Blogue La course et la vie

Les cours d’éduc, un traumatisme d’enfance

Vous avez déjà été parmi les derniers à être choisis dans une équipe, pendant un cours d’éducation physique? L’expérience laisse des traces… que la course, parfois, guérit.

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Un gymnase d’école secondaire.

Pour une partie de basket ou de ballon machin, le prof désigne deux « capitaines », ses meilleurs élèves. À eux de choisir leurs joueurs respectifs, ceux qu’ils veulent dans leur équipe.

Sur les bancs de bois dur, des adolescents en short Adidas attendent de connaître leur sort.

Qui sera choisi ? Dans quel ordre ? Qui sera pris en dernier ?

Ça sent la poussière, la sueur et l’humiliation.

Cours-Edu

Photo: iStock

Dès que les premiers sont choisis, ça délibère en caucus pour savoir « qui » de ceux et celles qui restent sur le banc sera le moins « pire » pour l’équipe. Plus le volume des conciliabules est bas, plus la « game » de pouvoir est importante. C’est que ce petit exercice ne sert pas qu’à choisir des joueurs, il sert aussi à établir sa puissance, son aura, et sa place dans la hiérarchie sociale de l’école.

Alors que les sports de groupe servent – en principe – à favoriser l’esprit d’équipe, le paradoxe, c’est qu’ils servent si souvent d’instrument de division, de ségrégation, d’exclusion.

Et ça nous étonne que tant d’adolescents prennent le sport en grippe, que les cicatrices soient si longues à guérir, et que leur rapport à leur corps en soit perturbé?

Ici, quelques-uns lisent cette chronique en sifflotant, l’air désinvolte, en minimisant ; allons, allons, c’était le fun ces parties de ballon machin, non ?

(non)

Et ceux qui n’ont jamais trouvé ça « le fun » ces parties de ballon machin ont encore au cœur le regret de ne pas avoir eu les pouvoirs de Carrie pour faire flamber l’école au complet. Façon de parler, bien sûr.

Je ne sais pas de quoi sont faits vos souvenirs de cours d’éduc’, mais autour de moi, si j’ai des coureurs qui ont toujours été bons en athlétisme, et qui poursuivent une histoire d’amour commencée dans l’enfance, je connais aussi beaucoup de coureurs, et pas des moindres, qui m’ont avoué avoir été à ça de se prendre pour Carrie tant leurs souvenirs sont douloureux. Et qui ont redécouvert la beauté du sport grâce à la course… Une foulée à la fois, elle a opéré ses miracles, pansé les plaies (jamais aussi lointaines qu’on le croit), réconcilié le propriétaire d’un corps avec sa machine.

Avec la course, il n’y a pas de capitaine, pas de règlement, pas de rapports de pouvoir.

C’est moi avec moi.

Moi qui suis capitaine, moi qui établis mes règles, et moi qui me choisis. En premier, jusqu’au dernier kilomètre, en toute liberté.

Et en moins « gore » qu’un film de Brian de Palma.

C’est pas du grand luxe de réconciliation, ça, madame ? Quin toi, le ballon machin !

Geneviève Lefebvre est l’auteur de deux romans noirs, Je compte les morts et La vie comme avec toi, tous deux salués par la critique. Son dernier roman, Va chercher, vient d’être acheté par la maison d’édition Robert Laffont, et sortira en France en avril 2015.

Pour réagir sur Twitter: @genevievelef