Léa & Louise

Léa rencontre Flavie Payette-Renouf

Rencontre avec une femme de tête et de cœur.

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Flavie Payette-Renouf est le genre de fille qui vous marque. Pétillante, conscientisée et politisée, elle possède le courage de ses convictions. Chose rare en ces temps de « prétendu » cynisme. À 26 ans, elle signe aux côtés de Jean-Claude Lord le documentaire sur sa grand-maman, Lise Payette : Un peu plus haut, un peu plus loin, qui a été diffusé à Télé-Québec et TVA.

C’est vrai que l’engagement de Flavie pour les femmes et l’indépendance du Québec est encourageant. Elle débat, elle s’implique, elle raconte. Ce trait de caractère est probablement ancré dans son ADN. Une affaire de famille, quoi! Lise Payette me racontait qu’elle avait voulu transmettre à sa petite fille un esprit critique fort, une capacité d’indignation, une volonté d’indépendance et d’émancipation. La grande dame a réussi son pari. Un bel exemple de transmission.

C’est que Flavie est l’antithèse de l’apathie. Elle est idéaliste, oui, mais aussi réaliste. Il suffit de lui parler pour comprendre que la documentariste a un feu intérieur qui l’habite. Tout pour démentir le constat de certains sondages. Sa personnalité n’a rien à voir avec le portrait du jeune dépolitisé qu’on nous balance ici et là. Oui, la cinéaste croit encore et beaucoup. En l’indépendance du Québec notamment. Justement, elle nous donne le goût de croire aussi. D’avoir le courage de nos convictions. D’ici quelques années, je ne serais pas étonnée de la voir débattre à l’Assemblée nationale.

Quand vous la rencontrez en personne, c’est son sens de l’humour et son esprit vif qui vous frappent. Un mélange entre une sensibilité émouvante et une force inébranlable. Je vous parle d’elle comme si je la connaissais. Je ne vous ferai pas de cachettes. Je vous parle de quelqu’un que je suis depuis plus d’an. Quand j’ai rencontré Flavie Payette-Renouf, probablement dans une sombre salle de montage, je suis aussitôt tombée sous le charme.

Ce que j’aime d’elle par-dessus tout? Son adéquation entre ses paroles et ses gestes.

J’ai envie de vous la faire découvrir. Rencontre avec une femme de tête et de cœur.

Crédit photo : Productions J

Crédit photo : Productions J

Léa : La femme qui vous a inspiré?

Flavie : LA femme? En choisir seulement une, dans tous les domaines et toutes les phases d’une vie… pas évident! Je dirais que les femmes de ma famille ont toutes été importantes, mais à l’extérieur de ce cercle, c’est Julie Snyder. Sa détermination, son audace, son inventivité, son perfectionnisme et sa créativité ont été des inspirations. Elle a pris des risques, elle a osé, elle a pris position sur des sujets qui lui tenaient à cœur et elle a toute mon admiration pour ça.

L : Ce qui vous révolte?

F : Je ne suis pas une personne qui se révolte facilement, ce n’est pas dans mon tempérament. Certaines choses me choquent. Me dégoûtent. La violence est par contre quelque chose qui peut m’amener à être révoltée. Contre les êtres humains, comme envers les animaux. Je dois dire que je suis particulièrement sensible à la violence sexuelle, peu importe la forme. Physique ou mentale. Je ne comprendrai jamais qu’elle existe et ça me révolte de savoir que des êtres humains sont capables de les faire subir à d’autres êtres humains.

L : Ce qui vous donne espoir?

F : Quand je vois toutes ces jeunes femmes et ces jeunes hommes du Québec qui s’impliquent dans le féminisme. La solidarité des hommes est frappante dans ma génération. Ils comprennent qu’être féministe, c’est travailler pour une société plus juste et égale. Ils défendent de plus en plus nos droits avec nous et dénoncent les inégalités ou les choses dégradantes. C’est ensemble que nous pourrons continuer à faire avancer les choses. L’égalité des sexes, ça concerne tout le monde, pas seulement les femmes, parce qu’une société plus juste et équitable, c’est avantageux pour tous.

L : Qu’est-ce que la féminité?

F : Il y a un proverbe qui dit « La beauté est dans l’œil de celui qui regarde ». Je crois qu’il en va de même pour la féminité. Chacun peut la vivre ou la percevoir différemment. C’est une notion qui peut évoluer pour une même personne à travers le temps. Je pense que c’est une définition qui est propre à chacun.

L : Qu’est-ce qui vous inspire?

F : Ce sont souvent mes rencontres et mes discussions qui sont les sources de mes inspirations. J’ai toujours la tête pleine de projet après. Et quand j’ai un projet ou qu’il y a une cause pour laquelle je veux m’impliquer, on ne peut pas m’arrêter. Je veux toujours aller plus loin!

L : Qu’est-ce que vous avez envie de léguer aux filles des nouvelles générations?

F : J’aimerais que les filles qui suivront ne se mettent pas de limites et qu’elles se disent qu’elles peuvent faire tout ce qu’elles ont envie de faire. Et surtout, qu’elles peuvent aller au bout de leurs rêves. Si elles veulent se lancer en politique, qu’elles le fassent sans hésiter et qu’elles sachent que, si elles veulent être première ministre, elles peuvent. Qu’elles ne se mettent pas ces barrières qui existent bien souvent uniquement dans notre tête.

L : Quelle cause vous tient le plus à cœur?

F : La cause des femmes et le Québec (je sais, ça fait deux, mais pour moi, les deux sont d’égale importance et intimement liées). Faire du Québec une société toujours meilleure et plus progressiste. Tous ensemble, nous pouvons devenir un leader mondial dans tant de domaines que ce soit l’écologie, les nouvelles technologies, comme l’électrification des transports, les droits de la personne, l’économie, la culture… le Québec vibre! Pour réussir son épanouissement complet, je pense qu’il faut se donner la chance de choisir nous-mêmes ce que nous ferons de tout ce talent et de toutes ses expertises, alors je crois fondamentalement que le Québec gagnerait à être un pays.

L : Quel est votre plus grand rêve?

F : (Entre nous, mon rêve secret – il est bien utopique, je sais – serait de réaliser un des nouveaux Star Wars… mais chuuuut!) J’aimerais pouvoir arriver à la fin de ma vie satisfaite et fière de ce que j’ai accompli. Ne pas avoir de regret. Je détesterais me dire « j’aurais donc dû ». Parfois, les défis font peur, mais c’est généralement ce qui mène aux plus grandes réussites. Il ne faut jamais perdre de vue non plus que nos échecs sont souvent des tremplins pour apprendre, pour devenir plus forts et pour mûrir.

L : Quels sont les principaux défis qui attendent les femmes?

F : Au Québec, je pense que les femmes doivent continuer à investir les postes de directions et de décisions qui sont encore aujourd’hui majoritairement occupés par des hommes. Les femmes doivent aller en politique. C’est une grosse chance à prendre, car il y a beaucoup à perdre… mais il faut y aller pour faire partie des décisions et de la société de façon plus complète. C’est la clé vers une société plus juste et équitable à mon sens. Les défis des femmes ailleurs dans le monde sont généralement titanesques… la montée d’un certain intégrisme religieux est probablement le plus grand danger qui guette les femmes à l’heure actuelle.

L : Qu’est-ce que vous a appris votre mère?

F : Un jour, ma mère m’a demandé si je savais qui était responsable de mon bonheur. Je lui ai répondu que c’était elle. Elle m’a dit que c’était faux, que c’était moi la seule responsable de mon bonheur. Personne d’autre. Par la suite, elle a toujours continué de me pousser à me dépasser et à prendre mes propres décisions. Je ne peux pas oublier mon père non plus. On parle souvent des exemples féminins pour une femme, mais on oublie souvent les pères incroyables qui nous entourent. Mon père m’a toujours enseigné qu’il n’y avait pas de limites à ce que je pouvais faire. Qu’il suffisait d’avoir les bons outils, les bonnes connaissances et que tout était alors possible. Il a toujours traité ma mère en égal. Mon père est un féministe et ça a été tellement important.

L : Qu’est-ce que vous a appris votre grand-mère?

F : Bien sûr, ma grand-mère m’a appris les fondements de la lutte des femmes au Québec, par ses expériences et ses connaissances. Mais elle est surtout une grand-mère et non Lise Payette, le personnage public que tout le monde connaît. Alors ensemble, nous avons fait de magnifiques voyages lors desquels elle m’a fait faire de nombreuses découvertes gastronomiques et culturelles. Nous avons parcouru la route des vins ensemble à deux reprises. J’adore voyager et elle y est certainement pour quelque chose!

L : Pourquoi avoir fait un film sur votre grand-mère?

F : J’ai constaté au fil des années le peu de mémoire des Québécois quant à notre Histoire. Particulièrement celle des femmes qui sont trop souvent oubliées, alors qu’elles aussi ont bâti le Québec. Je pensais qu’il était essentiel de faire un documentaire sur ma grand-mère, car il s’agit d’un devoir de mémoire. Je voulais également le faire avec elle, car qui de mieux qu’elle-même pour nous raconter sa vie, avec ses impressions et ses émotions. Il me semblait important aussi de faire découvrir une partie de sa personnalité que les gens connaissent peu : la femme de cœur, la femme privée. On peut parler de quelqu’un pendant des heures, mais quand ce sont ses mots, ses expressions, alors une nouvelle couleur en ressort. Faire un film, c’est inscrire, un peu, ce qui s’y trouve dans l’Histoire. Ma grand-mère a fait inscrire « Je me souviens » sur les plaques de nos voitures et j’espère que les Québécois se souviendront toujours de Lise Payette. Nous lui devons tant.

L : La question de ma mère : Qu’est-ce que vous voudriez qu’on retienne de votre grand-mère?

F : Que ma grand-mère s’est battue toute sa vie pour ce en quoi elle croyait. Pour l’avancement des femmes, pour qu’elles soient libres de leurs choix. Elle a toujours été fière d’être Québécoise et elle a voulu transmettre cette passion à tous. Elle n’a jamais cessé de croire que nous étions un grand peuple promis à de grandes choses. Ma grand-mère n’a jamais baissé les bras et elle veut aller jusqu’au bout de ce qu’elle entreprend. Elle a toujours voulu travailler pour faire avancer la société et les individus. Elle n’arrêtera jamais.

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Le documentaire Lise Payette : Un peu plus haut, un peu plus loin est offert en DVD.