Le ménage ne fait pas de nous de meilleures personnes

Après avoir publié des photos de sa cuisine et son salon en bordel, Geneviève Pettersen a reçu une déferlante de commentaires négatifs. Et non, écrit-elle, le ménage ne fait pas de nous de meilleures personnes.

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Ça fait que si c’est le bordel chez nous, ça veut dire que c’est le chaos dans ma tête. Ça veut aussi dire que je me laisse aller, que je suis une « pas propre ». Je suis paresseuse et mes priorités ne sont pas à la bonne place, m’a-t-on fait remarquer. Et si parfois mon comptoir de cuisine ressemble au débarquement en Normandie, si les paniers de linge s’accumulent dans ma salle à manger, si mes meubles sont souvent embourbés de mille cossins, c’est que je ne suis pas vaillante.

Depuis que j’ai publié mes photos de ma maison accompagnées du mot-clic #lavraievie, j’ai été condamnée par le tribunal populaire de la guenille. Je précise au passage que ma demeure n’est pas continuellement dans cet état mais que ça ressemble pas mal à ça, certains matins, entre le moment où je vais porter les enfants à l’école et celui où je décide de passer la gratte dans le salon. Ce petit exercice d’humilité et, surtout, de déculpabilisation, m’aura permis de me rendre compte que la figure de la ménagère parfaite des années 1950 est toujours très présente et fait des ravages dans nos têtes. Torcher sa demeure est perçu par beaucoup comme un véritable workout de l’âme. Un esprit sain dans une maison propre, m’a-t-on répété.

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Photo: Geneviève Pettersen

Je vais être honnête avec vous, j’ai vraiment été étonnée par la déferlante de réactions négatives par rapport à mes photos. Oh, je m’attendais bien à quelques remontrances provenant de la ligue des matantes radicales (je blague, je vous aime). Mais j’étais loin de me douter qu’on tracerait un lien direct entre ma qualité d’être humain, de mère même, et ma propension à me laisser traîner. Surtout que je n’ai voulu en aucun cas ridiculiser ou rire de celles qui font du ménage une priorité. Je le répète : je les envie ces femmes-là. J’aimerais avoir leur talent pour faire briller tout ce qu’elles touchent.

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Ça m’a rendue triste et fâchée de constater que derrière ce tribunal populaire de la guenille se cachait un truc pas mal pernicieux et peu reluisant : une propension à se remonter en rabaissant celles qui ne vivent pas comme nous. Mon amie Fanny Britt a eu des mots très justes par rapport à ce lynchage à l’eau de javel. Je me permets de les retranscrire ici : « Toute la pression sur les femmes tient dans ce constat, à remplacer selon nos propres névroses : celles qui ne font pas (ou pas assez) de sport sont paresseuses, celles qui ne sont pas (ou pas assez) minces/toniques sont paresseuses, celles qui n’ont pas (ou pas assez) d’enfants sont paresseuses. Et on pourrait échanger l’insulte aussi, à loisir : égoïstes, lâches, perdantes, sous-performantes, folles. Et à l’opposé, plus tu es en forme/mince/ultra-mère/etc., plus tu es un être humain de qualité. »

Dit comme ça, ç’a l’air épouvantable. Mais c’est pourtant que ce genre de discours moralisateur cache. C’est terrible, ne trouvez-vous pas ?

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com
Pour réagir sur Twitter: @genpettersen
Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)

 

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