Ronde, et alors?

Pour la fin de l'humour bête et méchant

On appelle ça le « fat-shaming », ou le fait d’humilier les gros. Un genre particulier d’humour, qui ne fait pas beaucoup rire notre chroniqueuse Joanie Pietracupa.

Joanie-bandeau

Quand j’ai vu cette vidéo de l’«humoriste» Nicole Arbour (permettez-moi de mettre des guillemets ici, étant donné que perso, elle ne me fait pas beaucoup rire), un mini frisson de dégoût a parcouru mon corps, de la tête aux pieds. Le même genre de spasme d’horreur qui me secoue quand je vois une araignée géante près de mon lit ou que je renverse une pinte de lait sur l’étagère du bas de mon frigo.

Qu’on se comprenne bien: j’adore l’humour. J’en mange, j’en consomme et je le pratique tous les jours. J’aime les séries télé d’humour, les films d’humour, les chansons d’humour, les spectacles d’humour. Je raffole d’humour bébé, d’humour songé, d’humour niaiseux, d’humour intelligent et de tous les genres d’humour qui se trouvent entre et au-delà ces différentes catégories. Tout en haut d’une liste de qualités que devrait posséder mon âme sœur rêvée, j’ai inscrit, il y a longtemps déjà, «avoir un bon sens de l’humour» (juste au-dessus de «avoir des bonnes valeurs», ce n’est pas peu dire!). Quand je suis triste, déprimée ou à plat, y a rien comme une bonne blague pour me ranimer. Et j’ai l’impression qu’une journée où je n’ai pas ri est une journée perdue. Bref, vous avez compris le message: je suis la fan #1 de l’humour.

Cela dit, je trouve que ce genre de satire complètement condescendante, baveuse et mesquine n’a plus sa place dans le paysage de la culture pop d’aujourd’hui. D’autres exemples du même type que la vidéo de Nicole Arbour me viennent aussi en tête, comme un vieux sketch nommé «Fat People», écrit et joué par l’humoriste britannique Ricky Gervais lors de ses shows d’humour, et la blague sexiste, misogyne et profondément douteuse que Jean-François Mercier a récemment écrite dans un de ses statuts Facebook publics. Je sais, on est durs à suivre, les êtres humains: il y a quelques années à peine, on idolâtrait – moi la première – de grands comédiens comme Jerry Seinfeld, Dave Chappelle et Yvon Deschamps, qui ont tous fait carrière grâce à leur irrévérence réputée. Et si je trouve à l’occasion qu’on a tendance à tout prendre trop au sérieux, en tant que société, à se révolter et à s’indigner dès que quelqu’un ouvre la bouche pour nous faire rire avec une farce débile ou une blague en dessous de la ceinture, je commence à comprendre pourquoi on réagit ainsi. La réponse courte? Le monde a changé, et nous aussi.

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Comme il est désormais plus facile que jamais de «communiquer» avec son prochain (merci, réseaux sociaux et nouvelles technologies!), tout un chacun peut donner son opinion et partager ses réactions dans le temps de le dire. Ça fait de nous une société plus volubile (ce qui n’est pas toujours une chose valable, si j’ose avouer), mais aussi plus méchante et plus blessante. Or, tous ces commentaires, toutes ces critiques et toutes ces petites guerres qu’on pense lancer à la blague à des amis ou à des étrangers s’enchaînent et s’accumulent. Alors qu’on pense porter à réflexion ou faire rigoler, on rend l’autre plus fragile, méfiant et susceptible. Le résultat? On passe en mode «protection» et on se met (presque) tous à rêver de calme et de douceur, de week-ends au chalet «loin de la grande ville», de journées de congé «loin des boss et des collègues», de pauses de la vie (et des autres) bien méritées.

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Et j’ai l’impression que dans ce nouvel univers, l’humour arrogant, méprisant et rogue n’a plus sa raison d’être. On ne demande qu’à rire, oui, mais peut-être pas de nous, et encore moins des autres. On a envie de s’évader de notre quotidien, pas de se le faire rappeler à coups de jokes douteuses. On a le goût de prouver qu’on n’a pas perdu notre sens de l’humour, mais qu’il a simplement évolué, comme nous et comme le monde qui nous entoure. Et ça, c’est loin d’être triste.

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