Générale

ONZE

Chacun son 11-septembre. Nous savons tous où nous étions en cette heure fatidique. Comme pour la mort de John Lennon ou lorsque Neil Armstrong a marché sur la lune. Ça fait partie de l’inconscient collectif, des histoires qu’on transmet à nos enfants.

Personnellement, je pourrai me vanter d’avoir marché DANS Fifth Avenue le 12 septembre 2001. Oui, madame. Vrai comme Neil Armstrong a marché sur la lune. J’y étais. J’en parle ici, dans mon Joblog du jour. Et je pourrai dire à mon B. que c’est grâce au 11-septembre que j’ai rencontré son père et qu’il est venu au monde. Il y a toujours un cadeau, comme dit mon mari moins neuf.

Et ce livre, Onze, d’Annie Dulong, dont vous pouvez aussi suivre le blogue. Quelle capacité à nous replonger dans la détresse humaine, la perte de contrôle, la peur de la foudre, des dieux, du ciel qui nous tombe sur la tête. Quelle invitation à mettre un visage et une vie sur ces milliers d’inconnus disparus.

Demain, cette fin de semaine, vous lirez et verrez une quantité importante de reportages sur le 10e anniversaire du 11-septembre. On fera parler des familles qui ont perdu un des leurs, des enfants nés ce jour-là, de jeunes hommes qui ont choisi de devenir pompiers, comme leur père, mort en héros.

Pourquoi se rappeler cette page marquante de l’Histoire? À quoi bon, puisque Ben Laden est mort?

Peut-être parce que l’Amérique souffre de ne plus jamais avoir été la même. Parce que l’ère du terrorisme est désormais notre lot à tous. Parce que notre devoir de devenir les apôtres de la paix et de la tolérance n’est pas superflu. Pour que cesse la haine. Parce que la poussière ne retombe jamais tout à fait.

« Dans le cimetière, elle faisait rouvrir le cercueil après chaque appel. Elle n’aurait de repos que lorsqu’elle l’aurait récupéré en entier, toutes les pièces comme s’il avait été un casse-tête, comme si attendre le retour de tous les morceaux de Phil ayant survécu à l’explosion, à l’effondrement, aux feux, comme si cette attente était la seule manière de l’aimer. »

« Et puis un jour, seize mois plus tard, ils lui diraient qu’ils ne trouveraient rien de plus. Que ce qui restait du casse-tête (ta main gauche, avec l’alliance, ton oreille, la gauche aussi puisqu’on avait la droite) avait été pulvérisé, transformé en poussière. Ne pouvait être trouvé et identifié. Désolé, madame, dirait le médecin légiste, nous ne pouvons faire plus pour vous. »

« Ce serait comme le perdre, le perdre encore une fois. »

(Extrait de Onze, Annie Dulong)