Merci Madame Payette!

«La révolution des femmes a commencé il y a presque deux siècles, tout doucement, et n’a jamais arrêté…», disait Lise Payette au magazine Châtelaine, il y a quelques années. La grande communicatrice et politicienne a contribué à cette révolution comme peu l’ont fait. Avec conviction, acharnement et passion. Les Québécoises lui doivent beaucoup.

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Photo: Jocelyn Michel/leconsulat.ca

La femme qui vous a le plus inspirée

C’est ma grand-mère, Marie-Louise Laplante, née en 1874. Elle est à l’origine de ma curiosité, de ma confiance en moi. Elle avait un siècle d’avance sur son époque : elle était athée, elle a élevé ses enfants dans la liberté de penser, ce qui était absolument exceptionnel dans son milieu ouvrier. Il y a eu aussi une religieuse, sœur Marie-Lucien, morte il y a quelques années. Elle mesurait quatre pieds quatre pouces.

La première journée de classe, elle montait sur une chaise devant les élèves et déclarait: «Je mesure quatre pieds et quatre pouces, mais aucune d’entre vous ne va me monter sur la tête.» C’est elle qui nous a dit: «Arrêtez de penser que les garçons vont devoir vous ouvrir la porte pour que vous entriez dans une pièce. Cependant, empêchez-les de vous la fermer au nez quand vous voulez aller à l’université.»

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Ce que vous avez appris

J’ai failli répondre «Que la Terre est ronde». En fait, c’est un peu vrai. On refait toujours la même chose. Certains appellent ça l’effet du balancier ; on va un peu à gauche, un peu à droite, sans plus. Si on était bien sûr que la Terre est ronde, il me semble qu’on se rendrait un peu plus loin. Je connais beaucoup de gens qui rêvent d’un avenir, qui en parlent tous les samedis soir dans leur salon mais qui ne participent pas à la société telle qu’elle existe. Qui commencera, qui fera le premier pas pour qu’on aille quelque part ensemble? Ce que j’ai découvert sur moi au cours des années, c’est qu’on n’apprécie véritablement que ce qu’on a gagné soi-même, ce qu’on a réussi à changer en soi, d’abord et avant tout. Quand on a appris, pas juste fait semblant, la tolérance, la générosité, l’espoir, ma foi, on a fait du chemin, parce qu’on ne part pas dans la vie avec tout ce bagage.

«J’ai davantage envie de dépassement que de défis. Je ne suis pas capable de rester immobile, de ne pas m’intéresser aux gens, aux choses, à la vie.»

— Lise Payette • Le Soleil • 20 septembre 1998

Le moment qui a tout changé pour les femmes

Je suis convaincue que ç’a été l’arrivée de la pilule anticonceptionnelle. Ça a suscité des craintes mais ç’a été la libération de la sexualité des femmes. Elles ont découvert qu’elles avaient un corps fait pour autre chose que concevoir. Quelle révélation! Il y a eu également le droit de vote des femmes, un moment absolument exceptionnel. Des femmes se sont battues pour d’autres femmes qui n’en voulaient pas, ce qui, hélas! est souvent le cas quand on désire faire des changements dans la société. Le droit de vote a été une belle victoire de femmes décidées, convaincues et surtout persistantes.

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Le chemin qu’il reste à faire

Nos mères, nos grands-mères et nous, on a ouvert des portes. Elles étaient fermées, on est rentrées dedans. Ce qu’il reste à faire, c’est de les garder ouvertes pour toujours. Et ça, ce n’est pas garanti. La révolution des femmes a commencé il y a presque deux siècles, tout doucement, et n’a jamais arrêté. C’est la seule révolution tranquille qui ait existé. Pas de sang, pas de guerre, mais un objectif qui n’est pas complètement atteint. Nous sommes toujours en route.

Qu’est-ce qui vous révolte?

Ce qui me révolte le plus, c’est l’ignorance qui n’admet pas la remise en question. L’ignorance crasse, ce refus de voir les choses qu’on ne comprend pas et qu’on préfère nier, tout simplement. J’aime les gens qui acceptent la critique, qui peuvent parler de tout, et même changer d’idée, pourquoi pas?

Les fillettes d’aujourd’hui ont de la chance parce que…

Parce qu’elles ont la vie devant elles, ce qui est absolument extraordinaire. La vie est courte, il faut en profiter le plus possible, ce qui ne signifie pas seulement en jouir, mais essayer de devenir quelqu’un de bien. Le monde leur appartient à partir de maintenant. Les hommes ne sont presque plus là, ils ne veulent plus y être. Le pouvoir ne les intéresse plus parce que celui que nous souhaitons ne correspond absolument pas à celui auquel ils ont l’habitude de participer.

Extrait du livre Femmes de parole «Lise Payette», Les Éditions Rogers limitée, 2013

Bio

Journaliste, animatrice radio (Place aux femmes) et télé (Appelez-moi Lise), Lise Payette a eu une influence féministe incontestable sur son époque. Élue dans l’équipe de René Lévesque en 1976, elle est d’abord nommée ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières (c’est elle qui a piloté la réforme de l’assurance automobile), puis ministre d’État à la Condition féminine (elle s’occupe de droit familial) et, enfin, ministre d’État au Développement social. Elle quitte la politique en 1981, meurtrie par «l’affaire des Yvette», qui a mobilisé des milliers de femmes fédéralistes, en réaction à l’un de ses discours pour l’option du Oui au référendum de 1980.

Par la suite, elle écrit des téléromans rassembleurs, dont La bonne aventure et Des dames de cœur, puis produit des documentaires. Un recueil de ses chroniques (Le mal du pays) paraît en 2012, deux ans après la réédition de son premier livre, Le pouvoir ? Connais pas !, dans lequel elle analyse son expérience politique.

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