Générale

Trauma 2

J’y reviens à Trauma. D’abord parce que je croyais accrocher à Mirador et que c’est finalement la télésérie de Fabienne Larouche qui a remporté mon vote. Ensuite, parce que j’ai appris par ma mère que le conseiller médical de l’émission fait partie de l’équipe de traumatologie à l’hôpital Sacré-Coeur, l’hosto de mon papa. Ils travaillaient ensemble à l’urgence et aux soins intensifs. Pas étonnant que j’aie une impression de déjà vu…

Et puis finalement, cette phrase qui m’a légèrement traumatisée hier soir dans un épisode particulièrement réussi qui portait sur le désir et l’aversion. Un dialogue virulent entre deux internes, la brillante Sophie et son amant Étienne. De mémoire:

Vous êtes jaloux parce que je suis la fille du meilleur chirurgien que l’hôpital a connu.

Ton père, il était bipolaire et il s’est suicidé. Y’a pas de quoi être fier.

Ouch! Est-ce qu’on peut être fier de son père même s’il était bipolaire et qu’il s’est suicidé? La réponse est OUI. Et j’ai toutes les qualifications pour répondre à cette question. Une amie me faisait remarquer récemment combien on peut compatir avec les gens blessés physiquement mais qu’on juge immédiatement les meurtris de l’âme. La maladie mentale a encore une  grosse côte olympique à remonter.

Et je n’accuserai pas l’auteur de cette télésérie de manquer de sensibilité puisqu’elle ne fait que traduire une posture très populaire, surtout dans un milieu compétitif et performant comme la médecine. Un bipolaire qui se suicide est (encore?) perçu comme un looser.

C’est peut-être fou, moi je trouve que c’est plutôt quelqu’un qui décide de résoudre le problème comme on le lui a enseigné: avec la tête froide, cliniquement. Ce fut le cas pour mon père. Au-delà du désespoir, il y avait de l’ordre et de la méthode dans ce geste. Du courage aussi. Tout à fait le genre d’un homme qui a travaillé dans l’urgence et le stress, affronté les situations de crises, en laissant de côté ses émotions et en prenant des risques. C’est ce qui me frappe à chaque épisode de Trauma, combien ces médecins doivent prendre des décisions rapides en se fiant à une histoire de cas et leur expérience (ou inexpérience). Parfois ils se plantent. Mais ils ont tout essayé.

Mon père m’aura légué une attitude devant la vie. Celle-là. J’essaie. Et parfois je me plante. « Et quand tu tombes du cheval, ma fille, tu remontes en selle. Tu laisses jamais le cheval gagner. » Je remontais. Avec les coudes en sang et le visage en larmes mais je remontais en pestant contre mon père.

Ne pas laisser le cheval gagner. Merci pour ça Gilles.