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Au cimetière avec Kathy Reichs

Entrevue avec la romancière et extrait de son dernier roman traduit en français, Perdre le nord.

Promenade de santé au cimetière Notre-Dame-des-Neiges avec Kathy Reichs, l’auteure de polars qui trône au sommet du palmarès depuis son premier roman, Déjà Dead. Elle nous a causé meurtres, cadavres et… écriture.

Kathy Reichs et notre journaliste, Claudia Larochelle

Kathy Reichs et notre journaliste, Claudia Larochelle

Elle a l’air toute sage. Le genre première de classe un brin timide. Tenue impeccable, cheveux blonds bien coiffés : l’élégance personnifiée. Comment croire qu’elle se lève aux aurores pour dépecer d’innocentes victimes ?

C’est une façon de parler, bien sûr. Sa profession : anthropologue judiciaire. Mais encore ? Elle étudie les ossements pour aider les autorités policières à faire la lumière sur certaines morts. Le FBI, le Pentagone et le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale du Québec requièrent son expertise. Kathy Reichs a aussi un double : depuis plus de 15 ans, elle éprouve un grand plaisir à disséquer cadavres et ossements, armée d’un clavier d’ordinateur et… d’idées macabres.

« Vous trouvez que je n’ai pas le physique de l’emploi ? » J’avoue l’avoir imaginée plus ténébreuse, moins rayonnante. La remarque la fait rire. Kathy Reichs a le sens de l’humour. Elle dégage une force tranquille. La complice idéale avec laquelle se perdre dans les allées à flanc de montagne du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, au cœur de la métropole. Curieuse et charmée, elle s’amuse à décrypter les pierres tombales de la nécropole vieille de 150 ans qui abrite les restes d’Émile Nelligan, Jean Drapeau, Maurice Richard, Robert Gravel. « C’est si calme ici, si apaisant. J’aime beaucoup les cimetières. » Je l’aurais parié.

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L’anthropologue native de Chicago fait tous les mois la navette entre sa résidence de Charlotte, en Caroline du Nord, et Montréal. « Ce travail scientifique alimente mon écriture, dit-elle. Il me rend peut-être plus observatrice. Je ne laisse rien au hasard. »

Chaque matin, chez elle, la romancière sirote un café bien fort et imagine de nouvelles enquêtes pour la Dre Temperance Brennan, l’héroïne de ses polars – elle en publie un par année –, anthropologue judiciaire comme elle. Elle produit également une adaptation pour le petit écran, la populaire série américaine Bones, diffusée ici sur Série+. « Non, prévient-elle d’emblée, Temperance Brennan n’est pas mon clone. J’ai créé un personnage pas mal plus intéressant que moi ! »

La plupart des enquêtes auxquelles prend part la Dre Brennan, sur papier comme à la télé, sont inspirées d’affaires vraies. « Je m’assure de respecter la confidentialité de chaque dossier, dit-elle. Les faits ne sont là que pour me donner un élan dans l’écriture. » Au détour d’une allée, à nos pieds, une petite plaque de marbre blanc à fleur de sol, avec ces seuls mots : Little Fanny. Un ange passe. « Certains cas sont plus difficiles à traiter. Quand ça concerne les enfants, d’innocentes victimes, ça me touche davantage. » Son 18e roman, Bones Are Forever Perdre le nord en français – s’ouvre d’ailleurs sur la mort d’un enfant.

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À l’abri de rien

« Après le 11 septembre 2001, j’ai œuvré à Ground Zero, j’ai vécu l’un des moments les plus durs de ma carrière. Je devais répertorier les ossements humains, puis les numéroter pour faciliter l’identification des victimes. On nous avait fourni du soutien psychologique dont je ne pensais pas avoir besoin… jusqu’à ce que je craque. »

Le soleil se cache derrière les nuages. La romancière frissonne. « La mort reste un mystère devant lequel nous sommes tous égaux. » Kathy Reichs, malgré les années d’expérience, est toujours vulnérable devant la fatalité. Elle a deux filles et un fils (qui est avocat, mais s’adonne en parallèle à l’écriture, comme sa mère, et signe avec elle des polars jeunesse) et est quatre fois grand-mère. Comme tout le monde, elle craint la perte de ses proches. « J’ai peut-être plus conscience encore que d’autres de la fragilité de la vie. Tout peut s’éteindre si vite… », murmure-t-elle la voix étranglée, unique démonstration d’émotion au cours de notre entretien.

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Le vent s’élève, les feuilles voltigent. Un corbeau croasse dans un saule pleureur. Kathy Reichs soupire, puis se reprend. « Les gens sont fascinés par les histoires de meurtre. Il n’y en a pas plus qu’avant, mais on en parle davantage, dans les médias et sur Internet. On connaît les détails, on voit les images : la vidéo dans l’affaire du dépeceur Luka Rocco Magnotta en mai 2012 montre jusqu’où ça peut aller. »

Elle n’a jamais regardé ces images percutantes. Elle se concentre sur ses propres mandats. À la voir observer chaque recoin du cimetière, pas de doute : tant que Kathy Reichs sera du côté des vivants, les tueurs n’ont qu’à bien se tenir, le crime parfait n’existera pas.

Extrait

Perdre le nord, en librairie au Québec juste à temps pour l’Halloween, est le dernier titre de Kathy Reichs traduit en français. L’intrigue prend forme dans un appartement de Montréal, où sont trouvés trois cadavres de nouveaux-nés. L’inspecteur Temperance Brennan se rend par la suite jusque dans le Grand Nord canadien sur la piste d’une prostituée impliquée dans un complot meurtrier, dans lequel se mêlent trafic de drogue, mines de diamants et héritages détournés.

Lisez en exclusivité les premières pages de Perdre le nord !

Notre journaliste, Claudia Larochelle, anime l’émission Lire, sur ARTV.

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