Stéphanie Boulay: les hommes aussi doivent être de meilleurs alliés féministes

On connaît toutes un homme qui se dit féministe et qui, au fond, n’applique aucun des réels principes du féminisme dans sa vie privée. Il utilise ce titre comme certains mettent du parfum: un accessoire voué à séduire. On connaît aussi toutes un homme qui n’a aucune idée de ce qu’est le féminisme et qui, bien humblement, l’admet.

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Photo: iStock.com/CSA-Printstock

La semaine dernière, c’était la Journée internationale des droits des femmes. Ironiquement, j’ai eu beaucoup de conversations sur le sujet avec des hommes qui, je le réalise, ne savent pas comment être de réels alliés. C’est pourquoi j’ai épluché des sites Internet et mon expérience personnelle, à la recherche de conseils féministes pertinents pour nos amis – qui, tout compte fait, sont aussi bons pour nous, les femmes. Je suis loin d’être une spécialiste, mais j’ai rassemblé cette liste qui vulgarise bien, je crois, plusieurs points importants. Lisez-la, gardez-la, partagez-la avec vos chums, vos frères, vos pères.

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1- Comprendre que le poids historique de la domination masculine a laissé des traces. Cessez de juger la colère des femmes. Elle est souvent justifiée par les injustices, l’abus, la violence que nous avons vécus ou que nos pairs ont vécus. Alliez-vous aux féministes et au genre de féminisme qui vous parlent le plus, sans dénigrer les autres. Ne tentez pas de trouver les failles dans les comportements et les courants de pensée. Il y en a. Mais laissez-nous en juger nous-mêmes.

2- Comprendre que l’égalité des sexes n’est pas «accessoire» ou «thématique». Il ne s’agit pas d’une BA occasionnelle, mais plutôt d’une logique qui devrait être intrinsèque à tout événement ou organisation de ce monde. Ne détournez jamais les yeux de l’égalité. N’hésitez pas à en faire la remarque, lorsqu’il n’y a pas assez de femmes dans un panel, par exemple, jusqu’à carrément refuser d’y participer quand il n’y en a pas du tout. N’acceptez pas de recevoir plus d’argent qu’une femme pour le même service rendu. Portez attention à ce que vous lisez, consommez, écoutez. Intégrez à votre corpus et à vos influences du matériel fabriqué par des femmes et mettant en valeur des femmes. Et arrêtez de prétendre qu’il suffit de laisser les choses aller pour que le problème se résorbe de lui-même: les mécanismes invisibles qui régissent notre monde sont trop profondément ancrés, depuis trop longtemps, pour qu’il en aille ainsi.

3- Reconnaître ses propres privilèges. N’oubliez jamais que les injustices qu’on ne vit pas, on ne les remarque et ne les ressent pas sans faire un effort.

4- Écouter plutôt que de toujours parler. L’une des erreurs les plus fréquemment commises par des hommes est d’exprimer leur avis sur le féminisme, alors qu’ils n’en savent pas grand-chose. Vous avez peut-être déjà entendu le terme mansplaining: un homme parle à notre place d’une réalité que nous connaissons mieux que lui. Vous serez un meilleur allié si vous écoutez et posez des questions, parce que, en matière de féminisme, souvent, nous sommes mieux informées sur le sujet, ou bien nous vivons tout simplement nous-mêmes avec la problématique. Dans ces cas-ci, vous avez peut-être l’impression de ne faire que «donner votre opinion». En réalité, une opinion basée sur des préjugés et aucun fait n’est pas une opinion, mais bien un préjugé, justement.

5- Cesser de croire que l’égalité est atteinte. Elle ne l’est pas. Ni dans les faits ni dans les mœurs. Et surtout pas partout dans le monde. Simplement ici, au Québec, il suffit de se pencher sur les salaires des métiers dits «traditionnellement féminins» – comme ceux d’infirmière, de préposée aux bénéficiaires ou d’éducatrice en garderie – versus ceux des métiers «traditionnellement masculins» qui, pour les mêmes niveaux d’études ou à peu près, sont nettement supérieurs.

6- Comprendre ce qu’est le féminisme intersectionnel. Je suis une femme blanche hétérosexuelle et je vis du sexisme au quotidien, mais il faut reconnaître que les femmes issues de minorités culturelles ou des communautés LGBT+, par exemple, vivent de la discrimination sur plusieurs plans: sexe, couleur de la peau, orientation sexuelle, etc. Il faut être d’autant plus sensible à leur réalité.

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7- Comprendre que la violence faite aux femmes ne s’exprime pas que par les poings. Le mensonge, par exemple, est aussi une façon d’empêcher les femmes de choisir pour elles-mêmes des réalités qu’elles souhaitent expérimenter. Le gaslighting, cette technique de manipulation qui consiste à déformer la vérité pour faire en sorte que l’autre personne en vienne à douter de sa propre santé mentale, est aussi une forme de violence psychologique. Sans parler de l’abus de pouvoir et de la dévalorisation. Il y a tout un travail de fond à faire afin de revoir nos habitudes relationnelles.

8- Remettre en question sa façon de voir et de décrire les femmes autour de soi. Ne nous décrivez plus uniquement comme «belles», «délicieuses» ou «sexy». Demandez-vous ce que vous pourriez dire d’autre à notre sujet. Ensuite, remettez-vous en question lorsque vous avez envie de juger que nous sommes «frigides», «hystériques», «folles». Pour le même comportement exactement, diriez-vous la même chose d’un homme?

9- S’informer sur la charge mentale. L’illustratrice Emma en est une excellente vulgarisatrice. Il ne suffit pas d’aider sa partenaire à accomplir les tâches ménagères et les obligations familiales. Il faut aussi prendre avec elle la charge de les gérer, de les planifier. C’est comme une entreprise: vous n’êtes pas qu’exécutant des ordres de la patronne, vous êtes aussi copropriétaire de l’entreprise avec elle, à deux. Ça demande d’autant plus de présence, de prévoyance et, donc, d’énergie.

10- Affronter les hommes autour de soi. S’il vous plaît, aidez-nous. Ne laissez plus passer les commentaires sexistes et les comportements problématiques. Nous avons besoin de vous. Cessez de penser que le féminisme, c’est pour les femmes. Ça vous concerne autant que nous. Vous faites, comme nous, partie de l’humanité. Vous devriez donc veiller à ce que la moitié de l’humanité ait les mêmes privilèges que vous. Lisez, informez-vous, n’attendez pas qu’on vous éduque. Et, surtout, si vous en recevez des félicitations, n’oubliez jamais que ce que vous faites là, c’est juste la base.

J’apprends de nouvelles choses en lien avec le féminisme chaque jour. Personne n’est parfait. Accepter avec humilité que la voie vers l’égalité est pavée de faux pas et d’incertitudes est une bonne première étape vers une ascension saine. N’hésitons jamais à poser des questions, à nous remettre en question et à accepter la critique. Cette attitude d’ouverture fera certainement de nous de meilleurs êtres humains, à tous égards.

Merci à Marilyse Hamelin, chroniqueuse entre autres chez Châtelaine, pour le second regard.

Sources :

Manuel de la résistance féministe, Marie-Eve Surprenant, Les Éditions du Remue-ménage, 2015, 186 pages.

emmaclit.com

broadly.vice.com

feministcurrent.com

lallab.org


Photo: Bianca Cloutier-Lamoureux

Auteure-compositrice-interprète au sein du duo Les Sœurs Boulay, Stéphanie Boulay est également l’auteure du roman À l’abri des hommes et des choses (Québec Amérique).

Les opinions émises dans cet article n’engagent que l’auteure et ne reflètent pas nécessairement celles de Châtelaine.

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