Entrevues

Ce que Sophie Thibault a appris

La chef d'antenne voulait parler de stress, de gentillesse, de batterie et de pardon.

Photo: Monic Richard

Photo: Monic Richard

La nuit où un gars encagoulé est entré chez moi a été un cadeau. Parce qu’il m’a permis de savoir de quel bois je me chauffe vraiment. J’ai paniqué, j’ai eu peur, j’ai crié, je suis passée par 22 émotions en un quart de seconde. Mais j’ai compris que j’avais des réflexes, que j’étais forte, que j’étais prête à mourir pour protéger ceux que j’aime. Ce moment-là m’a révélé ma véritable nature.

La vie sans la musique est une erreur. C’est une phrase de Nietzsche. Grâce à la musique on peut voyager gratuitement, toucher au divin parfois. Elle vient me chercher carrément dans l’âme. Je m’installe avec mon petit verre de vin, je mets de la musique, je braille. Et je suis heureuse.

Plus personne n’écoute personne. Tout le monde valorise sa propre performance, son look, son petit nombril. Il n’y a que ça, des ego surdimensionnés qui s’affrontent. Il n’y a pas d’empathie, pas d’humilité, pas d’écoute.

Notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos existences. C’est de Soljenitsyne. Imaginez à quel point je ne suis pas libre… Quand j’ai commencé à faire de la télé, je ne supportais pas le regard des passants dans la rue. Je le confondais avec la curiosité (souvent malsaine) des gens à l’égard de ma mère malade. Je m’y suis habituée, mais ça demeure difficile à gérer. Je retournerais à l’anonymat avec soulagement.

Jouer de la batterie est un extraordinaire défoulement. J’en rêvais depuis des années et j’ai fini par le faire : j’ai acheté une batterie et je prends des leçons. Mais surtout, je mets de la musique et je drumme. Ça me permet d’être dans la musique. C’est fantastique… à la condition d’avoir une maison bien insonorisée !

Mon truc pour gérer le stress, c’est de sortir de moi. Quand j’angoisse à la pensée que 700 000 personnes vont me regarder, je sors de moi. Le stress est généré par la question « De quoi vais-je avoir l’air ? », par l’ego. Ce n’est pas bien important… Alors, je prends du recul, je m’éloigne, je me vois comme une petite butte de sable sur une très grande plage. C’est une forme de méditation.

La gentillesse n’est pas à la mode. On en vient à penser (et à dire) que les gens gentils n’arrivent à rien parce que tout le monde leur marche dessus. Quand pose-t-on un geste sans rien attendre en retour ? Même quand on est altruiste, on désire se prouver qu’on est capable de le faire.

Nous sommes tous atteints de déficit d’attention. Comme bien des gens, je passe ma vie sur une rivière en folie d’infos, de réseaux sociaux, de radios, d’engueulades, de polémiques et de commentaires. C’est en train de transformer notre cerveau. On peut faire trois choses en même temps, mais on est incapable de se concentrer sur une seule. Et on ne sait plus rester seul avec soi.

On n’a pas vu quelque chose à fond si on n’en a pas pris une photo. C’est Zola qui a dit ça. J’ai commencé à faire de la photo l’année dernière et je découvre la recherche de la lumière, la beauté, la laideur, l’expression artistique… Fixer le moment présent, c’est extraordinaire.

Le summum de notre humanité, c’est le pardon. Les nouvelles sont pleines d’histoires de crimes de toutes sortes. S’il faut protéger les victimes, il y a néanmoins une valeur dont on ne parle pas assez souvent, c’est le pardon. Pour aller au bout de notre humanité, est-ce qu’on ne devrait pas essayer de comprendre l’énorme souffrance qui est à la source de la violence ? Mettre les criminels hors d’état de nuire, mais demeurer correct, au lieu d’être aveuglé par la haine et le désir de vengeance ?