Générale

33 écrivains par Devoir

On lit parfois par plaisir, parfois par Devoir. Mon journal préféré s’est fendu d’un numéro très spécial ce matin, à l’occasion de l’ouverture du Salon du Livre de Montréal: 33 écrivains ont remplacé les journalistes de la salle de rédaction. J’espère qu’ils en ont imprimé quelques copies supplémentaires, car le bassin de lecteurs va augmenter.

Ce matin, sur la table de la cuisine, on (nous étions deux) s’arrachait les cahiers pour lire Dany Laferrière (sur la lecture), Wajdi (sur les esties d’intellos), Caroline Allard (sur les maires indignés), Fred Pellerin et j’en passe.

On y retrouve de petites perles, bien sûr. Et ce qu’on a sacrifié en rigueur journalistique, on l’a gagné en phrases bien personnelles et senties qui ne sont pas sans rappeler les blogues, nouveau (bientôt 6 ans que je pratique!) genre journalistique qui fait des petits. Tiens, en passant, l’Opéra de Montréal offre une soirée spéciale « blogueurs » ce samedi en fournissant les ordis avant, pendant l’entracte, et après la représentation. Un jour, pas si lointain, vous verrez, on vous remettra un iPad comme programme et pour que vous puissiez tweeter vos impressions durant la soirée.

Mais je m’égare…

Le Devoir, ce sont des écrivain, qui ce matin nous donnent du « crunchy » à lire.

Et ce sont des lecteurs, qui n’en pensent pas moins et nous suivent avec rigueur.

Hier soir, j’ai reçu cette lettre qui m’a fait sursauter. D’abord, elle est très bien écrite et construite. Elle y parle de lecture, par la bande, d’éducation aussi et fait suite à ma dernière chronique. Mais c’est l’emploi du mot dinosaure qui m’a fait réfléchir. Si on l’est à cet âge, imaginez à quels qualificatifs on s’expose lorsqu’on a 100 ans… Longue vie aux idées et au Devoir.

Bonsoir chère madame, « Un tout petit mot pour vous dire à quel point j’apprécie votre plume, votre ton incisif, et votre maniement de la langue française. Vos articles détonnent dans un paysage médiatique bien morne et qui me déprime. Titres d’une platitude affolante, contenu creux, erreurs grossières de français. Le Devoir reste le seul journal lisible. Je ne pousserai pas la prétention jusqu’à me considérer comme votre consœur, même si je fus journaliste en Europe, mais peut-être que mon expérience dans le milieu m’a rendue encore plus exigeante et cinglante dans mes commentaires. Votre dernier billet était brillant malgré le morne portrait brossé, que je ne peux que confirmer. Le niveau de mes élèves à l’université est bien pitoyable même si quelques uns sortent du lot…une petite minorité. A force de laxisme et de pédagogie alternative, de suppression de l’effort et de la contrainte, d’implantation d’une armée d’orthopédagogues au secours de ces pauvres enfants au lieu de refondre les programmes et de redorer le statut du savoir et de ses intermédiaires, les profs, on fabrique une génération d’êtres qui ne seront jamais adultes, comme vous le dites, et qui vont certainement passer leur vie à attendre de la société qu’elle continue à s’adapter à eux. Mais qui va le faire quand la génération d’au-dessus, celle qui s’est tant penchée sur leurs petits besoins particuliers, va disparaître? Moi, ça me fait peur. Je n’ai que 25 ans et je me sens déjà d’une autre époque. Merci d’écrire, soyez assurée que vous êtes lue avec la plus grande attention et beaucoup de soulagement: je ne suis pas la seule dinosaure. Au plaisir de vous lire! »