Lettre à une femme sur le point d’accoucher

«Tu ne seras pas parfaite, mais tu ne seras pas non plus la première à cogner la tête de ton bébé sur le cadre de portière de l’auto», écrit Manal Drissi dans sa lettre à une femme qui attend – et attend, et attend – d’accoucher.

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Photo: iStock

Chère femme sur le point d’accoucher,

Je n’ai aucune idée de ce qui t’attend – et toi non plus, d’ailleurs. Mais je sais que présentement, chaque journée dure une semaine et tu n’as jamais été aussi à l’écoute de ton corps, qui se prépare depuis des mois pour ce moment fatidique. Chaque pet, chaque rot, chaque fluide qui sort de ton corps est suspect.

Et dans ton besoin d’en savoir plus pour te rassurer, tu n’as que multiplié tes incertitudes. Tu as beau avoir tout googlé compulsivement, lu les livres, les blogs, écouté les conseils des professionnels et de tout un chacun, regardé Canal Vie religieusement, le vertige du grand saut est insensible à la raison. Tu alternes entre la puissante fébrilité qui précède la grande rencontre et le « quessé qui m’a pris ».

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Ce que je vais te dire, j’aurais voulu qu’on me le dise : c’est le temps de lâcher prise. Facile à dire, tu me diras. Depuis le début de cette aventure qu’on t’énumère les facteurs de risque de tout, qu’on te dit de surveiller ci, de mesurer ça, d’être en contrôle pour ton bien et celui de ton bébé à naître.

Maintenant, ta job est faite. Ton bébé et ton corps se chargent de la grande finale. Va falloir que tu te fasses à l’idée que le plus que tu puisses faire, c’est boire du thé de feuille de framboisier et marcher en pingouin (avec l’impression d’avoir une boule de quille entreposée entre les jambes). Tu peux faire l’amour, aussi (Hahahahahahahaha).

Ne laisse personne te dire que les trucs de grand-mère, comme frotter le plancher à quatre pattes ou faire brûler de la sauge en proférant des incantations gutturales les soirs de pleine lune, ne servent à rien; c’est ton dernier refuge dans cette attente interminable. N’hésite pas à envoyer paître ceux qui te disent d’en profiter pour te reposer. Fabriquer un humain – et pisser aux quinze minutes – n’a rien de reposant.

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Cette petite chose si fragile en dedans de toi est tellement plus forte que tu ne l’imagines. Je sais que t’as un plan, que tu visualises la suite des choses d’une certaine façon et qu’en ce moment, déroger de ce plan peut te sembler comme une fin du monde en soi. On n’a qu’un seul premier accouchement.

Je te souhaite une délivrance où tu te sens respectée et en confiance et un bébé tellement vibrant d’existence que le chemin qu’il aura pris pour te parvenir importera peu.

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Je te souhaite que la maternité soit douce avec toi (lololol), mais surtout d’être bien entourée parce que ce n’est pas juste un proverbe, ça prend vraiment un village. Pas seulement pour élever un enfant, mais pour avoir des gens à qui jeter un fameux #MichelleObamaStare pour toutes ces choses dont on ne t’aura pas prévenue.

Ce vertige qui t’habite ne quittera pas ton corps avec le placenta. Chaque nouveau pas franchi par ta descendance, chaque embûche sur son chemin, te rappellera le peu de contrôle que tu as sur ce qui t’entoure et te forcera à lâcher prise un peu plus (ou à perdre la raison un peu plus).

 

Tu ne seras pas parfaite, mais tu ne seras pas non plus la première à cogner la tête de ton bébé sur le cadre de portière de l’auto. Plusieurs fois. On parle beaucoup des défis de la parentalité ces temps-ci, mais c’est aussi une terriblement belle aventure. Un magnifique potpourri de petits bonheurs et de confusion totale.

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Tu t’apprêtes à te découvrir une force incommensurable. À tomber en amour, peut-être tout doucement, peut-être comme on tombe dans le vide. Prend un grand respire. Pis va faire caca toute seule, parce que ça, sans joke, c’est fini après.

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