Société

J'ai changé de vie : Asma Ben Tanfous, de l'actuariat au monde du vin

Le nom de sa jeune entreprise, Déserteur, est un clin d’œil à son propre parcours. Asma Ben Tanfous, 34 ans, avait un lucratif boulot d’actuaire avant de tout plaquer et de se lancer dans le monde du vin. En prenant ce virage à 180 degrés, elle était guidée par une seule motivation : recommencer à rêver.

Asma Ben Tanfous

Photo : Louise Savoie

Ce que je faisais avant
J’ai été actuaire dès l’âge de 22 ans. Ce travail, je l’avais choisi par amour des mathématiques. C’était une routine métro-boulot-dodo – sans le métro, parce que j’avais même déménagé près de mon bureau pour être plus efficace. Ce métier exacerbait certains de mes traits de caractère : trop perfectionniste, trop productive…

Ce que je fais aujourd’hui
Je gère mon club de vin, Déserteur, que j’ai fondé en 2018. La demande en dégustation privée est venue rapidement, et les événements d’entreprise ont suivi. Je monte aussi des cartes des vins pour des restaurants, dont Roch le Coq et Time Out Market. Et j’offre des services de consultation et de formation – car ce n’est pas tout d’avoir la plus belle sélection de bouteilles, il faut aussi que le personnel soit capable d’en parler !

Comment tout a commencé
D’abord en organisant des événements chez des entrepreneurs et artisans d’ici pour faire découvrir les vins nature et les sakés. Ils nous ouvrent leurs locaux et je fais une dégustation sur un thème, et souvent avec un invité. Ce ne sont pas des présentations qu’on écoute assis : on est debout, on se déplace, on peut discuter, et les gens finissent par se connaître et se font la bise en partant ! [NDLR : Du moins, avant la pandémie.]

Photo : Louise Savoie

Ce désir de changement m’est venu…
À la suite d’un burnout et d’une dépression il y a quatre ans. C’est la meilleure chose qui me soit arrivée, car je n’aurais jamais eu le courage de quitter un emploi stable et bien payé, autrement. J’étais devenue prisonnière de mon rythme de vie et de mon confort. J’ai passé un an sur le carreau, en invalidité. Je me suis alors rendu compte que j’avais arrêté de rêver. J’ai compris que, si je retournais à mon travail, j’allais mourir à petit feu. J’avais besoin de plus d’action, de créativité.

Quand le déclic est survenu…
J’étais en voyage. Une massothérapeute, avant de me donner un soin, m’a demandé de formuler une demande à l’univers. C’est sorti tout seul : « Je veux réunir des gens pour leur faire découvrir un produit qui les rend heureux. »

Ce que j’aime le plus du vin
C’est un liant qui rassemble les gens ! Ça crée des connexions qui restent. Le vin est bien sûr ma passion, mais je crois que j’aime encore plus l’esprit de communauté qui vient avec.

Un mot sur ma passion
J’avais un très bon salaire lorsque j’étais actuaire, j’allais souvent au restaurant et j’aimais bien boire. Mon appartement était plein de caisses de vins d’importation privée. Quand j’ai découvert le vin nature, ç’a a été une révélation ! À cette époque, je me questionnais sur ma consommation, que je voulais plus durable. Tout a commencé avec les légumes, puis le maquillage, la mode, et enfin le vin – c’est le seul produit qu’on ingère et sur lequel les ingrédients ne sont pas indiqués. Le vin nature est meilleur pour l’environnement, et j’ai trouvé en plus que le goût était meilleur aussi !

Asma Ben Tanfous

Photo : Louise Savoie

Ce qui me plaît le plus dans ma nouvelle vie
Le quotidien est très varié, entre le marketing, les réseaux sociaux, la gestion du site web, les événements, le club de vin… J’apprends beaucoup et j’aime ça.

Ce que j’ai découvert sur le milieu du vin
J’ai vite gagné le respect de la communauté œnologue, mais comme je ne viens pas du milieu, il faut que je travaille plus fort pour qu’on parle de moi. Il y a aussi un peu de sexisme parfois. Je le vois à la façon dont certains me parlent, qui n’est pas la même que quand ils s’adressent à Jean-Gabriel [Vigneault], mon partenaire d’affaires. Mais on reste chanceux à Montréal, car on a de grandes sommelières. Par contre, ce que je souhaiterais, c’est un peu plus de diversité dans le milieu…

Ce qui m’aide dans mon bagage
En actuariat, on étudie souvent tout seul, et comme j’ai ce côté un peu geek qui aime étudier, j’ai voulu en apprendre le plus possible sur le vin par moi-même. Je suis donc une autodidacte ! Mon passé d’actuaire m’a aussi appris à programmer, ce qui m’est très utile pour le site web.

La nouvelle Asma est plus…
Fonceuse et créative. Je me suis aussi découvert une force intérieure et j’arrive à cultiver un certain je-m’en-foutisme par rapport au regard des gens – c’était ma hantise avant. Là, je m’assume à 100%. Ma devise, c’est : « Je fais ce que je veux ! » Maintenant, je sens que je suis capable de changer quelque chose dans ce monde… Je suis vraiment à ma place.