Entrevues

Phyllis Lambert, mécène, architecte, fondatrice du Centre canadien d’architecture

« Architecture », un mot que trop de gens craignent ou associent aux grandes œuvres des siècles et des pays lointains. D’emblée, remercions Phyllis Lambert de l’avoir dégagé du dictionnaire pour révéler son importance comme élément de la dynamique environnementale et culturelle d’une ville, à Montréal et ailleurs.

Avec une énergie chargée de ténacité et d’intelligence visionnaire, elle explique l’architecture comme un acte social autant que comme le fruit de la démarche créative, éduquée et responsable de l’architecte. Sans compromis, elle défend tout autant la citoyenneté, car une ville et ses quartiers ne sont pas qu’une somme statistique de bâtiments et de projets immobiliers.

Comme tant d’autres, j’admire le Centre canadien d’architecture, institution qu’elle a créée à l’avant-garde des idées pour illustrer combien l’architecture et l’aménagement sont au cœur du débat contemporain sur le développement et l’avenir de l’humanité. Employé d’Héritage Montréal, qu’elle a fondé, je constate depuis longtemps la pertinence des principes qu’elle nous a donnés en réunissant patrimoine, développement et participation citoyenne. Ses idées ont servi à rénover le quartier Milton-Parc – en en faisant un modèle coopératif –, à aménager l’avenue McGill College et le Vieux-Port, à protéger le canal de Lachine et le mont Royal, des lieux essentiels jadis menacés et dont tout le monde jouit aujourd’hui.

En cette époque chargée d’angoisse planétaire, notre défi commun est de faire des gestes individuels qui contribuent véritablement à la res publica, cette chose publique et démocratique que constitue l’espace urbain.

C’est le défi que Phyllis Lambert con­tinue de lancer comme exigence aux bâtisseurs, pouvoirs publics, étudiants et citoyens !