Famille tout compris

Trop progressistes, les nouveaux cours d’éducation sexuelle en Ontario?

Expliquer ce qu’est le cunnilingus à des élèves en 7e année, est-ce pertinent? L’Ontario croit que oui.

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Ce lundi, le gouvernement ontarien dévoilait le contenu de son nouveau programme d’éducation sexuelle dédié aux élèves de la première à la douzième année. Des parents, des groupes religieux et des membres du parti conservateur s’inquiètent de l’effet de cette réforme sur la jeunesse de l’Ontario.

Pas moi. Vous ne le voyez pas, mais je suis debout derrière mon clavier et j’applaudis.

Je crois que les élèves ontariens sont fort chanceux de pouvoir discuter de sexualité tout au long de leur parcours scolaire, au fil de leur développement physique et émotif. J’aime la constance de cette approche, mais encore plus le fait que les cours aient été actualisés. Au lieu de faire l’autruche et de condamner certaines pratiques qui pourraient être jugées non appropriées pour des adolescents, on en discute pour que ces derniers puissent développer leur sens critique, le respect de soi et des autres.

Expliquer ce qu’est le cunnilingus, le sexe anal et le «sextage» (envoi de textos à caractère sexuel) à des élèves en 7e année? Je dis bravo. À cet âge où on est assez grand pour faire ses propres recherches sur Internet, mais qu’on évalue encore mal la portée de tout ce qu’on y trouve, je trouve sain que l’école offre non seulement de l’information fiable sur le sujet, mais aussi un contexte sécuritaire pour se familiariser avec ces pratiques. L’éducation sexuelle permet de prévenir, voire de diminuer, les comportements à risque.

C’est tout comme le fait de jaser de puberté avec des élèves en 4e année: ce n’est pas trop tôt, c’est au contraire rassurant. Lorsqu’on sait que les filles peuvent expérimenter des changements physiques dès l’âge de 8 ans, c’est un service qu’on leur rend de leur dire que tout ça est normal. Qui plus est, devant leurs compagnons de classe.

Aussi, j’apprécie énormément la place de choix accordée à la diversité des sexualités. Dès la 3e année, il sera question des familles homoparentales, alors qu’en 8e année, les jeunes apprendront qu’il existe six identités de genre: homme, femme, bispirituel, transgenre, transsexuel et intersexuel. Et pourquoi est-il important d’aborder toutes les nuances du spectre? Pour contrer une situation préoccupante. Selon un sondage canadien de 2011, «près des deux tiers (64 %) des élèves lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) et 61 % des élèves ayant des parents LGBT ont déclaré ne pas se sentir en sécurité à l’école.»

Au Québec, depuis la réforme scolaire, l’éducation sexuelle a été disséminée parmi les cours de tout un chacun. L’aspect biologique est couvert en secondaire 2, mais il y a beaucoup de disparités dans l’enseignement de tout ce qui reste, notamment l’aspect affectif et social de la sexualité.

«Selon un bilan effectué en 2013 par le Ministère, 62 % des écoles secondaires offrent une éducation sexuelle digne de ce nom, portant sur au moins quatre de ces grands thèmes (stéréotypes sexuels, des rapports égalitaires, de la vie affective et amoureuse, de l’image corporelle)». Un tiers des jeunes de notre province n’est exposé qu’à la mécanique du sexe. À mes yeux, c’est beaucoup plus choquant que de discuter d’amour oral avec des ados de 12 ans.

Croyez-vous que le ministère de l’Éducation de l’Ontario pourrait offrir des cours à distance aux Québécois? Pas seulement aux enfants, mais aussi aux parents. Il me semble qu’on est plusieurs à être mûrs pour une mise à niveau.

Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)