Club de lecture

Claudia Larochelle : ma vie en 5 livres

Animatrice de la nouvelle émission littéraire Lire sur ARTV, Claudia Larochelle est aussi journaliste et auteure. Pour elle, les livres sont des amis qui rassurent, qui consolent, qui inspirent.


 

Les mots pour le dire (1975)
C’est dans un cours de littérature et psy­chanalyse à l’UQAM que j’ai découvert ce roman. J’avais 20 ans. J’ai alors fait connaissance avec une partie de l’univers de la très grande et géniale Marie Cardinal. Je n’ai jamais autant surligné de passages dans un livre?! Je suis sensible depuis toujours aux affres de la maladie mentale, à sa présence sournoise et à ses ravages. En lisant ce récit autobiographique, j’ai su qu’il allait changer un peu la femme que je devenais, que ces mots forts, sans pudeur, ouvraient une porte sur l’inavouable.


 

Bonjour tristesse (1954)
C’est le premier roman de Françoise Sagan, publié l’année de naissance de Lorraine, ma maman. Quelle étrange coïncidence… Je dois beaucoup à ma mère en ce qui concerne mon amour des livres. Sa bibliothèque regorgeait d’ouvrages que je n’étais pas supposée lire… Avec Bonjour tristesse, j’ai découvert Cécile, 17 ans, habitée par les démons de son père, tiraillée entre les deux femmes de la vie de cet homme qu’elle aime par-dessus tout. C’est le plus beau roman d’apprentissage que j’ai lu. Je l’offre aux ados qui croisent mon chemin.


 

Belle du seigneur (1968)
Mon amie Sophie, prof de littérature au cégep de Sherbrooke, m’a donné ce livre ­d’Albert Cohen au printemps de mes 19 ans. Et quel cadeau… L’été suivant, je partais plusieurs semaines en Italie, avec mon fiancé de l’époque, un Italien pas banal… L’histoire de Solal et d’Ariane m’a fait découvrir une aventure teintée d’une passion défendue et déraisonnable. Et j’étais tout, sauf raisonnable?! Je conserve mon exemplaire rempli de billets de train et de photos sans jamais le  prêter à personne. C’est une relique dans ma bibliothèque.


 

Lettre d’une inconnue (1922)
J’adore Stefan Zweig, son trouble intérieur, son intelligence, ses combats, ses passions, sa bile noire. Dans cette longue nouvelle, une femme «inconnue» laisse à un écrivain une lettre dans laquelle elle lui con­fesse son amour. Zweig pousse très loin l’analyse du sentiment amoureux, avec une extrême compréhension de la psyché humaine, féminine dans ce cas. Il flirte avec le tragique dans sa fiction et le réel puisqu’il a mis fin à ses jours en s’empoisonnant avec sa deuxième épouse en 1942. Mon petit côté drama queen est rassasié auprès de Zweig.


 

Écrire la vie (2011)
Je suis fan d’Annie Ernaux autant que certains le sont de Bono. J’aimerais prendre le thé avec elle. En attendant ce grand jour, je parcours son œuvre entière dans Écrire la vie, qui regroupe en un millier de pages la majeure partie de ses livres et où se glissent des photos et des extraits de son journal intime. Il y a toute l’existence humaine dans le monde d’Annie. Il y a un souffle, une voix singulière qui ne me déçoit jamais. Je la relis avant de passer à l’écriture, avant de prendre des décisions, avant d’aimer.

 

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