Société

Un couple, c’est un couple !

Ça crève les yeux, Marie-Hélène Mallette et Lydia Champagne sont folles l’une de l’autre. Étincelle dans l’œil, rires complices... Vraiment, l’amour, c’est l’amour !

Quand leurs regards se sont croisés dans un bar de la métropole, il y a deux ans, ç’a été le coup de foudre. Lydia ne savait pas encore que Marie-Hélène aimait les filles : « Elle était super efféminée… euh, féminine ! » De son côté, Marie-Hélène n’avait jamais connu le grand amour. Depuis ce jour, en couple et heureuses de l’être, elles ont emménagé ensemble et mènent chacune leur barque : Lydia, 30 ans, donne des cours de batterie dans son studio maison et Marie-Hélène, 28 ans, termine ses études de médecine vétérinaire. Un couple tout ce qu’il y a de plus normal.

Quand vous vous êtes connues, étiez-vous sorties du placard depuis longtemps ?
Marie-Hélène Lydia, c’est ma première blonde. J’ai fait mon coming out après notre rencontre, à 26 ans. J’ai toujours su que j’avais une attirance envers les filles. Sauf que je le vivais mal. J’avais l’impression que c’était rien qu’un fantasme. J’avais des chums, mais il manquait quelque chose. Dans ma tête, je ne me considérais pas comme lesbienne parce que je n’étais pas attirée par celles qui ont l’air butch. Mais quand j’ai enfin croisé Lydia, je me suis dit : « Ah, c’est ça, l’amour ! »
Lydia Moi, j’ai eu ma première blonde à 16 ans. Mais j’ai su dès l’âge de 12 ans que j’aimais les filles. J’avais des kicks, mais je continuais à fréquenter des gars. C’était plus facile. Au secondaire, quand on est le moindrement différente, on se fait écœurer.

Qu’est-ce que vos parents en ont pensé ?
Marie-Hélène Ça faisait un mois que je sortais avec Lydia. Je leur ai dit que j’étais en amour, que j’avais rencontré quelqu’un d’extraordinaire. Puis j’ai ajouté : « C’est une fille. » Ma mère s’est exclamée : « Quoiii ? » Elle n’a pas trop compris. Mon père, lui, a très bien réagi. Mes amis aussi. Mais j’ai l’impression que certains se sont sentis trahis. Comme si je leur avais menti tout ce temps. Alors que c’est à moi que je mentais.
Lydia Je l’ai dit à mes parents à 18 ans. Ils ont été les derniers à l’apprendre. Ma mère avant mon père – ils sont séparés. Chaque fois que j’allais souper chez elle, elle me demandait : « Pis, as-tu un chum ? » J’étais tannée. Quand je lui ai avoué que j’étais lesbienne, elle l’a assumé mieux que moi. Le lendemain, elle avait appelé toute la parenté !


Sentez-vous le besoin de faire avancer la « cause » ?

Lydia Je ne me cache pas et je m’assume. J’ai aidé quelques amies à s’affirmer au grand jour.

Les lesbiennes sont-elles invisibles ?
Marie-Hélène Ça commence à changer. Nous, on ne se gêne pas, qu’on soit dans un bar straight ou gai. Mais, parfois, on sent le regard des autres. C’est arrivé dernièrement. On s’embrassait et une fille nous a montrées du doigt.
Lydia Les lesbiennes qu’on remarque sont celles qui sont stéréotypées – les autres ressemblent à toutes les femmes.À quand un panneau publicitaire sur l’autoroute avec un couple de filles ?


Osez-vous dire que vous avez une blonde ?

Lydia Des fois, ça me gêne encore, environ une fois sur dix. Quand ça m’arrive, je suis fâchée contre moi.
Marie-Hélène Moi aussi. Par exemple, si une personne est sûre que j’ai un chum, je dois la contredire. Lui expliquer.

Êtes-vous de grandes amies ?
Marie-Hélène On est des amoureuses.

Le mariage, ça vous dit ?
[Regards complices, sourires gênés]
Lydia Ben oui !

Voyez-vous des enfants dans le portrait ?
Marie-Hélène On en a parlé. Mais on n’a pas eu encore de poussée d’hormones ! Si plus tard on change d’idée, on a trouvé la façon…
Lydia On va prendre mon œuf et le mettre dans son ventre.

Y a-t-il une différence entre votre vie et celle d’un autre couple ?
Lydia Deux filles ou un gars et une fille, ça revient au même. Il faut seulement dénicher celui ou celle qui te complète. Mais je pense qu’avec une personne de même sexe, l’écoute est plus facile.
Marie-Hélène C’est clair qu’il y a une différence, autrement, on ne serait pas lesbiennes ! Ce n’est pas juste une question de genre ni de sexualité. C’est une question de vibrations

Et la belle-famille ? Est-elle ouverte à votre amour ?
Marie-Hélène J’ai présenté Lydia à ma famille sans chichi, comme je l’aurais fait avec un gars. Mes parents l’ont tout de suite aimée et acceptée. Mon père considère Lydia comme sa fille, il ne cesse de la complimenter. Ma mère, qui ne comprenait pas trop au début, est passée de « ton amie » à « comment ça va avec Lydia ? » Bref, les questions habituelles qu’on pose à un couple.
Lydia Toute ma famille adore Marie-Hélène.

Si vous aviez eu le choix, auriez-vous été hétéros ?
Marie-Hélène J’aurais été un gars hétéro ! Sans blague, c’est sûr que ce n’est pas simple d’être lesbienne, il faut assumer sa différence. Mais je suis très fière d’être une femme. J’aime vivre avec une femme, je trouve ça beau.
Lydia Il y a quelques années, j’aurais sans doute répondu oui. Parce que mon cheminement a demandé bien de l’énergie et créé beaucoup de questionnements.
Marie-Hélène C’est parfois difficile d’être lesbienne féminine. Je me suis heurtée à du scepticisme de la part d’autres filles gaies. Elles me disent que ça ne colle pas. C’est un peu blessant. Au sein même de notre communauté, il y a des tabous à briser.


Le Québec de 2010 est-il ouvert à l’homosexualité ?

Marie-Hélène Oui. Mais il y a du travail à faire, tant chez les hétéros que chez les gais. On doit s’assumer davantage, puis cesser d’être gênées de se prendre la main, de s’aimer en public. Je sens encore parfois de petits malaises avec les hétéros. Au boulot, tout le monde parle de son chum, de sa blonde… J’aimerais ça dire : « Moi, avec ma blonde… »
Lydia Si on s’assume, les autres n’auront pas le choix de nous respecter. Ce serait bien qu’on n’ait plus à se justifier.