Léa & Louise

Léa rencontre Tamy Emma Pepin

Entretien avec une femme talentueuse et aventurière.

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Vous avez peut-être suivi Tamy Emma Pepin à travers ses pérégrinations au Royaume-Uni dans son émission Tamy@, diffusée sur les ondes du Canal Évasion? Son « bébé » a d’ailleurs récolté trois nominations aux prochains Gémeaux. Elle est également porte-parole et animatrice du Laboratoire MaTV, un projet multiplateforme qui donne la parole aux citoyens afin de trouver des solutions créatives aux enjeux qui touchent le Québec.

Objectivement, son charisme crève l’écran.

tamy emma pepin

À 30 ans, Tamy a un cœur d’enfant et un esprit de femme sage. Voilà l’une des facettes de sa personnalité intrigante qui fait qu’on a envie de la connaître. Bourlingueuse intrépide, elle inspire par son amour du voyage. Figure connue des médias sociaux, l’aventurière nous partage ses périples quasi oniriques. Son « journal de bord » fait partie de ma routine 2.0. C’est que la lire fait du bien.

Son univers est hot, évocateur, foncièrement original et coloré. Il faut la connaître personnellement pour comprendre que ce qu’elle dégage, son aura publique, est fidèlement ancré à ce qu’elle est. Talentueuse, hyperactive, créatrice, féministe, elle est probablement l’une des filles les plus assumées que j’ai rencontrées.

Elle vit au jour le jour et écoute son instinct. Volcan tranquille, elle est à la fois zen et fonceuse.

Si j’avais à lui attribuer un qualificatif, ça serait probablement girl power.

 

 

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Léa : La femme qui vous a inspiré?

Tamy : Ma mère. Je suis allée dans son pays d’origine (le Maroc) à plusieurs reprises, mais ce n’est qu’il y a quelques années que je suis allée à Bouassel, son village natal. C’est là, dans la montagne, devant des maisons de rien du tout et des chemins de terre, que son parcours m’a vraiment frappée. La seule raison que ma mère a été envoyée à l’école était pour apprendre à écrire et compter, afin de tenir le commerce de la famille (un genre de dépanneur de campagne) puisque le reste de la famille était analphabète. Elle devait être retirée de l’école vers 7 ou 8 ans, mais elle s’est battue pour poursuivre ses études. De là, elle a fait son chemin, elle a excellé à l’école, elle a eu des bourses pour étudier à l’étranger, elle a immigré au Canada et elle s’est intégrée. Elle a fondé une famille, élevé deux filles. Elle a contribué à la société québécoise, à travers son travail communautaire et plus tard, à travers la politique. Cette force de caractère est un exemple pour moi. J’ai beaucoup de respect pour les gens qui immigrent et se refont une vie ailleurs, loin de tout ce qu’ils ont connu. Depuis que je suis petite, ma mère me répète que l’éducation est mon passeport pour le monde. Ces mots ont pris tout leur sens, le jour où je suis allée à Bouassel.

 

L : Ce qui vous révolte?

T : Les injustices me révoltent. Les mariages forcés. Des jeunes filles qui se font lyncher, car elles veulent marier un homme qu’elles aiment et non celui qu’on leur impose. Les viols, la violence conjugale. Que quelqu’un puisse penser que le corps d’une femme ou de toute autre personne peut lui appartenir, ça me choque. Et quand je lis que 85 personnes détiennent la moitié de la richesse de l’humanité, ça aussi, ça me révolte.

 

L : Ce qui vous donne espoir?

T : L’amour. La compassion.

 

L : Qu’est-ce que la beauté pour vous?

T : La nature. L’art. Les gens passionnés. Il y a quelque chose de tellement beau à voir quelqu’un s’épanouir et se démener pour faire ce qu’il ou elle aime. L’entraide aussi, ça me donne souvent les larmes aux yeux. Quand tu es témoin du meilleur de l’être humain, que ce soit des grands actes de générosité ou des petits gestes au quotidien, c’est tellement beau. Dans la tristesse, les imperfections, la vulnérabilité aussi, il y a du beau. Car ce sont souvent à travers les moments plus difficiles, voire laids, qu’on s’épanouit. Ce qui est certain, c’est que pour moi la beauté ne se retrouve pas au fond d’un pot de crème.

 

L : Qu’est-ce que la féminité?

T : Je crois que la féminité est quelque chose d’unique à chaque personne, qu’elle soit une femme ou un homme. Je n’aime pas catégoriser les choses, surtout quand ce sont des questions d’identité. C’est comme demander qu’est-ce qu’être Québécois? Ce sont des définitions très personnelles et uniques à chacun.

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L : Qu’est-ce qui vous inspire?

T : Je puise une grande partie de mon inspiration dans les grands espaces et dans la nature. Devant la mer, devant des montagnes, des volcans… je me sens petite. Ça me calme beaucoup et ça me permet de clarifier mes idées. Je passe beaucoup de temps seule. Je suis inspirée au quotidien par les gens qui m’entourent. C’est très important pour moi de bien choisir les gens avec qui je partage mon temps, mon amour, mon amitié. Ce sont tous des individus qui m’inspirent, que ce soit à travers leur travail, leur vie familiale, leurs convictions, leur philosophie de vie.

 

L Qu’est-ce que vous avez envie de léguer aux filles des nouvelles générations?

T : J’ai envie que les filles qui me suivent se disent que c’est cool d’être intelligente ET cute. Il y a vraiment une tendance à se mettre en scène physiquement dans un monde virtuel qui est de plus en plus visuel (versus écrit). Je trouve dérangeant de voir des filles publier à répétition des photos sexy, dans le seul but d’amasser des likes et d’augmenter leur nombre d’abonnés. En même temps, c’est l’image de la femme qui est encouragée dans la culture populaire, donc c’est normal que plusieurs filles essaient de recréer cette recette pour avoir du « succès ». Personnellement, je suis à l’aise avec l’idée d’assumer sa sensualité et sa sexualité, mais j’aimerais inspirer les filles à s’épanouir, non seulement sexuellement, mais aussi intellectuellement et spirituellement. Les amener à avoir un regard critique quant à l’obsession du succès instantané et les encourager à cultiver les bases d’une confiance en soi saine. Les pousser à faire preuve d’audace et à foncer pour réaliser leur plein potentiel.

 

L : Qu’est-ce que vous a appris votre mère?

T : À la maison, nous recevions des journaux et des magazines du Québec, de l’Europe, de l’Afrique. On passait des après-midis complets dans les librairies. La curiosité intellectuelle et le sens critique que ma mère m’a transmis sont des choses pour lesquelles je suis très reconnaissante. Ma mère m’a également appris que si je fais un dollar, je n’en dépense pas deux. La liberté des femmes passe par leur autonomie financière. Et finalement, elle m’a appris à toujours défendre mes convictions.

 

L : Quel est votre plus grand rêve?

T : Depuis que je suis petite, je rêvais d’écrire, de produire et d’animer mon émission de voyage. Grâce à beaucoup de travail, je suis en train de réaliser ce rêve maintenant et j’aimerais continuer d’explorer cette avenue et diversifier mon travail au sein de cette niche, non seulement ici au Québec, mais à l’international. J’ai également une grande passion pour la photographie, que je n’ai jamais assumée. En suivant des photographes du National Geographic et en interagissant avec eux sur Instagram, j’ai réalisé que ce n’était pas si inaccessible et que j’avais envie de me lancer. Je pars dans quelques jours, en solo avec ma tente et mes caméras en Islande et au Groenland. J’ai envie d’apprendre et de m’amuser en faisant des clichés. Qui sait, peut-être qu’un jour, je publierai du contenu dans leurs pages. Et si je peux me permettre un autre rêve, j’aimerais éventuellement vivre près de la mer. Je suis très attirée par la Californie.

Finalement, je trouve important de mentionner que je n’ai pas toujours su, et je ne sais pas toujours ce que je veux — je me questionne sans cesse. Avec Facebook et Twitter, tout le monde ne parle que de leurs bons coups, leurs succès. C’est facile de se comparer et de déprimer. L’essentiel je pense, au-delà de rêver, c’est d’agir, d’essayer, de vivre. Il faut prendre des risques, faire des erreurs. À mon avis, on ne trouve pas les réponses et on n’atteint pas nos rêves en faisant des plans super détaillés. Shonda Rhymes, (la scénariste de Scandal et Grey’s Anatomy) a donné un superbe discours à des finissants à ce sujet. Vous pouvez trouver le texte en ligne, mais la leçon à retenir, c’est « be a do-er, not a dreamer ».

L : Quels sont les principaux défis qui attendent les femmes?

T : Je pense qu’ici, il y a d’abord la retraite. Comme l’espérance de vie à tendance à être plus longue pour les femmes, il faut prévoir plus d’épargnes. Ce qui n’est pas toujours évident, surtout si les femmes gagnent moins que les hommes. Je vois également des défis qui se pointent à l’horizon, avec la naissance de pages Facebook « antiféministes », où des jeunes filles revendiquent haut et fort leur écœurement pour le féminisme, dont elles n’ont pas besoin, car elles se disent libres. Les gens ont vraiment peur de ce mot : le F-word. Lorsque je constate ce qui se passe en politique, non seulement avec la droite religieuse aux États-Unis, mais également au Canada avec le gouvernement conservateur qui sabre les organismes de femmes et qui tente de rouvrir le débat sur l’avortement, je me dis que plus que jamais, il faut appuyer les initiatives axées sur les droits des femmes et l’égalité entre les sexes.

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