Andréanne Gauthier, surdouée de la photo

Les femmes qui m’inspirent ont le cœur grand ouvert, et l’esprit encore plus. Elles sont authentiques et passionnées, mais ce qui m’émeut surtout, c’est cette force tranquille qui les habite. Voici l’histoire de l’une d’entre elles: Andréanne Gauthier.

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Photo: Marie-Claude Fournier

Photo: Marie-Claude Fournier

Andréanne Gauthier, c’est «ma» photographe. Ça fait plusieurs années qu’on travaille ensemble; elle a réalisé toutes les photos qui se trouvent en quatrième de couverture de mes romans (celle qui figure sous cet article aussi). Andréanne a un sixième sens, une ouverture et une hypersensibilité qui font qu’elle crée des moments magiques avec ses sujets. Mais le succès n’est pas arrivé d’un coup.

À la fin de son secondaire, la Saguenéenne ne sait pas vers quoi elle veut se diriger. Elle pense à la photo, et même si elle connaît peu ce domaine, elle choisit cette voie.

Elle déménage donc à Montréal et entreprend une formation technique en photographie au cégep du Vieux-Montréal. «Honnêtement, je n’ai pas aimé ça! Je me suis sentie complètement déracinée. Toute mon énergie était orientée vers les réglages de mon appareil, ça n’avait rien d’organique. C’est vraiment en dernière année que je me suis mise à avoir du fun. Mais là, j’étais en amour!»

Indécise quant à son avenir, Andréanne s’inscrit ensuite à un certificat en publicité à l’université et travaille dans un bureau pour payer les factures. «Je me cachais dans les toilettes pour pleurer. Ça n’allait pas.» Elle trouve quand même la force de terminer ses études. Au moment où elle vit une rupture amoureuse, elle décide de jouer le tout pour le tout en se louant un studio.

«Ça me coûtait 1 000 $ par mois et je n’avais aucun contrat. Mais je me suis dit: “Si je me mets dans le pétrin, je vais être obligée de m’en sortir.” J’étais prête à écoper sur le plan de ma qualité de vie personnelle pour que ça fonctionne.» Et pas qu’à moitié! Andréanne a dû vivre durant huit mois dans son studio, n’ayant pas les moyens de payer deux loyers. «Je faisais tout pour que les clients ne se rendent compte de rien, je cachais même mon chat dans la remise quand j’avais des contrats!»

Elle travaille d’arrache-pied et sa ténacité finit par payer. Aujourd’hui, elle gagne bien sa vie avec la photo, et plusieurs grands artistes d’ici sont passés sous son objectif pour leur portfolio ou des magazines comme Châtelaine.

Malgré cela, Andréanne ne tient rien pour acquis. «Chaque jour, je me dis que ça peut être le dernier. Ce n’est pas de l’anxiété, mais je vis avec l’idée que ça peut finir. Ça me force à avoir plus de finesse dans mon travail, à toujours essayer de remettre en question et de pousser plus loin la réflexion.»

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En parallèle

Andréanne mène aussi des projets personnels comme Profil au pluriel, une production artistique où, avec la maquilleuse Alexia Baillargeon et le styliste Craig Major, elle explore la question de l’authenticité et de l’image chez des personnalités québécoises qu’on aime.

L’image de l’artiste appartient-elle au public? Et si c’était l’inverse? Si l’artiste imposait l’image qu’il veut qu’on ait de lui? Ce sont les questions qui leur ont inspiré cette galerie de photographies et vidéos sensibles et loin du convenu.

«Il s’agissait d’une démarche sans but lucratif, c’est moi qui ai financé le projet. C’était vraiment important pour moi qu’il n’y ait pas de marketing autour de ça. Le but était de célébrer l’art, point barre.»

Je trouve cette série magnifique, et ça me fait plaisir d’entendre qu’elle a permis à Andréanne de confirmer sa vision: «Ma signature, je l’ai ancrée béton avec ce projet. J’ai vraiment l’impression de m’être trouvée à 110 %.»

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Ce qu’il lui reste à accomplir? Sa réponse est spontanée: «Je commence tout juste! Je veux m’épanouir dans mon travail, mais j’aimerais trouver un meilleur équilibre entre ma vie personnelle et professionnelle.» Un défi de taille pour tout entrepreneur passionné. «J’aimerais aller faire de la photo de casting à Toronto et à New York… Être reconnue au Canada pour mes portraits. [Elle s’interrompt.] Ayoye, ça a l’air prétentieux, hein? Mais pour vrai, c’est mon rêve depuis que je fais de la photo.»

L’assurance et la détermination sont trop souvent confondues avec la prétention ou la vantardise. Pour moi, la distinction est très claire. On n’a qu’à regarder dans les yeux de notre interlocuteur, et on sait. Chez Andréanne, il n’y a pas une once de prétention. Juste la volonté d’aller plus loin.

Ce soir, c’est le vernissage de Profil au pluriel, une exposition présentée à l’hôtel Gault jusqu’au 30 septembre, dans le cadre du 375e de Montréal. Allez-y!

Exposition Profil au pluriel, du 7 au 30 septembre – Hôtel Gault


Chroniqueuse du mois

Valérie Chevalier

Valérie Chevalier est comédienne (Lance et compteLa petite reine) et animatrice (Cochon dingueLa Voix). Elle est aussi l’auteure de trois romans: Tu peux toujours courirLa théorie du drap contour et Les petites tempêtes, publiés chez Hurtubise.

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