La revanche des Y

Les filles de la génération Y ont l’estime de soi fragile, constatent deux amies dans la vingtaine. Pour briser le moule, elles ont lancé un mouvement audacieux. Bienvenue chez les Ladyboss!

 
Photo: Julie Artacho
Photo: Julie Artacho

«Pensez à votre rêve le plus cher. Maintenant, réfléchissez à ce qui vous empêche de le réaliser et inscrivez la réponse sur le papier placé sous votre chaise. » Dans la salle, une centaine de mains griffonnent l’obstacle à leur succès. Sur la scène, l’organisatrice Natasha Kepekci, 21 ans, se prête à l’exercice, puis chiffonne sa feuille et la balance de toutes ses forces. L’effet est contagieux. Dans l’assistance, les boules de papier virevoltent joyeusement. « Des difficultés, il y en aura toujours, reprend Natasha. À nous de passer par-dessus et d’aller jusqu’au bout. » 

Ce message est au cœur de l’initiative Ladyboss, qu’elle et une copine, Frédérique Rioux, 20 ans, ont lancée sur Facebook tout récemment. Déjà leur première activité, une série de miniconférences sur la réussite tenue à Montréal en novembre, a attiré 120 personnes. Des jeunes femmes pour la plupart, mais aussi quelques gars curieux. « Les filles de notre génération, nous manquons de confiance en nous, observent les cofondatrices. Nous devons prendre le contrôle de notre vie. »

C’est en suivant un atelier en vue de se lancer en affaires qu’elles ont mis le doigt sur le bobo. À leur grande surprise, seuls les gars prenaient le micro. En sortant, de petits groupes de filles se sont formés spontanément. Toutes déploraient l’absence de voix féminines. 

Les deux amies ont écumé le web à la recherche de programmes destinés à requinquer la confiance des femmes. Elles n’ont pas eu de mal à en trouver, parmi les Women’s WorldWide Web (W4), Fonds de l’estime de soi Dove, Compagnie F, Girl Up,  Girls Inc… Mais aucun n’est conçu par et pour des Canadiennes de la génération Y, avec l’objectif de stimuler l’entrepreneuriat. « C’est ce qui nous a décidées à créer notre propre club, dit Frédérique, étudiante au certificat en administration à l’UQAM. Surtout quand on sait qu’à peine le tiers des entrepreneurs au pays sont des femmes. Il faut que ça change. »    

Natasha et Frédérique ont créé une page Facebook. Participé à une foule de manifestations. Entendu des témoignages, qui, tous, vont dans le même sens : à force d’avoir été trop gâtées et trop couvées, les Y n’ont pas appris à voler. « On a peur de se mettre en danger et de se faire juger. On s’écrase devant un non », analyse Frédérique. « Il faut accepter les refus et surtout dire oui aux occasions qui s’offrent à nous », ajoute Natasha, qui vient de démarrer son entreprise de produits nutritionnels. Et ça commence par se réconcilier avec son image et cesser de se comparer aux gars. Elles donnent l’exemple de la vidéo virale « Always #LikeAGirl ». On y voit des ados, à qui on a demandé de « courir comme une fille » et de « lancer la balle comme une fille », faire ces gestes en jouant les nunuches. Tandis que des fillettes de 10 ans s’exécutent avec fougue et spontanéité. « Partout à la télé, au cinéma, dans les médias, on se fait renvoyer l’image de la midinette, déplorent-elles. On finit par l’intégrer. » 

Les Ladyboss s’efforcent de changer cette perception. D’amener les Y à s’apprécier et à prendre leur élan. « Chaque fois qu’on atteint un but, on accroît la confiance en ses capacités et on inspire les autres, note Frédérique. C’est cette réaction en chaîne qui va propulser le mouvement. » 

Les filles voient grand : au cours de l’année, elles comptent mettre sur pied un réseau de fonds d’investissement pour la jeunesse, organiser une campagne inspirée du mouvement de solidarité pour l’égalité des sexes HeforShe d’ONU Femmes, offrir du coaching pour se lancer en affaires et, ultimement, stimuler l’entrepreneuriat féminin dans les pays en développement. Bref, former une communauté de femmes qui agissent. « Comme dirait l’actrice Emma Watson, nommée ambassadrice de bonne volonté d’ONU Femmes, si ce n’est pas nous qui allons changer les choses, alors qui ? » 

Les femmes qu’elles admirent

Ellen DeGeneres, pour sa force, son authenticité et sa générosité. Elle m’a appris à m’assumer et à suivre mes passions.
— Frédérique

Oprah Winfrey, parce qu’elle s’est servie de ses expériences douloureuses pour avancer et inciter les autres à faire de même.
— Natasha

Pour joindre les Ladyboss et s’informer des prochaines activités, visitez leur page Facebook, Ladyboss Canada

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