Culture

Les expositions à voir à Québec, à Ottawa et à Montréal

D’Amsterdam à l’immensité de l’espace en passant par Québec, on voyagera sans passeport cet été grâce à une programmation foisonnante côté arts visuels.

Photos : Jean-François Brière (Cartographie souterraine), Ulysse Del Drago (Caroline Monnet)

Cartographie souterraine, 2021, sérigraphie sur membrane d’étanchéité. Collection de l’artiste / Photos : Jean-François Brière (Cartographie souterraine), Ulysse Del Drago (Caroline Monnet)

Secouer notre indignation

Comment peut-on tolérer que des communautés autochtones vivent encore dans des conditions misérables ? C’est la question que lance Caroline Monnet, dans son premier solo muséal canadien. L’enjeu touche de près l’artiste multidisciplinaire de 36 ans: dans la réserve algonquine de Kitigan Zibi, d’où sa mère est originaire, près de la moitié des habitants n’ont pas accès à l’eau potable. Pour évoquer cette crise, l’artiste s’est servie de matériaux de construction. Broderie sur membrane Tyvek, styromousse découpée au laser, impression sur Gyproc… Très présente, la mousse isolante rappelle l’éloignement à la fois physique et métaphorique des peuples autochtones. « J’essaie de transformer ces matériaux industriels pour leur donner une certaine poésie et qu’on ne les reconnaisse plus. Ce sont des matériaux avec des couleurs pop, souvent fluo. Il y a donc quelque chose de très joyeux dans le rendu, malgré le message plus engagé. » Le titre de l’exposition, qui signifie « la promesse » en algonquin, évoque la parole brisée du gouvernement canadien à l’égard des Premières Nations. Mais aussi l’engagement de la population qui, désormais, ne peut plus plaider l’ignorance.

NINGA MÌNÈH, AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL, JUSQU’AU 1ER AOÛT 2021. MBAM.QC.CA

Photos : MBAC

Rembrandt van Rijn, Héroïne de l’Ancien Testament, 1632‐1633. Huile sur toile, 109,2 x 94,4 cm/ Photo : MBAC

Se frotter au mystère

À Ottawa, c’est Rembrandt, le plus illustre représentant de la peinture baroque, qui est célébré cet été. L’expo s’attarde sur sa période à Amsterdam, qui vit au 17e siècle un âge d’or commercial et artistique. L’occasion, pour les visiteurs, d’admirer les clairs-obscurs emplis de sensibilité de l’artiste. Dont son chef-d’œuvre Héroïne de l’Ancien Testament, un portrait mystérieux. « Ce tableau est une énigme, et je pense que Rembrandt l’a délibérément créé ainsi. Le modèle est une Hollandaise qui apparaît dans plusieurs de ses tableaux, jouant un rôle fantastique. Son fabuleux costume nous indique qu’il ne s’agit pas d’une femme ordinaire, mais plutôt d’un personnage de la Bible ou de la mythologie – mais qui ? » dit Stephanie S. Dickey, commissaire invitée et titulaire de la chaire Bader d’art baroque du Nord à l’Université Queen’s.

REMBRANDT À AMSTERDAM. CRÉATIVITÉ ET CONCURRENCE, AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA, JUSQU’AU 6 SEPTEMBRE 2021. BEAUX-ARTS.CA

Pablo Picasso, La lecture, 1932. Huile sur toile, 130 x 97,5 cm. Musée national Picasso-Paris / Pablo Picasso, L’acrobate, 1930. Huile sur toile, 162 x 130 cm. Musée national Picasso-Paris / Pablo Picasso, Portrait de Dora Maar, 1937. Huile sur toile, 55,3 x 46,3 cm. Musée national Picasso-Paris / Photos : RMN-Grand Palais Musée National Picasso-Paris, Adrien Didier Jean, Succession Picasso-Socan

Redécouvrir un immortel

Picasso débarque à Québec ! À travers 76 œuvres réalisées tout au long de sa vie, l’exposition Figures explore la manière dont ce géant de la peinture s’est arraché aux conventions artistiques encadrant la représentation du corps pour mieux les faire éclater. Ouste, les nymphes à la plastique parfaite ! Sous le pinceau du génie cubiste, les silhouettes sont tordues, fantasques, déconstruites et réassemblées dans une folle liberté… Pour pousser la réflexion plus loin, le Musée national des beaux-arts du Québec a eu l’ingénieuse idée de coupler à cette expo, qui nous vient du Musée national Picasso-Paris, un volet inédit sur la diversité corporelle. Dix artistes contemporains y prennent part, dont le duo du projet photographique The Womanhood Project. Une façon d’ancrer à notre époque l’œuvre de celui qu’on surnommait « le Minotaure ». « Picasso est un personnage immensément connu, mais aussi un peu controversé, puisqu’il a eu des comportements assez répréhensibles vis-à-vis de ses muses et des femmes de sa vie. C’est donc aussi à elles que l’on rend hommage dans l’exposition », souligne la commissaire Maude Lévesque.

PICASSO. FIGURES, AU MUSÉE NATIONAL DES BEAUX-ARTS, JUSQU’AU 12 SEPTEMBRE 2021. MNBAQ.ORG

Photo : Julien Gagnon

Partir en expédition urbaine

Le festival Mural s’éclate. Cette année, en plus d’ajouter une dizaine de fresques au paysage montréalais, l’événement d’art urbain explorera de nouvelles avenues technologiques. La création de la murale-vedette du festival, boulevard Saint-Laurent, sera ainsi accompagnée de projections interactives, offrant au public la possibilité de façonner –temporairement– l’œuvre. « L’innovation et l’usage des technologies, c’est une tendance lourde sur la scène du street art partout dans le monde. On tient à être à l’avant-garde pour permettre aux artistes d’ici d’y goûter », indique Pierre-Alain Benoit, directeur général de Mural. Pas envie d’arpenter le béton de la métropole en pleine canicule ? Mural peut se découvrir à l’année longue grâce à son application mobile gratuite, dont la version 2021 prévoit des éléments de réalité augmentée. C’est sans compter les projets à l’extérieur de l’île, qui se multiplient–comme le nouveau parcours d’art public de TroisRivières.

Cet été, à Montréal, le festival Mural sera en partie interactif. Le public pourra exprimer sa créativité !

FESTIVAL MURAL, 12 AU 22 AOÛT 2021. MURALFESTIVAL.COM

Photo : PHI

Décoller de la réalité

Explorer les moindres recoins de la Station spatiale internationale. Observer les astronautes vaquer à leurs tâches quotidiennes. Flotter au bout du bras canadien, entre le vertige de l’espace et notre fragile boule bleue. C’est tout un voyage auquel nous convie le Centre Phi, qui présente en première mondiale l’exposition immersive L’infini. Munis d’un casque de réalité virtuelle, les visiteurs pourront découvrir un documentaire interactif créé à partir d’images filmées par l’équipage de la Station spatiale. « Cela fait presque partie de notre ADN, ce désir d’explorer le ciel, au-delà des étoiles, dans le mystère et l’inconnu », observe Marie Brassard, conceptrice et scénariste de l’exposition. Sous sa direction et celle de la fondatrice du Centre Phi, Phoebe Greenberg, L’infini dépasse la prouesse technique pour naviguer entre science, art et réflexions philosophiques. « Dans cette période où on parle beaucoup de réchauffement climatique, on a voulu que les gens éprouvent un sentiment d’amour pour notre planète, ajoute-t-elle. Rappelons-nous que notre existence est un miracle improbable dans l’immensité de cette noirceur. » Gageons que certains ne seront pas pressés de revenir sur Terre…

Un voyage à bord de la Station spatiale internationale ? L’embarquement se fait à l’Arsenal jusqu’au 7 novembre

L’INFINI, À L’ARSENAL, DU 21 JUILLET AU 7 NOVEMBRE 2021. PHI-CENTRE.COM