Entrevues

Louis-José Houde

Il nous fait l’humour depuis 10 ans. Déjà ! L’homme à qui tout réussit tente aujourd’hui sa chance au cinéma.

Louis-José Houde


 
Louis-José Houde

En personne, est-ce qu’il est vraiment comique ? Est-ce qu’il parle vite ? » Quiconque interviewe Louis-José Houde se fait ensuite mitrailler de questions par son entourage de 7 à 77 ans, curieux d’avoir une idée claire du gars derrière ce phénomène unique de l’humour québécois.

La réponse est complexe.

Comique ? Oui. Non. Au fond, pas vraiment. J’ai compté quelques ah ! ah ! de sa part… (eh oui !). Et de la mienne aussi, bien sûr. Difficile de faire autrement : il est venu sur Terre pour nous laver de notre ennui et nous sauver de la déprime ou, à tout le moins, nous décrisper la mâchoire. Mais Louis-José avait un boulot à faire lors de notre rencontre (promouvoir un film). Il l’a fait de façon professionnelle, sans états d’âme. Il ne confond pas journaliste et psychanalyste.

Son débit ? Normal, la plupart du temps. Puis, soudain, il s’emballe et trébuche sur un mot. Comme lorsque je lui ai demandé : « Es-tu drôle hors de la scène ? » « Jejejejeje pense que je suis moins drôle depuis que je fais de l’humour dans la vie. Maismaismais dernièrement, j’ai commencé à me dire : tu prends trop ça au sérieux. Je suis drôle encore, mais moins qu’à 16 ans. Je fais des shows tous les soirs, alors le jour, je suis pas mal comme ça [il plisse les sourcils : c’est sa face sérieuse]. J’essaie d’économiser mon énergie parce qu’il y aura plus tard dans une salle 1 000 personnes que je devrai faire rire pendant deux heures. »

Il faut l’avoir vu en action dans Suivre la parade, spectacle qu’il trimballe partout à guichets fermés depuis deux ans, pour comprendre : la somme de kilowatts qu’il dépense en 120 minutes pourrait éclairer un bungalow tout un mois. On dirait qu’il a des ressorts sous les espadrilles et le feu pris quelque part. « Je suis tout seul avec un micro. Yvon Deschamps peut se permettre d’être au centre de la scène et de parler, Guy Nantel aussi, et c’est correct. Mais moi, il faut que je bouge, c’est naturel. »

Quand il n’est pas sous les projecteurs à se démener, Louis-José se calme le pompon pour recharger ses batteries. Ce jour-là, par exemple, il est entré dans la pièce à pas comptés, s’est assis posément, et c’est à peine s’il s’est servi de ses bras pour parler. Alors que, sur scène, il les agite tant qu’un jour, c’est sûr, il s’envolera.

Entrez dans les coulisses de la séance photo de Louis-José Houde et consultez ses coups de cœur (films, restos, humoristes, etc.).

Le rendez-vous avait été pris dans les bureaux d’Alliance-Vivafilm, la boîte de cinéma. Sur les murs blancs, des affiches qui rappellent de bons souvenirs : Les invasions barbares, avec Stéphane Rousseau, Bon Cop, Bad Cop avec Patrick Huard. Deux mégasuccès, avec deux humoristes en figure de proue. De bons augures pour Louis-José, à quelques semaines de la sortie en salle de la comédie de sept millions de dollars, De père en flic, qui repose en grande partie sur son nom et ses épaules.

La trame ? Deux policiers, Jacques (Michel Côté) et son fils Marc (Louis-José), à couteaux tirés, se voient forcés de travailler en tandem sur une affaire impliquant des motards. « Mon personnage fait rire de lui. Marc, c’est un gars très low profile, qui manque de confiance, brillant mais toujours un peu à boutte. » Un rôle écrit sur mesure pour lui par le réalisateur et scénariste Émile Gaudreault (Mambo italiano, Idole instantanée…).

« Je voulais un acteur de 30 ans capable de jouer la comédie, attachant, très drôle. Il n’y en a pas beaucoup, m’expliquera Émile Gaudreault quelques jours plus tard. Louis-José a une candeur, une bonté qui émane de lui, qui est sincère. Il est aussi capable d’aller dans le drame, de nous bouleverser. Comme tous les grands humoristes, il a une fissure, une fêlure en lui. Et il possède un vrai charisme. »

On entend parfois dire que les humoristes, omniprésents, « volent » des jobs à de « vrais » comédiens, de « vrais » animateurs. Une affirmation qui, à l’évidence, le pique. « Je m’en fous complètement que des acteurs disent : “Ah ! encore un humoriste !” Pas de temps à perdre avec ça. J’ai pas du tout, du tout le complexe de l’imposteur. Écrivez-en des gags, vous allez vous en faire offrir des galas pis des films ! »

« Les gens qui font de la comédie au cinéma viennent souvent de la scène de l’humour : Robin Williams, Woody Allen, Coluche, Josiane Balasko. Et Louis-José fait partie de ce lot », estime Émile Gaudreault, lui-même humoriste dans les années 1980, membre avec Marie-Lise Pilote, Dany Turcotte et Dominique Lévesque du défunt Groupe sanguin. « C’est un perfectionniste, un virtuose. Il peut rendre drôle n’importe quoi. » Pourra-t-il rendre vraisemblable son amour dévorant pour Caroline Dhavernas, qui incarne une policière et son ex-blonde ? La rumeur court dans le Net : un baiser torride a été tourné, paraît-il. Au moins, on sait qu’il n’a pas la langue dans sa poche…

Louis-José avait déjà été sollicité par le septième art, il avait accepté d’y tremper le gros orteil (dans Bon Cop, Bad Cop, notamment, pour une scène courte et mémorable), mais n’était pas pressé d’y plonger jusqu’au cou. « J’ai un ben beau rapport avec le cinéma parce que c’était pas mon rêve d’en faire quand j’étais petit, c’est arrivé par hasard. J’ai dit oui à Émile parce que j’aimais le scénario, et que j’étais convaincu que je pouvais faire une job décente avec le personnage de Marc. »

Le tournage a eu lieu l’été dernier, mais Louis-José n’a pas interrompu sa tournée de spectacles pour autant. « Pendant 40 jours, je n’ai pas eu une seule journée de congé. Je ne le referais pas. J’en garde un souvenir très douloureux physiquement. Un combat continuel contre le sommeil. Depuis que je suis adulte, je me couche tous les soirs à deux, trois heures du matin, j’ai toujours gagné ma vie sur scène. Alors, me lever à cinq heures pour jouer au cinéma, ouf ! Se rendre sur le plateau, c’était laborieux. Mais rendu là, c’était OK. »

Entrez dans les coulisses de la séance photo de Louis-José Houde et consultez ses coups de cœur (films, restos, humoristes, etc.).

Le marathon l’a épuisé, carrément. Il en a ressenti les effets pendant des mois. Mais pourquoi s’imposer un tel effort, quitter sa zone de confort, la scène, là où il est au top et mène sa barque comme il l’entend, pour s’aventurer là où il ne contrôle rien, ou presque, et surtout pas le produit final ? Le défi, sans doute. L’envie du risque, de tenter le diable. Je n’ai pas voulu jouer les oiseaux de malheur en lui rappelant que les premiers pas au grand écran de Stéphane Rousseau (Les dangereux, en 2002) et de Patrick Huard (J’en suis ! en 1996) furent désastreux au box-office, sinon massacrés par la critique. J’ai tout de même abordé la question. « Michel Côté m’a déjà préparé. Il m’a dit que, souvent, les comédies passent au bat, se font ramasser. »

Ce serait une expérience nouvelle pour Louis-José, qui n’a jamais goûté au fiel de la critique. Depuis ses débuts, et dans tout ce qu’il a entrepris, il vit une lune de miel avec les médias, du Journal de Montréal à Radio-Canada. Alors si, par malchance, le film, ou lui, « passait au bat » comme il dit… « Je vais être… oui, oui, je vais être frustré, c’est sûr, je vais vouloir tuer tout le monde, mais ça va durer 24 heures. Je pogne les nerfs, mais pas longtemps. Je vais vouloir savoir qui a écrit ça, je vais le tuer un peu… Non, non, c’est une blague. »

S’il lance, en boutade, qu’un jour peut-être, « je vais tourner deux films par année et le reste du temps, je boirai du porto », il est plus sérieux quand il affirme : « Je ne ferai jamais le switch qu’a fait Patrick Huard. » C’est-à-dire ranger l’humoriste au vestiaire et privilégier l’acteur. Car les sirènes du cinéma auront beau faire entendre leurs chants, il leur préférera toujours le plaisir – immense, incomparable et constamment renouvelé – d’être dans son propre carré de sable, où il est le roi. Le soir où j’ai assisté à Suivre la parade au Théâtre St-Denis, un frisson a parcouru la salle quand il a fait son entrée. Des filles se sont mises à crier, des gars à siffler. Un accueil d’habitude réservé aux rock stars. Je lui en ai fait la remarque. Sa réaction ? « Hi hi hi ! » Un petit rire de gamin qui vient de commettre un mauvais coup. « C’est l’fun, j’aime ça au boutte ! »

Ce brouhaha admirateur le flatte car, si l’humour ne l’avait pas happé, il serait sans doute devenu musicien. Depuis l’adolescence, la batterie est son instrument de prédilection ; il en joue encore chez lui comme à l’entracte pendant son spectacle. Il l’a même fait au dernier Gala de l’ADISQ. Par simple plaisir. « J’aime beaucoup, beaucoup la musique. Je vois un nombre indécent de spectacles dans une année, à New York, à Toronto, en Floride, en Californie, partout. » C’est un luxe qu’il se paie (à la quantité de billets qu’il vend, il pourrait aussi s’acheter une Ferrari). Son band fétiche s’appelle Pearl Jam, un groupe rock américain né avec le grunge, très engagé politiquement, et un sujet sur lequel il s’étend sans se faire prier. L’album Pearl Jam (« le bleu, avec un avocat sur la pochette ») l’a bercé tout le long de l’écriture de Suivre la parade, « une période extrêmement plate pour moi dans ma vie personnelle », dit-il, sans élaborer. « Mais leur musique m’a vraiment stimulé. »

Pondu sur des rythmes rageurs et des titres comme Life Wasted (vie gaspillée), World Wide Suicide (suicide international) et Comatose (comateux), Suivre la parade a surpris les fans de l’humoriste. D’ordinaire si prude, Louis-José y aborde, après une première partie « classique », des sujets délicats et très personnels, tels que l’avortement de son ex-copine et le divorce de ses parents après 36 ans de mariage. On est loin des numéros qui ont fait la réputation de cet observateur du quotidien, comme celui de la « cenne noire », celle qui le nargue quand, au dépanneur, « un cadeau pour ma blonde coûte 3,49 $. Je me sens cheap d’attendre une cenne, sauf que, si je la prends pas, on dirait que je dis à la fille : C’est pour toi la grande, va te gâter… » Louis-José, admirateur avoué d’Yvon Deschamps, entend donc aller là où il n’est encore jamais allé. « Dans mon prochain spectacle, que j’écris pour 2011, il y aura des gros thèmes sociaux lourds, mais traités avec humour. »

Entrez dans les coulisses de la séance photo de Louis-José Houde et consultez ses coups de cœur (films, restos, humoristes, etc.).

La dernière année en a été une de changement. « Je suis de plus en plus tranquille, casanier, tout le temps à la campagne, où je loue un chalet. » Une certaine Mélissa n’est pas étrangère à cela…

Je lui ai montré un journal à potins où sa relation avec Mélissa Lavergne, percussionniste à l’émission Belle et bum (Télé-Québec), fait l’objet d’un article. « Ah ! je l’avais pas vu celui-là, Mélissa m’en avait parlé. » Il rigole. « Tiens, c’est inversé. » Quoi ? « D’habitude, dans les articles sur nous, il y a une photo de moi, et elle est en pop-up, dans une bulle [ils refusent d’être photographiés ensemble]. Mais là, c’est le contraire. Elle est rendue plus big que moi ! C’est devenu un running gag entre nous, parfois je l’appelle Pop-up. » De regarder une photo de sa jolie Pop-up le transforme littéralement : un sourire rêveur aux lèvres, qui grimpe jusqu’aux yeux et même, je crois, rosit un peu ses joues. Cupidon a lancé ses flèches au Grand Rire Bleue de Québec il y a exactement un an, en juin dernier. Frappés en plein cœur, les tourtereaux à l’horaire chargé se voient le plus souvent possible et partagent de temps en temps la scène : la blonde musicienne vient accompagner son chum l’humoriste pendant le segment de batteries.

L’arrivée médiatisée de Mélissa dans sa vie a brisé bien des cœurs chez ses fans… qui le trouvent néanmoins « bien beau » et ne peuvent s’empêcher de lui déclarer leur béguin sur son site Web. S’il y en a un qui peut témoigner de l’effet de l’humour sur la gent féminine, c’est lui. « En couple, avec Mélissa, je suis très drôle. » Et il entend bien continuer à l’être. « Parce que j’aimerais ça qu’elle reste… »

Bio express
19 octobre 1977 Naissance à Saint-Apollinaire, près de Québec. Élevé à « Brossard Beach », comme il le dit dans un sketch.
1996 Assiste à un spectacle de Patrick Huard. « Son show m’a complètement soufflé. Ce soir-là, j’ai pris la décision de devenir humoriste. »
1999 Sort diplômé de l’École nationale de l’humour en même temps que Cathy « Roxy » Gauthier. Débuts comme humoriste « professionnel ».
2000 Première apparition aux galas du Festival Juste pour rire.
2001 Nommé Révélation du Festival Juste pour rire.
Octobre 2002 Début de la tournée Louis-José Houde. Début aussi de la série Dollaraclip à MusiquePlus, où il commente des vidéoclips quétaines.
Mars 2003 Remporte quatre prix au Gala Les Olivier (dont celui du Spectacle de l’année).
Janvier 2006 Première diffusion de l’émission Ici Louis-José Houde (Radio-Canada) où il commente des archives quétaines.
Avril 2006 Reçoit un billet triple platine (300 000 billets vendus) pour le spectacle Louis-José Houde.
Juin 2007 Début officiel du rodage du nouveau spectacle, Suivre la parade.
Octobre 2007 Première de deux animations du Gala de l’ADISQ.
Juillet-août 2008 Sur le plateau du film De père en flic.
Décembre 2008 Reçoit une plaque double platine (200 000 billets vendus pour Suivre la parade).

Source : www.louisjosehoude.com

Entrez dans les coulisses de la séance photo de Louis-José Houde et consultez ses coups de cœur (films, restos, humoristes, etc.).