentil, ça s’apprend par la répétition de petits gestes, un peu comme on apprendrait à jouer d’un instrument de musique ou une nouvelle langue. Par exemple : participer aux tâches ménagères, aider son frère à faire son devoir ou s’impliquer dans un projet pour les plus démunis.
  • Aider les enfants à développer deux habiletés: s’approcher (zoom in) et prendre du recul (zoom out). Autrement dit, porter attention et écouter attentivement ses proches, tout en étant capable d’avoir une vue d’ensemble.
  • Être un bon modèle en pratiquant l’empathie nous-mêmes. (Ça semble évident, mais prenez le temps d’y penser sérieusement…)
  • Accompagner les enfants dans leur gestion de leurs émotions. «Souvent, l’habilité à se soucier des autres sera éclipsée par la colère, la honte, la jalousie ou d’autres émotions négatives», explique l’étude. «Toutes les émotions sont correctes, mais certaines façons de les gérer ne le sont pas. Les enfants ont besoin de notre aide pour apprendre à leur faire face d’une manière productive.»
Affiche de la campagne sur les habiletés sociales de la fondation Chagnon. Peut-être les avez-vous vues dans les abribus?

Affiche de la campagne sur les habiletés sociales de la fondation Chagnon. Peut-être les avez-vous vues dans les abribus?

La psychoéducatrice Stéphanie Deslauriers abonde en ce sens: «Aider l’enfant à reconnaître, à exprimer et éventuellement, à gérer ses émotions, c’est la clé.» Et pour ce faire, il faut en discuter avec lui. «Quand on vit des émotions comme parent, on peut s’en servir pour donner des exemples à nos enfants. On peut aussi les aider à comprendre les émotions d’autrui en s’appuyant sur leur propre vécu. Par exemple, on peut leur dire : «J’ai beaucoup de peine car tu m’as menti. Tu sais, c’est comme quand ton meilleur ami t’a raconté un mensonge et que tu as pleuré, tu te rappelles?» L’empathie, ça commence à petite échelle.»

Et pour ceux qui aimeraient approfondir cet apprentissage, Stéphanie recommande deux jeux. D’abord, le Jeu de mémoire des émotions «pour pratiquer la reconnaissance des émotions et les discussions les entourant» et Nomme-moi, un jeu de cartes «pour apprendre l’écoute et s’ouvrir sans que ce soit trop confrontant pour les enfants!»

Comment inculquez-vous l’empathie à vos enfants?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

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