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La fierté en fauteuil roulant

1 personne sur 6 au Canada a du mal à se déplacer. Et pourtant, rares sont les installations (et même les stations de métro!) accessibles aux gens en fauteuil roulant à Montréal.

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L’été dernier, il y a eu plus de 200 000 personnes dans les rues de Montréal pour le défilé de la fierté gaie. Merveilleuse mobilisation.

C’est le genre de stratégies qui ont permis aux homosexuels de faire évoluer les mentalités et modifier de nombreuses lois dans les pays occidentaux. Et voici que les transsexuels et les transgenres revendiquent également leur place. Aux États-Unis seulement, plus de 200 organisations travaillent, en leur nom, à faire changer des habitudes aussi ancrées que les toilettes séparées pour les hommes et les femmes. Dans ce pays, comme en Grande-Bretagne et même ici, les toilettes « neutres » sont de plus en plus présentes. À titre d’exemple, le campus de l’Université McGill, à Montréal, en compte 21.

Je me réjouis de vivre dans une société qui se préoccupe de la sécurité et du bien-être d’une minorité qui constitue, selon les estimations les plus probables, 0,3 % de la population, soit une personne sur 300.

Une question cependant : comment se fait-il que cette même société brime la liberté fondamentale d’une personne sur six sans vraiment s’en soucier ? qu’elle interdise à 12 % de ses citoyens de prendre le métro, d’entrer dans un petit café sympa ou dans un pavillon universitaire ?

Une personne sur six, c’est la proportion de Canadiens qui ont du mal à se déplacer. Parce qu’ils sont handicapés. Ou vieux. Ou atteints d’une affection qui limite leur mobilité, la bursite chronique par exemple. Pour eux, un escalier constitue un obstacle parfois infranchissable.

Même pas besoin d’un escalier d’ailleurs. Une marche suffit. Ou un seuil un peu ambitieux. Chantal Petitclerc, multiple médaillée paralympique en athlétisme, vit à Montréal. En principe. En pratique, elle décampe tous les hivers en Floride, où elle a acheté un appartement. Très en forme, elle passe sans difficulté du siège de la voiture qu’elle conduit à son fauteuil roulant. « Le problème, dit-elle, ce sont les trottoirs. L’hiver, c’est l’enfer. Même l’été, c’est de plus en plus difficile à cause du mauvais état de la chaussée. »

Si elle n’y arrive pas, imaginez les autres…

Photo: Getty Images

Photo: Getty Images

Le métro de Montréal compte 68 stations dont 9 seulement sont accessibles. « Et encore, là-dessus, il y a les trois stations de Laval, qui sont nées comme ça », grince Linda Gauthier. Ancienne adepte de la danse sociale (elle a participé à des compétitions internationales), cette dynamo a dû, sclérose en plaques oblige, se transformer en acrobate du fauteuil motorisé.

Elle a compris un jour que le principal obstacle à sa liberté de mouvement était la marche d’escalier. C’était en 2009. Avec d’autres, elle a alors fondé le RAPLIQ, ou Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec. Depuis, Linda Gauthier est une lobbyiste un peu tigresse. « La Commission des droits de la personne a statué qu’une marche ou un seuil trop élevé est de la discrimination indirecte », dit-elle. Selon la loi, il est maintenant interdit de construire un édifice ouvert au public qui ne soit pas accessible à tous. Ça se fait pourtant tout le temps. C’est moins cher, paraît-il. L’an dernier, le RAPLIQ a déposé plus de 90 plaintes aux deux commissions des droits de la personne, la fédérale et la provinciale. Même le tout nouveau Centre universitaire de santé McGill, cette merveille de technologie médicale, est desservi par une station de métro (Vendôme) inaccessible aux gens à mobilité réduite. Un hôpital. Cherchez l’erreur.

« On adapte 0,8 station de métro par année, s’indigne Linda Gauthier. Au train où ça n’avance pas, je vais pouvoir m’y promener en 2090. Pourtant, ça ne sert pas qu’à nous. Partout, dans les centres commerciaux, les édifices publics, le métro, les plus grands utilisateurs des ascenseurs, ce sont… les parents avec des poussettes. »

En Ontario, à partir du 1er  janvier 2025, tous les édifices publics et les transports collectifs devront être accessibles à tous sous peine d’amendes salées – 25 000 $ par jour pour les bâtiments et 100 000 $ par jour pour les transporteurs publics. Au Québec, rien.

Ce qu’il faudrait peut-être, c’est un rassemblement de 200 000 fauteuils roulants, quadriporteurs et marchettes en plein centre-ville de Montréal. Le défilé de la fierté à roulettes !

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