Entrevues

Entrevue : Julie Payette

En avril, l’astronaute québécoise retournera dans l’espace pour la dernière mission de la navette spatiale. Que fait-on de sa vie après avoir touché les étoiles ?

JULIE.PAYETTE2J’ai rendez-vous avec une astronaute. C’est rare, une astronaute. Encore plus une Québécoise astronaute ! La première Canadienne à se rendre, à bord de la navette Discovery, à la Station spatiale internationale, à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes. C’était en 1999. Dix jours en orbite, 153 fois le tour de la Terre. Et elle repart. En avril prochain, à bord d’Endeavour, c’est elle qui manœuvrera les bras robotisés chargés d’assister les astronautes qui travailleront dans l’espace. À part ça, une personnalité exceptionnelle. Musicienne de haut niveau, polyglotte (six langues), sportive accomplie, ingénieure, pilote de jets militaires, bardée de diplômes et d’honneurs, multiboursière. Une fille qui a des écoles et un prix scientifique à son nom, un timbre à son effigie et qui a inspiré à Luc Plamondon et à Kent Nagano l’opéra qu’ils sont à écrire sur des musiques de Franz Schubert. Une crack ! Et moi, j’ai le trac. La rencontre a lieu au studio de la photographe Monic Richard, à Montréal.

La voilà qui vient vers moi. Présentations. Étonnamment menue (59 kilos), très chic dans l’ensemble Marisa Minicucci proposé par la styliste (il lui va si bien qu’elle demande si elle peut l’acheter), Julie esquisse un sourire, forcé on dirait, comme si elle s’excusait. Sous l’avalanche de boucles, les yeux sont inquiets, le front plissé.

On dirait que vous n’aimez pas vous faire photographier…
Non, en général, quand on me prend en photo, c’est en groupe et en scaphandre orange. On s’assoit en rangée, on sourit, c’est fini.

Comme les équipes de hockey ?
Comme au hockey ! Au fait, est-ce qu’on pourrait faire une photo de moi dans ma combinaison bleue ? (Accordé, heureusement, car c’est la photo qui sera choisie pour la page couverture.)

L’équipe range ses accessoires. Libérée, très drôle, volubile, Julie jase. Raconte que, dans son milieu professionnel, il n’y a pas beaucoup de place pour les coquetteries vestimentaires. Elle s’amuse de sa prestation comme flûtiste invitée à l’OSM, il y a quelques semaines – un concert au profit de la réinsertion sociale de jeunes adultes, une cause qu’elle défend. Elle parle de Houston, où elle vit la plupart du temps depuis son embauche à la NASA, en 1996, et mentionne combien c’est différent d’ici. Puis des ratons laveurs qu’elle vient de déloger de son grenier. Sur le point de partir, Lise Ravary, la directrice de Châtelaine, demande un autographe. J’ose aussi. Julie s’exécute consciencieusement. Tout le monde se remercie. Nous restons seules.

Elle s’assoit en face de moi, à contre-jour. C’est connu : si Julie Payette est très loquace au sujet de sa profession, elle ne livre pas sa vie privée. Je n’insisterai pas. De toute façon, on connaît l’essentiel. Une p’tite fille d’Ahuntsic, née en 1963, un papa ingénieur, une vocation précoce – elle est au primaire quand on marche sur la Lune pour la première fois, et ça l’impressionne à jamais. Mariée à un pilote d’essai américain du nom de Billie Flynn, deux fils, 14 et 5 ans. J’ai lu sur Internet que Julie Payette pratique la course à pied, les sports de raquette et la plongée sous-marine. Et que, chaque année, elle prend part fidèlement, avec son mari, à la Grande Traversée de la Gaspésie : 300 kilomètres en skis de fond.

Je sais aussi qu’elle fait elle-même sa sauce à spaghetti, elle me l’a dit.

La combinaison de Julie est en nomex, une fibre qui résiste au feu et à l’abrasion, aussi utilisée pour les vêtements des pompiers et des pilotes de course. Julie la porte à l’entraînement et pour ses apparitions publiques – mais pas pour les vols, même si on l’appelle flight suit en anglais. À bord de la Station spatiale internationale, les astronautes enfilent plutôt un polo et un pantalon de type survêtement.

J’ai vu des photos des entraînements auxquels vous êtes soumis, vous les astronautes. C’est… athlétique !
D’ailleurs, on a beaucoup de points communs avec les athlètes olympiques. Comme nous, ils travaillent dans l’ombre pendant des années. Ils se perfectionnent, font des sacrifices. Et arrive le moment où ils doivent performer. Ce moment-là, pas un autre. On ne peut pas dire : « Je vais performer une autre journée. » Non, le lancement se fait aujourd’hui ou bien le 100 mètres se court maintenant.

Et vous suscitez, les uns et les autres, beaucoup d’admiration. Pourquoi ?
Parce que c’est excitant ce qu’on fait ! J’apporte ma culture, mon monde, je représente mon pays.

Vous avez été longtemps astronaute en chef de l’Agence spatiale canadienne. Que pensez-vous de votre rôle d’« ambassadrice » ?
Représenter son pays, c’est un grand privilège. Dans le cas de la Station spatiale internationale, c’est une énorme collaboration, le projet d’ingénierie le plus ambitieux que les humains aient jamais entrepris en temps de paix. Et ça se passe dans un but et pour des raisons pacifistes.

Expliquez-moi.
On ne le fait pas dans un but de domination, de pouvoir. On le fait en collaboration, entre autres avec des nations qui étaient, il y a à peine deux décennies, des ennemies jurées et qui sont aujourd’hui des partenaires. La Russie, les États-Unis, le Japon, plusieurs pays européens, le Canada.

Que ferez-vous là-haut ?
On construit un laboratoire [nommé Kibo, « espoir » en japonais]. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu’une partie du module a été faite au Japon, une autre en Russie et on envoie ça dans l’espace, on imbrique les deux morceaux l’un dans l’autre, dans un environnement où rien n’est possible. Pas d’air, pas de pression, des changements de température extrêmes, de moins 150 à 150 degrés Celsius. La radiation, les micrométéorites… Et ça marche ! Vous n’en entendez pas parler mais, si ça ne marchait pas, là vous en entendriez parler.

Comme pourColumbia… (En 2003, la navette Columbia se désintégrait pendant son retour sur Terre, avec à bord sept de ses collègues. Elle réagit vivement.)
Attendez, là ! Il y a eu seulement 100, 120 vols de navettes. Avant qu’on mette un Boeing 747 sur le marché commercial, il est testé plusieurs centaines de fois. La navette reste un véhicule expérimental. Ça fait à peine 40 ans qu’on va dans l’espace. C’est tout, tout, tout, tout nouveau ! On vient d’installer, il y a trois jours, ce que nous, les astronautes, on appelle la Cadillac des modules : en avez-vous entendu parler ? Pourtant, avec ce laboratoire, on va pouvoir vraiment commencer à résoudre certaines des très nombreuses questions qu’on se pose toujours. »

Que répondez-vous à ceux qui voudraient stopper les recherches spatiales et consacrer l’argent à régler la faim dans le monde ?
On touche ici à un mythe à propos de la recherche en général. Si on regarde le budget que la majorité des gouvernements injectent dans leur secteur recherche et développement – et ça englobe tout, pas seulement l’espace –, c’est des pinottes, moins de 1 %. Tout le reste passe ailleurs : les infrastructures, les programmes sociaux, beaucoup dans le budget militaire. La recherche fondamentale, c’est vrai, on ne sait pas où ça mène. Mais une chose est sûre, c’est que si on ne cherche pas, on ne trouvera pas. Moi, je dis qu’en tant que nation on n’investit pas assez dans la recherche ; on laisse d’autres faire les découvertes ; ensuite, pour en bénéficier, eh bien, il faudra payer.

Cover.FINAL.JPayetteIl n’y a pas encore beaucoup de filles en sciences. Pourtant, c’est l’avenir.
Non, c’est la vie de tous les jours. Dans notre environnement actuel, c’est fondamental, la culture scientifique. Regardez votre petit magnétophone. Imaginez que vous n’avez qu’à lui dire : « Bon, je suis prête maintenant » et que la machine se met en marche. Pas de pitons. Vous demandez : « Ça enregistre ? » et une voix répond : « Oui. » Ou bien vous allez au guichet et vous dites : « Je retire tel montant. » Même chose avec le DVD.

Ça serait plus simple, oui.
Ben tiens. Parce que notre façon naturelle de communiquer, à nous les humains, c’est par la voix. Et la technique pour se rendre là, on commence à la maîtriser assez bien. On fait du 4-1-1 déjà. C’est ça, la science. (Julie connaît le sujet. Elle a travaillé pour Recherches Bell-Northern au développement du logiciel d’assistance annuaire. L’interaction homme-machine, le traitement informatique du langage, la reconnaissance vocale, la transcription des sons en mots, tout ça relève de sa spécialité.)

Voudriez-vous que vos fils fassent la même chose que vous plus tard ?
Pas du tout. Ce que j’aimerais, c’est que mes fils fassent quelque chose qui leur plaît. Je leur dis souvent, en riant : « La seule chose que je ne vous permettrai pas de faire, c’est de ne rien faire. Le reste, c’est votre choix. » J’ai l’impression que ce seront des artistes.

Votre dernière mission remonte à 10 ans. Vous avez trouvé ça long ?
L’accident de Columbia nous a cloués au sol presque quatre ans. Sans ça, je serais retournée dans l’espace au bout de cinq ou six ans. Cela dit, le travail est passionnant au sol. Et en plus, j’ai eu un enfant pendant cette période-là.

C’est quand même 10 ans de persévérance…
Oui, il faut vouloir, il faut vouloir.

Et là, ça y est, vous partez en avril prochain.
Un très, très gros vol. Je serai l’ingénieure de bord. Dans la navette, il y a le commandant et le pilote, qui sont toujours des militaires américains, c’est la règle. Le plus haut poste auquel on peut accéder, c’est d’être assis entre les deux. Et c’est là que je vais être. Au poste de pilotage de la navette.

 

Vous avez dû crier de joie quand votre commandant vous a annoncé que vous aviez le poste ?
J’ai travaillé fort pour l’obtenir.

Mais comment avez-vous réagi ?
Je ne vous le dirai pas, vous allez l’écrire !

Sûr que je vais l’écrire. Avez-vous crié de joie ?
Non. (Silence. J’attends.) Disons que j’ai utilisé une expression que je ne dirais pas devant mes enfants. C’est un poste très « compétitionné ».

Et ça vous plaît, la compétition ?
Je suis astronaute depuis 1992. Notre performance est constamment évaluée. Je passe des examens régulièrement. On me demande d’être toujours aguerrie. Si je ne le suis pas, on va me dire : « Madame, on en a d’autres qui aimeraient votre job. » Je suis très, très heureuse de faire ce que je fais. Je voulais, je veux aller dans l’espace. Alors j’ai travaillé pour. Ce n’est pas seulement du rêve…

Vous étiez consciente du prix à payer ? Des heures dures et des nuits blanches ?
Tout a un prix. There is no such thing as a free lunch [Il n’y a rien de gratuit dans la vie]. Il faut mettre l’effort pour avoir ce qu’on veut, point, ça vient de s’éteindre. La chance, c’est extrêmement rare, c’est la loterie. Mais la probabilité de réussir est grande quand on y met l’effort, la persévérance et qu’on choisit un métier parce qu’on veut le faire. Moi, ma job c’est d’être l’ingénieure de vol, l’opérateur robotique. C’est une énorme tâche, 50 % de mon entraînement.

Vous avez un grand sourire en disant « énorme tâche » !
C’est un grand honneur, un grand honneur. Et je suis fière de ce que je fais. Depuis le début, chaque fois qu’on m’a demandé à la NASA à quoi j’aspirais, j’ai répondu « ingénieure de bord ». Parce que c’est du pilotage. Et c’est assez rare que quelqu’un dont la langue maternelle n’est pas l’anglais se retrouve à ce poste.

Même chose pour les capcom, les capsule communicators. Je suis capcom depuis quatre ans. Vous savez, cet énorme centre de contrôle, à Houston, où sont tous les ordinateurs ? Vous l’avez vu dans Apollo 13 : « Houston, we have a problem. » Il existe pour vrai et moi, j’y travaille. J’assure la communication avec les astronautes qui sont dans l’espace. Et les capcom de langue maternelle non anglaise à Houston, ou de langue maternelle non russe à Moscou, ils sont rares. Alors c’est un bel honneur. Et je vous assure que la première fois qu’un astronaute de Discovery que j’appelais m’a répondu « Bonjour, Julie » en français, ça m’a fait plaisir.

Allez-vous avoir peur, le matin du départ ?
Non. Ce dont j’ai le plus peur, comme tout le monde dans le métier, c’est de faire une gaffe qui mettrait la mission en péril.

 

Mais comment pouvez-vous vivre toujours dans la crainte de faire une erreur ?
Ça se contrôle. Par l’entraînement, la répétition, ce que les Anglais appellent le focus. On peut réduire les marges d’erreur en effectuant des vérifications, des contrevérifications, en travaillant en équipe. Dans le cockpit, il faut souvent se mettre d’accord à trois avant d’effectuer une opération. Et on est trois ou quatre à s’entraîner pour la même manœuvre ou le même système. Comme ça, on peut sauter dans les souliers de l’autre s’il y a un problème. On répète les gestes pendant des mois et des mois.

Vous allez revoir la Terre d’en haut. Comment vous sentirez-vous ?
Écoutez… on est vraiment fasciné, c’est beau, magnifique, intéressant, on se pose des questions. Puis, bang, il faut aller faire autre chose. Parce que les astronautes ont des horaires serrés à respecter. Et puis ce n’est pas nous qui décidons ce qu’on fait et quand. Dans les missions de construction de la Station spatiale, tout est chorégraphié.

Y a-t-il plus de femmes dans votre milieu maintenant ?
Dans le milieu opérationnel technique, directeurs de vol, ingénieurs, techniciens, oui. Mon équipe d’entraîneurs est à moitié féminine. Chez les astronautes, ça reste dans les 15 % à 18 %. C’est à peu près le pourcentage de diplômés en sciences dans la population.

Quand on travaille dans un monde d’hommes…
Laissez-moi préciser que, pour moi, la grande différence, ce n’est pas d’être une fille. C’est que ma langue maternelle, mon bagage culturel, n’est pas l’anglais.

Ça vous isole ou ça vous distingue ?
Ça me distingue un peu. Mais quand on n’est pas la majorité, il faut s’accommoder. Je ne commencerai pas à imposer le français à Mission Control !

Quand on travaille avec autant de gars, est-ce qu’on finit par oublier qu’on est une fille ou si, au contraire, on se sent plus féminine ?
Ni l’un ni l’autre. On fait la job. Là, je vais partir dans l’espace avec six hommes. Et là-haut, il y en a six aussi. On sera 13 et je serai la seule femme. Mais ça ne fait absolument aucune différence, parce que je les connais tous très, très bien, on s’est entraînés ensemble.

Les enfants, ça a changé quoi, dans votre vie ?
Évidemment, ça prend toute notre vie. Mais moi, je ne suis pas une personne d’absolu. Comme la plupart de mes collègues, mes amis pilotes inclus, on n’est pas des émotifs. Ça ne m’a pas transformée d’aller dans l’espace, d’avoir des enfants non plus. Ça m’a changée, donné une expérience, fait grandir. Comme tout le monde.

Ce serait quoi, votre défaut le moins avouable ?
Je suis très cartésienne. Et ça a des mauvais comme des bons côtés. En fait, ce n’est pas mauvais dans mon métier. Mais d’autres fois…

Je vous sens réticente quand je pose des questions sur vous.
Je trouve qu’on pose beaucoup de questions sur moi !

 

JPÇa vous énerve ?
Bien, des fois, je ne sais pas quoi dire. Je ne suis pas si intéressante, c’est mon métier qui est intéressant. Je n’ai pas besoin d’être sur la sellette pour bien faire mon travail.

Il reste que vous intriguez les gens. On se demande comment vous faites pour abattre tant de travail.
On roule, des fois on est un peu découragée… comme tout le monde. C’est sûr que je suis un peu workaholic. Et ce n’est pas gratuit. Je cours après mon temps tout le temps. Tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps.

Vous prenez un peu de vacances ? Qu’est-ce que vous faites alors ?
Du sport. L’hiver, on vient souvent skier ici, en famille.

On vous imagine très forte, en pleine maîtrise, cérébrale, réfléchie. Rien ne peut donc vous déstabiliser ? (Elle me fixe, puis baisse les yeux, l’air de chercher la réponse à l’intérieur d’elle-même. Six longues secondes s’écoulent. Ma question a l’air de… la déstabiliser.)

Qu’est-ce qui pourrait vous faire dire : « Là, je ne sais pas quoi faire » ?
Moi, je suis convaincue qu’il y a une solution à tout… du moins, une direction à prendre. Des fois, ça ne marche pas. Il n’y a absolument rien de mal à changer de direction. Je suis convaincue qu’il y a toujours moyen de moyenner, même dans les pires situations. Mon Dieu, c’est embêtant, cette question-là… (Nouveau silence. Quelques secondes se passent. Pense-t-elle à quelque chose de précis ? Je n’interviens pas. Elle reprend.) Des fois, je vais réagir à des petites choses un peu difficiles. Peut-être parce qu’on me demande tellement de toujours faire mon travail à un certain niveau, qu’on s’attend à ce que j’atteigne les standards… C’est peut-être parce que je manque de temps ? Non… Je ne sais pas.

Vous ne savez pas ce qui vous déstabilise ?
Plein de choses, mais… Des écueils, j’en ai eu, j’en ai encore, j’en aurai toujours et, comme j’en ai eu de sérieux, j’ai décidé que ce que je veux… Je ne suis pas sûre de répondre à votre question du tout… (Tout à coup, son regard s’allume.) L’injustice peut-être ? Voilà. J’y arrive. J’ai tourné autour du pot depuis tantôt, mais… Oui, oui, l’injustice, j’ai beaucoup de difficulté avec l’hypocrisie, l’injustice.

C’est qu’on ne peut pas contrôler l’injustice. C’est l’autre qui décide.
Et comment ! Oui, l’injustice, l’hypocrisie. Quand elles nous touchent, c’est difficile. Mais si elles touchent d’autres près de moi aussi, ça…

Ça fait mal ?
Oui. Mais on y arrive.

Un jour, vous cesserez d’être astronaute. Qu’allez-vous faire ?
Un peu de tout… Enseigner, j’aimerais bien. (La voix est lasse. La journée a été longue.) Mais d’abord, je veux du temps. On se dit : « J’ai encore du temps » puis, à un moment donné, il n’y en a plus… Est-ce que je rêve en couleurs en pensant qu’un jour je vais avoir du temps ?