Lâchée lousse

Qui sera le prochain Bill Cosby ?

Cette semaine, la une du New York Magazine – comportant la photo de 35 femmes qui accusent Bill Cosby de les avoir droguées et violées – a fait mouche. Et a soulevé de nombreuses questions. Quel homme célèbre et admiré risque de se révéler être un violeur ?

Lache_lousse

 

A Scandal a Day (un scandale par jour). C’est le nom d’un site web lancé il y a quelques jours par l’Américaine Kathleen Willey. Elle veut ainsi recueillir des témoignages de femmes qui affirment avoir été agressées par l’ex-président Bill Clinton, comme elle-même prétend l’avoir été à l’époque où elle travaillait pour lui à la Maison Blanche.

Voilà qui ouvre peut-être l’ère post-Bill Cosby.

La une du New York Magazine où 35 femmes prennent publiquement la parole pour raconter l’agression qu’elles auraient subie aux mains de Bill Cosby vient de changer la donne, on dirait. Du moins on l’espère.

Aucun procès n’ayant été tenu et aucun verdict n’ayant été prononcé, il faut parler « d’allégations » et de « présumées » victimes. Mais quand même. La plus âgée de ces 35 femmes a 80 ans et relate une agression subie il y a plus de 50 ans. Les plus jeunes ont la quarantaine. Elles ne se connaissaient pas, mais chacune des 35 histoires qu’elles racontent est la copie conforme des autres : un acteur connu, des petites pilules blanches et une agression sexuelle perpétrée contre une femme droguée ou inconsciente. Ça commence à faire beaucoup d’allégations et de présumées victimes.

La photo publiée dans le New York Magazine.

La une du New York Magazine.

Réunies sur une même feuille de papier glacé, elles envoient un message puissant. Message renforcé par la chaise vide qui, à leurs côtés, représente 11 autres femmes qui partagent la même histoire mais ont préféré rester anonymes. Le message est qu’on ne croit pas les femmes qui disent avoir été agressées. Surtout pas par quelqu’un de big comme Cosby ou Ghomeshi.

Il a fallu six mois aux journalistes du New York Magazine pour interviewer et photographier ces 35 femmes. « Ça a fait boule de neige, disait l’auteure du reportage, Noreen Malone, hier sur les ondes de CBC (dans le cadre de l’émission Q, autrefois animée par le tristement célèbre Jian Ghomeshi….). La photographe Amanda Demme a eu l’idée de contacter les quelques femmes qui avaient osé parler. Et les autres ont suivi. » Le fruit était mûr. La publication, il y a quelques jours, d’un témoignage livré par Bill Cosby en 2005 lors d’un procès tenu dans une cause d’agression sexuelle (la cause a finalement fait l’objet d’un règlement hors-cour confidentiel) a fini d’enfoncer le clou. L’homme y admettait avoir administré à des femmes avec qui il avait des relations sexuelles de la métaqualone (commercialisée sous le nom de Quaaludes), un dépresseur du système nerveux central qui agit comme sédatif et hypnotisant.

Au fil des ans, on a soupçonné plusieurs grands hommes d’être des agresseurs sexuels. On chuchotait des noms. Mais la parole des femmes ne valait pas grand-chose face à celle de politiciens d’ici et d’ailleurs, de gens des médias ou du milieu des artistes.

Si une femme parlait, on la soupçonnait de tentative de chantage. Ou de jalousie. Ou de chercher à se rendre célèbre. C’est ce qu’on fait encore d’ailleurs. Kathleen Willey, l’initiatrice du site A Scandal a Day, n’a pas eu une vie irréprochable. Elle dit ouvertement qu’elle veut descendre en flammes la carrière de Hillary Clinton, « la personnalité politique la plus corrompue de l’histoire des États-Unis. » Bref, on est loin de la grandeur d’âme et de la justice désintéressée.

Il ne faut donc pas la croire sur parole. Il ne faut croire personne sans preuves. Mais si, et seulement si, d’autres femmes osent enfin se lever pour raconter une triste histoire impliquant un homme puissant et admiré, on pourrait au moins les écouter. Et prêter attention.

Il y a eu Jian Ghomeshi et #AgressionNonDénoncée. Il y a maintenant Bill Cosby et #TheEmptyChair (la chaise vide). Qu’y aura-t-il ensuite ?