Antihistaminiques et autres traitements contre les allergies: ce qu’il faut savoir

Nez qui coule, yeux qui piquent, éternuements… Pour beaucoup de gens, la saison des allergies est un véritable combat. Heureusement, les armes pour la traverser sont de plus en plus variées. Des antihistaminiques aux corticostéroïdes en passant par l’immunothérapie, voici un petit tour d’horizon.

  0

iStock.com/Antonio Guillem

Les antihistaminiques

Quand on souffre d’allergies saisonnières, que ce soit au pollen d’arbre (avril-mai), aux graminées (juin-juillet) ou à l’herbe à poux (d’août à novembre), on connaît bien les comprimés et capsules en vente libre, qui sont sur nos tablettes depuis longtemps. À cette liste s’ajoutent quelques autres médicaments vendus sur ordonnance. Tous ces antihistaminiques agissent rapidement, pendant une longue période et ils ne provoquent pas de somnolence. «La principale distinction entre les marques est que, selon l’individu, certaines seront plus facilement tolérées», indique la Dre Christine McCusker, allergologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Puisque chacun réagit différemment aux médicaments, un état de nervosité ou d’agitation, des nausées, des maux de tête peuvent être évités en changeant de marque.

Comment ça fonctionne? Ces produits servent à combattre l’histamine, la substance libérée par le système immunitaire qui est responsable des symptômes d’allergie. Ce mécanisme de défense, conçu pour nous protéger contre des éléments dangereux, se déclenche face à des substances inoffensives pour notre corps lorsqu’on est allergique. C’est donc notre système immunitaire lui-même qui provoque l’inflammation et les symptômes désagréables. Les antihistaminiques servent en quelque sorte à désarmer un système d’alarme qui s’est déclenché sans raison.

On peut sans problème prendre des antihistaminiques tous les jours et à long terme, car ils ne provoquent pas d’accoutumance ou de dépendance. «Certains patients ont parfois l’impression que leur médicament perd de son efficacité s’ils le prennent longtemps et pensent qu’ils doivent changer de marque, explique le Dr Jean-Nicolas Boursiquot, allergologue au CHU de Québec, mais il s’agit d’un mythe. Ces fluctuations dans les résultats sont plutôt dues au fait que la météo influence la quantité de pollen dans l’air, et donc les symptômes.»

À lire aussi: Allergies saisonnières: des aliments peuvent aussi engendrer des réactions

 Les corticostéroïdes

Les corticostéroïdes, ou corticoïdes, administrés grâce à un vaporisateur nasal, permettent de traiter directement l’inflammation des muqueuses. Depuis 2015, on peut s’en procurer sans ordonnance. «Parce qu’il s’agit de cortisone, il arrive que les gens hésitent à les utiliser. Et c’est bien dommage, fait valoir Jean-Nicolas Boursiquot. C’est vrai qu’il y a des effets nuisibles quand la cortisone est prise par comprimés ou par injection, mais il s’agit d’une hormone naturellement sécrétée par notre corps à raison de 7,5 mg par jour. Quelques microgrammes vaporisés localement, c’est une goutte d’eau dans l’océan comparativement à ce que notre corps fabrique lui-même.»

La prudence est toutefois de mise avec les décongestionnants, selon Christine McCusker, qu’ils soient sous forme de vaporisateur ou en comprimé. «Ces produits ne devraient jamais être pris pendant plus de quatre jours. Ils soulagent, mais en trompant la muqueuse nasale. Ils la forcent à réduire sa production de mucus, sauf que le signal que le corps envoie pour qu’elle en produise reste très fort. Ainsi, dès que l’effet du décongestionnant est estompé, on peut se retrouver avec une rhinite causée par le médicament et de la congestion chronique», explique-t-elle.

Des symptômes qui ne sont pas sans conséquences…

On peut être tenté d’éviter les médicaments et de tolérer ses symptômes pendant les quelques mois que durent les allergies saisonnières, mais cette décision peut entraîner son lot de conséquences. Par exemple, selon une étude norvégienne publiée en 2017, le taux de pollen dans l’air joue sur les résultats scolaires des élèves du secondaire. «Cette étude a changé ma façon de pratiquer, dit Christine McCusker. Ça peut influencer l’avenir d’un jeune si ses examens ont lieu pendant la saison où il est allergique.» On peut supposer que cette baisse de performance s’applique également aux adultes, puisque la rhinite allergique entraîne la plupart du temps une baisse de la qualité du sommeil et diminue la concentration.

L’immunothérapie

Dans la population générale, plus de deux personnes sur cinq souffrent d’allergies saisonnières, et pour environ la moitié d’entre elles, les antihistaminiques et corticostéroïdes ne suffisent pas à contrôler les symptômes. Pour elles ou pour soigner les allergies à long terme, il y a l’immunothérapie – ou désensibilisation. Cette forme de traitement consiste à habituer l’organisme à l’allergène en lui donnant de petites doses, qu’on augmente lentement. «Il ne s’agit pas d’une guérison, contrairement à ce qu’on entend parfois. Certaines personnes n’auront plus du tout de rhinite allergique, mais c’est une petite proportion, prévient Jean-Nicolas Boursiquot. On vise surtout une amélioration de la qualité de vie et une diminution des symptômes.»

L’immunothérapie est devenue plus accessible en 2012 avec l’homologation par Santé Canada des premiers traitements par voie sublinguale. Administré sous la forme d’un comprimé qui fond sous la langue, ce type de désensibilisation nécessite une seule visite chez l’allergologue, pour la prise de la première dose. Par la suite, il suffit de prendre un comprimé par jour à la maison, pendant six mois. Le traitement est ensuite répété chaque année, pendant au moins trois ans. Actuellement, cette méthode n’est offerte que pour les allergies aux graminées et à l’herbe à poux, mais des traitements pour d’autres types de pollen, comme celui du bouleau, devraient s’ajouter bientôt.

À lire aussi: Allergies alimentaires: cuisiner autrement

La technique d’immunothérapie la plus connue se fait par injection sous-cutanée. Les doses doivent être injectées par un professionnel de la santé sous la supervision d’un médecin ou d’un allergologue une fois par semaine pendant quatre à six mois, puis une fois par mois pendant trois à cinq ans. Pour les personnes allergiques à un seul type de pollen, il est aussi possible de recevoir seulement une série de 4 à 11 injections avant la saison d’allergie, mais il faut également répéter le traitement pendant trois à cinq ans pour qu’il soit efficace.

«Ça demande beaucoup de sérieux et de temps, puisque c’est une démarche très longue. Mais ça en vaut souvent la peine, car les effets bénéfiques obtenus persistent pendant des années», souligne Jean-Nicolas Boursiquot.

Certaines cliniques proposent parfois une autre technique d’immunothérapie, mais elle n’est pas homologuée par Santé Canada ni approuvée par le Collège des médecins. Il s’agit d’administrer par voie orale, sous forme de gouttes, des extraits d’allergènes normalement utilisés pour l’immunothérapie par injection sous-cutanée. Jean-Nicolas Boursiquot met toutefois en garde contre cette approche: «Ce type de thérapie n’a pas fait ses preuves et est extrêmement coûteux», indique-t-il.

Malgré tous ses bienfaits, l’immunothérapie n’est pas une solution miracle. Pour près d’une personne sur cinq qui tentera ce traitement, il n’y aura aucune amélioration. «C’est un taux d’échec assez élevé, si on considère tous les efforts que ça exige. C’est pourquoi les recherches se poursuivent pour trouver d’autres solutions», souligne Christine McCusker, qui est elle-même sur une piste assez prometteuse.

Bientôt un vaccin?

Depuis quelques années déjà, l’équipe de recherche que dirige Christine McCusker travaille à l’élaboration d’un vaccin contre les allergies, sous forme de vaporisateur nasal. Ce traitement permettrait d’éduquer les cellules du système immunitaire et de les entraîner à donner une réponse non agressive aux allergènes. Fini les éternuements, le nez qui pique et les yeux qui coulent. Le traitement a déjà fait ses preuves sur des souris de laboratoire et en est maintenant à l’étape de l’élaboration pharmaceutique, c’est-à-dire qu’on tente d’en faire un médicament qui pourra être commercialisé.

«L’avantage, c’est qu’on ne fait pas que traiter les symptômes. Le vaccin interfère très tôt dans le processus de développement des allergies. Et il pourrait aussi bien être utilisé pour la prévention que pour le traitement», explique la chercheuse, enthousiaste. Il faudra toutefois être patient, car il reste plusieurs étapes à franchir, comme les essais cliniques sur des humains, avant qu’un tel vaccin soit approuvé par Santé Canada.

Certains traitements sont remboursés

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) rembourse en partie les injections sous-cutanées administrées dans un traitement d’immunothérapie. Celles-ci coûtent environ 400 $ par an avant remboursement. Le traitement sublingual, dont le prix varie de 100 $ à 150 $ par mois, est quant à lui remboursé par le gouvernement seulement pour les graminées. Les assureurs privés, pour leur part, prennent en charge tous les traitements d’immunothérapie.

À lire aussi: Allergies alimentaires: 5 choses essentielles à savoir

Impossible d'ajouter des commentaires.