Entrevues

Hélène Florent

Du jour au lendemain, avec La galère, Hélène Florent est devenue une vedette. Un succès mérité qu’elle doit encore apprivoiser.

On avait rendez-vous pour le lunch. Elle est arrivée à l’entrevue à l’heure et en vélo. Le matin même, elle assistait à la conférence de presse de Jean-Marc Vallée, le réalisateur de C.R.A.Z.Y, qui dévoilait la distribution de son prochain film, Café de Flore. Le chanteur Kevin Parent y fait ses premiers pas au cinéma et Hélène Florent joue sa femme.

C’est un euphémisme de dire que sa carrière va bien. Elle va mieux que ça, mieux que jamais d’ailleurs, continuant sur la lancée de La galère, le véhicule qui a fait d’Hélène une vedette aimée et une comédienne désirée. Oui, elle doit une fière chandelle à Stéphanie, écrivaine et mère de trois enfants nés de pères différents, issue de l’imagination fertile (et un peu aussi de l’histoire personnelle) de Renée-Claude Brazeau. Ce personnage riche, marquant, membre d’un quatuor féminin attachant, elle le reprend cet automne pour une troisième saison avec une joie profonde et les doigts croisés, souhaitant que ce ne soit pas pour la dernière fois.

Quand le succès et la reconnaissance publique vous tombent dessus à la mi-trentaine, après des années de tâtonnements, de travail épisodique et d’attente (« mais ce n’était pas la galère, j’ai toujours vécu de mon métier », précise-t-elle), vous les acceptez avec surprise et une certaine appréhension. Suis-je la « saveur du mois » ? s’est-elle demandé. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est une « saveur » qui dure. Des rôles-titres à la télé (Ni plus ni moi à Séries+, Toute la vérité à TVA) et au cinéma (Lucidité passagère), des participations importantes dans Belle-Baie et Lance et compte, versions petit et grand écran (au cinéma fin novembre)… Le chômage, ce n’est pas pour demain.



 

En janvier, dans une interview, tu as déclaré vouloir faire une pause cet automne.

J’ai dit ça, moi ? Oui, bon, finalement, la pause ne s’est pas du tout présentée. On dirait que le travail attire le travail… Je ne sais pas ce qui se passe en ce moment, mais j’ai vraiment de la chance. Ce métier est si incertain… C’est sûr qu’il y a la peur d’être trop présente ou de tanner les gens. Est-ce que je vais arriver à me réinventer ? On est toujours pris entre la peur de tanner et le goût d’en profiter.

Dans La Presse, on a écrit que ton rôle dans Ni plus ni moi ressemblait un peu trop à Steph dans La galère. Lis-tu les critiques?

Je ne les lis pas tout le temps et, celle-là, je ne l’avais pas lue. Sauf que, le matin où elle a été publiée, la productrice m’a appelée pour m’en parler et me dire de ne pas m’en faire avec ça. Elle voulait être fine. Oui, j’ai trouvé ça dur à prendre et, en même temps, oui, probablement qu’il y avait trop de zones où les personnages se ressemblaient. À ce moment-là, on a beau essayer de se renouveler – je me rappelle que j’ai beaucoup travaillé pour que les deux filles soient différentes –, si les personnages ont quelque chose en commun, les téléspectateurs le remarquent… Mais ce n’est pas grave.

Je ne voulais pas devenir une vedette, mais vivre de mon métier, faire mes affaires et avoir de beaux rôles. Et comme j’ai l’impression que mon travail, c’est mon loisir, la vie m’a déjà choyée. Ce que j’aime, c’est de jouer, de devenir des personnages. Ce que j’ai à dire, moi, Hélène Florent, n’est pas intéressant, en ce sens que je n’ai pas des idées qui vont changer le monde, mon quotidien n’est pas flyé. Au contraire, j’aime ça simple. J’ai mes amis, ma famille. Être reconnue dans la rue, c’est gentil, c’est agréable parce que les gens sont pleins d’amour, mais ça m’intimide aussi. Je ne sais pas toujours comment réagir.

D’habitude, je ne parle pas de ma vie privée mais, dans ce cas-ci, je ne suis pas tout à fait secrète parce que Danny est un acteur. S’il ne faisait pas le même métier que moi, peut-être que ce serait différent. Là, j’ai le goût d’en parler parce que je veux qu’on l’engage, je le trouve bon, je veux jouer avec lui. C’est un acteur qui m’impressionnait énormément, bien avant que je tombe amoureuse de lui. Il a une sensibilité, un regard…



 

Comment vivez-vous le fait que tu sois l’une des comédiennes les plus sollicitées au Québec ?

Ça peut être difficile pour le couple parce qu’il y en a un qui travaille plus que l’autre, mais Danny comprend tout à fait la situation, car il a aussi déjà eu des années super occupées – des premiers rôles au cinéma dans Les feluettes et Gaz Bar Blues, Roméo (dans Roméo et Juliette) au TNM, des productions anglophones aussi. Il sait que la roue tourne…

Donc, le succès, tu le vis bien.

Oui. Mais j’aimerais que mon monde vive la même chose que moi. Je ne sens pas de compétition ni de jalousie chez mes amis, dans ma famille, dans mon couple. Au contraire, une amie actrice m’a dit récemment : « Ton succès me dit que c’est possible, que ça existe. »

Évidemment, quand on regarde Stéphanie dans La galère, avec ses trois enfants, il y a sûrement une question qui revient tout le temps…

Et je suis un peu tannée de me la faire poser ! À partir de 30 ans, une fille doit y répondre tout le temps.

Et quelle est la réponse?

J’ai longtemps été avec quelqu’un. Quand on se sépare, on oublie ça pour un bout. Ensuite, le temps de rencontrer Danny, de laisser passer quelques années… Mon chum a un garçon, donc c’est une autre donne. Je suis déjà une belle-mère (elle fait une grimace méchante… de belle-mère de contes de fées ?). C’est pour ça que oui, c’est dans l’air. Il y a des journées où je dis : « Oui ! » et le lendemain : « Peut-être pas. » Ça dépend des jours.