Entrevues

Rachid Badouri

Humour explosif, imitations originales et pleines de tendresse, déhanchements séduisants. Une vraie bête de scène !


 

Vous êtes certainement le premier humoriste québécois dont les parents sont d’origine berbère. Le Maroc a-t-il quelque chose à voir avec votre sens de l’humour ?
Énormément ! Les Marocains sont de grands conteurs. Des charmeurs, au sens noble du terme : des gens qui vous mettent à l’aise, avec qui vous avez envie de discuter. Chaque famille a son humoriste, son conteur d’histoires. À Marrakech, on en trouve même sur les places publiques. C’est dans le sang. Mon père est comme ça : il est drôle naturellement, il n’a pas à se forcer pour faire rire.

Vous avez grandi à Laval, qui fait souvent l’objet de « blagues de banlieue ». Source de frustration ou d’inspiration ?
D’inspiration ! Je fais d’ailleurs quelques blagues à ce sujet dans mon spectacle. Il y a quelque chose à Laval qui inspire l’humour. La preuve, c’est que plusieurs humoristes viennent de là, dont Martin Petit et les Bizarroïdes, Martin Matte, moi-même…

Je vais toujours rester un gars de banlieue, je ne peux pas faire autrement. Je m’y sens en sécurité. On dirait que j’ai gardé ma naïveté d’enfant : à l’époque, quand j’accompagnais ma mère à Montréal, j’étais terrifié. Mais dès que je remettais les pieds à Laval, je redevenais à l’aise. C’est encore comme ça aujourd’hui, même si je sais que c’est absurde.

On a l’impression que le succès vous est tombé dessus du jour au lendemain, mais vous avez mis plusieurs années à percer. Quel est le pire emploi que vous ayez occupé avant de pouvoir vivre de l’humour ?
Vendeur dans une boutique. Je venais tout juste d’être engagé. La gérante est passée me voir : « C’est toi, Rachid, le petit nouveau ? » Alors elle a pris ma main. À l’aide d’un gros marqueur, elle a écrit « 1 500 $ » dans ma paume. Puis elle l’a refermée en me disant de me concentrer sur ce nombre toutes les cinq minutes. C’était mon objectif ce jour-là : je devais vendre pour 1 500 $ de marchandises. J’ai alors demandé si je pouvais aller aux toilettes… j’ai pris mon manteau et je me suis sauvé ! En tout, j’ai travaillé là une heure et demie ! Après cet épisode, je n’ai plus osé repasser devant la boutique pendant un an, de peur qu’elle me voie.

Jeune, qui vous faisait le plus rire ?
Je suis depuis longtemps un grand admirateur d’Anthony Kavanagh. J’ai vu tous ses spectacles. Un soir, je lui avais même donné mon numéro de téléphone ! Je lui en ai reparlé récemment, d’ailleurs. Il s’en souvenait vaguement…

Un autre comique que j’ai adoré, c’est Jim Carrey, en particulier à l’époque de la série humoristique américaine In Living Color, en 1990. J’étais fou de lui.

Y a-t-il des points communs entre vous et les autres humoristes de votre génération ?
Beaucoup ! Ce que je suis aujourd’hui est un mélange de mon style propre et de tout ce que ces humoristes m’ont appris sans le savoir, à travers leurs prestations à la télé et à la radio, leurs disques, etc. C’est pour ça que je leur voue un respect inconditionnel. En observant Louis-José Houde, j’ai appris à parler vite tout en articulant. Michel Courtemanche m’a montré à bouger. Mon goût pour les personnages vient de Gad Elmaleh. Mon côté baveux sur scène, de Jamel Debbouze. Mon style très américain, de Dave Chappelle et Chris Rock.

Personne n’a inventé l’humour. L’humoriste intelligent, c’est celui qui sait bien se servir de tout ce qui a été fait avant lui. Sans jamais copier directement, évidemment !

Vous prenez un malin plaisir à imiter les membres de votre famille. Cela a-t-il déjà provoqué des disputes ?
Plutôt un froid, avec l’un de mes oncles. J’avais huit ans, on mangeait un gros couscous royal à la maison. J’ai passé toute la soirée à analyser mon oncle, des cheveux aux orteils. Et à la fin, dans un petit spectacle improvisé, je l’ai imité, avec sa façon de faire de grandes déclarations : « Vous savez, j’ai lu, moi, madame. Je sais ce qui se passe ! » Tous les membres de ma famille, qui s’étaient retenus pendant des années, ont pu enfin en rire. Mon oncle s’est levé et est parti, fâché. Mais, plus tard, tout s’est arrangé. Aujourd’hui, c’est un de mes fans.

Vous êtes un excellent danseur et n’hésitez pas à vous déhancher sur scène. Dans le milieu macho de l’humour, vous faites-vous taquiner par vos collègues ?
Ils ont souvent fait des commentaires à ce sujet, mais c’était toujours amical, des blagues du genre : « Arrives-tu de ton cours de ballet classique, Rachid ? »

De toute façon, comme la danse a toujours été une passion pour moi, je n’ai jamais eu honte de danser. Dans les clubs, mes amis buvaient, moi, je dansais. Et en fin de soirée, j’étais le chauffeur désigné !

Les vêtements semblent être une autre de vos passions. L’apparence, c’est important ?
Oui, beaucoup. Comment je décrirais mon look ? Je dirais que c’est un croisement entre un chihuahua et… Non, c’est une blague ! Plutôt un croisement entre Justin Timberlake, George Clooney et Kanye West.

Vous voulez séduire le public français avec une série de représentations prévues pour 2010. Devez-vous adapter votre spectacle ?
Oui. Mais adapter, ça peut signifier simplement changer une référence à la CSST pour son équivalent français. Par contre, il y a des expressions pour lesquelles il n’y a rien à faire, il faut les enlever. Si j’essaie, par exemple, d’expliquer ce que veut dire « Ton chien est mort », je vais tuer le rythme du spectacle. Cela dit, au plan du style, rien ne change. Si j’essaie de le modifier, je suis foutu. Je ne peux faire que du Rachid Badouri.

Tout semble vous réussir depuis quelques années. À quoi rêvez-vous maintenant ?
Un succès en France, bien sûr, ce serait énorme. Et il y a les États-Unis qui m’attirent… J’adore faire du doublage, jouer comme comédien… C’est pour ça que je suis des cours de théâtre, j’ai tellement à apprendre. J’aimerais pouvoir aller au bout de mon art, au-delà de l’humour.

Bio express
Tout jeune, Rachid Badouri fait rire sa famille et ses amis avec ses blagues, ses mimiques et ses imitations. « Dès que quelqu’un a un petit quelque chose qui sort de l’ordinaire, un accent, une façon de parler, je le remarque et je cherche à l’imiter. Je suis un caméléon. » La voie du show-business semblait donc toute tracée pour ce fils d’immigrants né à Montréal en 1976 et élevé à Laval.

En 1999, il arrive troisième au concours Juste pour rire, ce qui lui vaut un stage à l’École nationale de l’humour. Il passera ensuite plusieurs années à peaufiner son art dans l’ombre, cumulant les emplois alimentaires. Loto-Québec, pour qui il a fait une campagne télé remarquée, décide de commanditer son premier one man show, Arrête ton cinéma !, en 2007. En octobre de la même année, c’est la consécration : Rachid Badouri séduit le public du Théâtre St-Denis, puis le Québec entier. Jusqu’à maintenant, ce spectacle a attiré plus de 250 000 personnes. Et les représentations continuent…

Cet été, comme en 2008, il enfilera sa casquette d’animateur de gala au Festival Juste pour rire. Et à l’automne, il animera une série télévisée, Peut contenir des Rachid, à TVA.

De toute évidence, le Québec a adopté l’humour bon enfant de Rachid Badouri. Loin de lui les blagues politiques et les commentaires sarcastiques sur les immigrants.

Résultat : il passe aussi bien à Joliette qu’à Montréal-Nord.

Info : Rachid Badouri