Lâchée lousse

Maison sucrée maison

Ma maison, c’est moi. Pas pour rien qu’on dit « mon intérieur ». C’est à la fois ma vitrine et mon miroir.

Lache_lousse
Les feuilles sont ramassées, les vivaces rabattues, le mobilier de jardin rangé. Allez, on rentre. Avec un léger pincement au cœur en pensant aux six mois qui nous séparent de la prochaine sangria sur la terrasse.

Mais avec, aussi, une petite odeur de feu de bois et de laine douce qui flotte dans la cervelle. Des envies de soupes et de braisés.
Et, peut-être, des rages de ménage, de rangement. De réaménagement. Après des mois à vivre dehors, l’oiselle a besoin de rafraîchir son nid. De repeindre les chambres des enfants ou de changer l’habillage des fenêtres du salon. De se réapproprier son espace.

Loft, appart, condo ou bungalow, on a avec notre chez-soi une relation bien particulière. Combien de temps, de fric et d’énergie passons-nous à chercher la toile qui ajoutera la note parfaite à la salle à manger ? À transformer notre salle de bains d’inspiration toscane en salle d’eau futuriste ? L’an dernier, disait récemment le Maclean’s, les Canadiens ont dépensé 64 milliards de dollars à rénover et à réparer leurs maisons. À ça, il faut ajouter les meubles, l’éclairage, les couleurs. En 2012, Ikea a inondé la planète de 27 milliards de dollars de canapés Kivik, de tables Liatorp et de lits Fjellse.

Ma maison, c’est moi. Pas pour rien qu’on dit « mon intérieur ». C’est à la fois ma vitrine et mon miroir.

Vitrine parce que, veux, veux pas, elle me représente aux yeux des autres. D’aussi loin que le Moyen Âge, l’intérieur d’une famille a servi à définir son statut social. C’est pour ça que nos arrière-grands-parents cassaient leur tirelire pour se payer des beaux meubles, pour ensuite les cacher sous des housses dans des salons qu’ils ouvraient deux fois par an.

On n’a plus de salon « pour la visite ». Ce statut, aujourd’hui, s’affiche par le genre de cuisine où on popote, la taille de nos salles de bains, les gadgets électroniques dont on dispose…

Ma maison, c’est aussi et surtout un miroir. L’espace qu’on habite nous ressemble. Bordélique ou maniaquement organisé, postmoderne, shaker ou totalement n’importe quoi, il est un peu notre tête, nos émotions, notre personnalité étalées sur 800 ou 3 500 pieds carrés. La preuve : la meilleure façon de guérir une déprime ? Le ménage, bien sûr. Mettre sa maison en ordre donne l’impression d’organiser ses émotions ou sa vie intérieure.

Dans les mois qui viennent, serez-vous, vous aussi, occupées à trier, ranger, réorganiser, magasiner de nouvelles couleurs, repeindre ? Moi, en tout cas, j’ai besoin de me ménager un nid assez doux pour me faire aimer la froidure imminente.

©plainpicture/Narratives (James Baldwin)

©plainpicture/Narratives (James Baldwin)