Suis-je assez bonne tout en étant assez poche?

«Si je publie une photo féérique de mes filles dans un décor spectaculaire, est-ce que je participe à la culture de la maternité de performance?» se demande Marianne Prairie. Retour et nuance sur le concept de la mère parfaite sur les réseaux sociaux.

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Dans ma dernière chronique Qui est la mère parfaite l’Internet?, j’abordais un phénomène qui revient de façon cyclique dans les médias. Je trouvais important d’apporter quelques nuances et relever certains paradoxes à ce sujet pour qu’on pousse la réflexion plus loin que « c’est de la faute des méchantes blogueuses si on se sent poche comme mères. » C’est plus complexe que ça. Vous irez la lire, vous allez tout comprendre. Ha!

En discutant avec plusieurs amies, des amies « virtuelles » pour la plupart, je me suis rendue compte que la relation amour-haine des mères avec les réseaux sociaux ne se résumait pas à celle d’un public passif, simplement exposé à des images magnifiées de mères comblées ou de ménagères accomplies. De façon générale, on analyse ces portraits de familles de la même façon qu’on l’a déjà fait avec les mannequins dans les magazines et la publicité. Dans les deux cas, on dénonce des modèles standardisés ou irréalistes qui affectent les femmes dans leur perception d’elles-mêmes et leur estime de soi.

Photo: iStock

Photo: iStock

Mais sur les réseaux sociaux, ces mêmes femmes peuvent répondre instantanément à ces images avec des mentions « J’aime » ou des commentaires. Téléphone intelligent en main, elles consultent les images des autres, certes, mais elles peuvent aussi produire les leurs! La création de belles photos n’est plus l’apanage des médias traditionnels. Nous sommes devenues les éditrices de nos propres vies numériques.

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En tant que madame tout-le-monde, on peut partager les résultats d’un shooting professionnel où on tient la vedette, mais souvent, ce sont des moments de la « vraie vie », captés sur le vif, avec plus ou moins de talent, qu’on y publie en temps réel. Malgré que… on voit aussi passer des photos de shooting professionnel qu’on veut assez naturelles pour qu’elles passent pour de la « vraie vie ». Vous savez ce que je veux dire, hein? Confus, vous dites? Il y a une raison derrière tout ça.

On parle abondamment de l’influence des photos de piqueniques bucoliques où leurs enfants mieux habillés que vous et moi courent après des bulles de savon dans la lumière dorée du soleil couchant, mais les photos de plus en plus nombreuses des cuisines en bordel et des paniers de linge sale des mères de #lavraievie marquent AUSSI l’imaginaire collectif. Si bien que les femmes actives sur les réseaux sociaux ne savent plus trop quelles photos il est politically correct de partager en ligne.

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C’est un commentaire de mon amie Catherine qui m’a mis la puce à l’oreille. Elle écrit se sentir coincée entre les supermères et celles qui les critiquent : « En plus de me sentir coupable parce que je suis une mère pas féminine, bordélique et qui donne des frites à ses enfants, je suis aussi rendue à me sentir coupable de partager mes « bons coups » et les bons moments de la maternité… J’étouffe sous l’over-analyse! Est-ce que je suis assez bonne tout en étant assez poche? »

Je comprends EXACTEMENT le feeling. Si je publie une photo féérique de mes filles dans un décor spectaculaire, est-ce que je participe à la culture de la maternité de performance? Devrais-je équilibrer mon profil avec une photo où je me moque de mon bourrelet de bédaine en linge mou? Souvent, j’abandonne avant de peser sur « publier », incapable de décider si le monde a réellement besoin de voir ce que je vois, moi.

La spontanéité des débuts a laissé place à des publications méticuleusement analysées et réfléchies. Chacune y va de sa stratégie de réseaux sociaux pour éviter des discussions enflammées dans les commentaires. On n’a pas le temps de gérer ça entre le souper, les devoirs et la pratique de soccer! On veut juste quelques like pour sentir que nous ne sommes pas seules.

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C’est lourd, non? Déjà qu’on se fait souvent reprocher de publier trop de photos de nos enfants et que les selfies sont considérées comme de pathétique recherches d’attention… Que nous reste-t-il comme marge de manœuvre, en tant qu’éditrices indépendantes de nos propres médias personnels?

Justement, la réponse est peut-être dans l’indépendance. Même si les réseaux sociaux appellent à l’approbation des autres avec les cœurs et les pouces en l’air, si on essayait de s’en foutre? Si on faisait tout simplement plaisir à l’éditrice en soi en publiant les photos qu’on aime? Et après, « qui m’aime me suive » comme on dit.

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)

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