Qu’est-ce que ça fait, un producteur télé?

Être producteur de télé, c’est du boulot! Parlez-en aux équipes qui entourent Éric Salvail et Louis Morissette.

 
Photo: Annie Horth
Photo: Annie Horth

Être producteur de -télévision, c’est avoir une idée d’émission. Trouver les sous pour la développer, la peaufiner. La vendre à un diffuseur qui l’intégrera à sa programmation. La réaliser, avec tout ce que ça implique : financement, contrats, paperasse, gestion de personnel, équipement, tournages, postproduction. Bref, beaucoup de boulot.

Au Québec, Claire Lamarche a été la première animatrice à embarquer dans cette galère. Depuis, une vingtaine de comédiens, scénaristes, humoristes et animateurs ont suivi ses traces, dont Fabienne Larouche, Julie Snyder, Anne-Marie Losique, Gregory Charles, Anne-Marie Withenshaw, France Beaudoin, Marie-France Bazzo, Martin Matte et quelques autres.

Pourquoi ? Pour la créativité et la liberté, juge Marie Collin, PDG de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM). « Le producteur choisit le projet qu’il a envie de mettre au monde (et peut-être d’animer), le mitonne, lui donne son empreinte et sa couleur du début à la fin, dit-elle. C’est beaucoup plus créatif. »

Daniel Vigneault, le réalisateur-coordonnateur d’En mode Salvail, travaille avec son patron depuis huit ans. « L’animateur songe à son apparence en ondes, à la façon de mener ses entrevues. Pour tout le reste de l’émission, le format, le décor, le rythme, il peut suggérer, mais c’est le producteur qui décide. Éric, qui a besoin de mettre son nez partout, ne pourrait pas ne pas produire ses émissions ! »

Il pourrait aussi se contenter de produire En mode Salvail. Mais ça non plus, ce n’est pas son genre. « Éric bouffe de la télé, voit tout, écoute tout, consulte tout le monde tout le temps. Il est une maison de sondage à lui tout seul ! s’exclame Jessy Beaulieu, productrice au contenu (En mode Salvail, Les recettes pompettes). Il souhaite essayer des choses, pousser les concepts toujours plus loin. » Et puis, comme le dit Daniel Vigneault, il veut garder ses collaborateurs. Il a donc besoin de leur trouver du travail toute l’année.

L’animateur des Recettes pompettes est seul maître à bord de la maison de production Salvail & Co, qu’il a fondée il y a un an et demi. Louis Morissette, quant à lui, partage le gouvernail de KOTV avec deux gars de télé chevronnés, le producteur Louis-Philippe Drolet et Alain Chicoine, réalisateur, entre autres, des Bye bye.

« J’ai été pigiste pendant 20 ans, dit ce dernier. Ce qui veut dire prendre tous les projets qui se présentent de peur que le téléphone cesse de sonner. Travailler comme un fou et sacrifier souvent sa vie personnelle. »

Photo: Annie Horth
Photo: Annie Horth

À eux trois, les associés de KOTV ont neuf enfants, dont le plus vieux a 13 ans. Avoir leur propre boîte donne la latitude de doser (un peu !) la quantité de boulot qu’ils acceptent, en confiant une émission à un producteur délégué, par exemple. Et bien sûr, de choisir les projets, de donner vie à leurs idées. C’est comme ça que Louis Morissette a produit Le mirage, long métrage dont il est l’un des scénaristes et le personnage principal. 

Et l’argent ? Ne devient-on pas producteur pour en faire davantage ? « Je ne crois pas, poursuit Marie Collin. De l’argent, il y en a moins qu’avant. Et la compétition est de plus en plus féroce. Une Julie Snyder peut se négocier de très bons cachets d’animatrice sans les maux de tête qui viennent avec la production. »

Qui dit business dit risques. On peut gagner de l’argent, mais on peut aussi en perdre. Il faut souvent élaborer 10 projets pour en voir arriver un seul en ondes. Tourner deux ou trois fois le premier épisode pour arrimer les visions du producteur et du diffuseur. Et pour rentabiliser tout ça, enfin, il faut souvent deux ou trois saisons en ondes. Ce qui n’est jamais garanti. Bref, la fortune n’est pas nécessairement au rendez-vous. 

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