Tendances

Tendances : en mode doux et mou

La mode nous offrait déjà tant de douceurs... La pandémie a avivé le désir de faire le plein de confort pour notre garde-robe.

Photos : Imaxtree (Défilé) ⋅ Gracieuseté de Zéro + Maria Cornejo (Pull rose)

En 1987, la pisteuse de tendances et consultante en marketing new-yorkaise Faith Popcorn avait inventé le mot cocooning pour décrire l’art de vivre des décennies à venir. Après l’effervescence tapageuse des années 1980, pendant lesquelles les divertissements se succédaient sept nuits sur sept, on regagnerait la maison, refuge serein duquel on ne sortirait que pour les strictes nécessités. Lumières tamisées, décors débordant de coussins, bouffe réconfort et mode à l’avenant: à nous les tenues tout en superpositions (tel un cocon), les écharpes pashminas, les pyjamas en flanelle…

Du cocon au nid

Trente ans plus tard, un autre terme est apparu pour désigner cette volonté de rentrer au bercail et d’améliorer notre habitat: le nesting (ou nidification). Le foyer est vu comme un sas de décompression pour décrocher de contextes politiques et écologiques inquiétants et d’un train de vie affolant.

C’est le Dr Vicente Saavedra, de la Clinique de médecine intégrative de Barcelone, qui a exposé cette théorie nous encourageant à rester à la maison pour recharger nos batteries. Pour parvenir au bien-être, on développe de nouvelles passions : séances de yoga, bougies parfumées, soirées Netflix et garde-robe axée sur le confort. L’expression « s’habiller en mou» commence à circuler.

Enfiler un jean pour se mettre en mode relax n’est plus la solution systématique. D’autres complices sont entrés en scène : les survêtements de sport, les leggings, les duvets… On les a adoptés aussitôt pour faire les courses, glandouiller, visiter le café du coin et, maintenant, télétravailler.

Mode tendances confort

Photo : Imaxtree ⋅ Doudoune blanche, TNA, 88 $ ⋅ Veste lilas, Joe Fresh Femmes +, 39 $ ⋅ Foulard, Urban Outfitters, 44 $.

Tendances à la hausse

Nos choix vestimentaires sont en symbiose avec les jours troubles que nous traversons. D’instinct, nous nous tournons vers les matières matelassées et bourrées de duvet… une façon subconsciente d’encaisser les coups envoyés par le virus? Des doudounes aussi enveloppantes que des sacs de couchage déambulent dans les rues, tandis que les vestes et les gilets légers comme des plumes sont devenus indispensables dans la maison. « Les ventes de la collection Duvet Ultra Léger performent très bien », confirme Salina Shairulla, directrice adjointe des relations publiques chez UNIQLO Canada. Le parka cocon et la doudoune à capuche font un malheur chez le détaillant japonais, qui vient d’ouvrir son plus grand magasin canadien à Montréal.

Un accessoire est apparu pour dispenser douceur et réconfort : l’immense écharpe, hybride entre la cape et la couverture. Les influenceuses sont devenues expertes dans l’art de draper la chose. Comme une sorte d’auto-accolade chaleureuse en période d’isolement social. Mais on a beau apprécier l’idée de se laisser envelopper par un châle, pas question d’étouffer dans des vêtements aux coupes étriquées. La perspective de télétravailler coincée dans un tailleur conventionnel a vite été évacuée. Les consommatrices recherchent davantage de coupes amples et évasées, selon la conseillère en style Afiya Francisco. De nombreux pulls et blouses affichent des formes trapèzes et des manches bouffantes.

« Ce sont de jolies pièces, parfaites pour les meetings virtuels », déclare-t-elle. « On est de plus en plus allergiques à l’inconfort », renchérit Madeleine Arcand, cofondatrice de la gamme québécoise Rose Buddha. La marque écoresponsable, qui proposait à l’origine des pantalons de yoga, a élargi son offre avec des basiques polyvalents, pour passer à la garderie, aller bruncher, etc. Autant la pandémie est un drame mondial, autant elle a été « bénéfique » pour Rose Buddha. « Nous avons triplé notre chiffre d’affaires, souligne l’entrepreneure. Je pense que Maxime [Morin, sa partenaire d’affaires] et moi étions prêtes, avec nos produits écologiques fabriqués ici, cutes, parfaitement présentables devant l’écran Zoom ! »

Chez Lululemon, marque activewear canadienne, la collection tout-aller On The Move a pris de l’expansion depuis l’éclosion du coronavirus. « En août dernier, nous avons lancé le City Sleek 5 poches taillé en Warpstreme MC », dit le chef de la direction, Calvin McDonald. Ce pantalon qui ressemble à un jean est gage de confort avec son tissu extensible qui évacue la transpiration. « La réaction des consommatrices a largement dépassé nos attentes. Ce style a été numéro un chez Lululemon au début de sa mise en marché et nous avons renfloué nos inventaires pour répondre à la demande », précise l’homme d’affaires.

Photo : Gracieuseté Oak & Acorn · Pull jaune, Goodee, 100 $ · Pull Gris, Birdz, 78 $.

Matière grise

Un autre joueur sérieux dans le vestiaire confo s’acclimate à la réalité d’aujourd’hui : le molleton. Le survêtement de jogging en gros coton ouaté, qui rimait souvent avec paresse végétative sur le canapé du salon, s’est raffiné. Tissus plus minces, coupes plus fluides, palette de couleurs débordant du périmètre gris-marinenoir… Entre le pyjama lounge et l’uniforme de gym, l’ensemble est devenu un incontournable parmi les télétravailleuses. « Nous continuons à nous adapter aux nouveaux styles de vie. Depuis le début de la pandémie, nos clients se tournent vers des pièces fonctionnelles qui servent autant pour le télétravail que pour l’entraînement à la maison », avance Yuichiro Kaneko, PDG d’UNIQLO Canada.

Le design du kangourou a été aussi retravaillé pour se transformer en robe, en haut sophistiqué… « La créatrice montréalaise Eliza Faulkner a fait une collection capsule en reprenant ses hauts féminins en coton ouaté : c’est superbe ! » s’exclame le styliste Simon Venne.

Photo : Imaxtree · Pull Gris, Eliza Faulkner, 189 $ · Pull rose, UT Uniqlo, 39 $.

Parmi d’autres modèles qui suscitent son enthousiasme, les pulls de la marque québécoise engagée Fermé collection, mise au monde pendant la pandémie, dont les messages appuient les artistes, commerçants et restaurateurs durement touchés par la COVID-19.

Une façon intéressante de porter le molleton est de le sortir du contexte sportif et skate, selon lui. Par exemple, en enfilant une veste TTG sur un pull à capuche, ou en jumelant le hoodie avec une jupe plissée.

Laurence Bareil, alias la Reine du Shopping, animatrice, autrice et conférencière mode, révèle son astuce de stylisme : agencer un kit mou comme si c’était une robe cocktail, en choisissant des accessoires délicats tels une montre, des bracelets, des boucles d’oreilles et même des escarpins (à talon bloc, pour plus de confort).

Photo : Imaxtree · Veste Rose, Penningtons, 59,95 $ · Veste bleue, Burton, 169,99 $.

Revenons à nos moutons

Au rayon douillet, il y en a un qui fait l’unanimité : le blouson en peluche (appelée aussi sherpa). Cet indispensable de la famille confort roule sa bosse depuis les années 1990, alors que Levi’s avait doublé l’intérieur de ses vestes de jean avec de la fausse fourrure de mouton. Aujourd’hui, des vestes zippées et des pulls kangourous s’affichent tous (simili) poils dehors, dans une gamme de coloris rigolos. Entre le mouton pelucheux et l’ourson velouté, notre cœur balance !

Une autre tendance bat des records de popularité: la maille. Les travaux d’aiguille sont devenus, après la cuisine, le passe-temps de quarantaine le plus recherché, depuis que Michelle Obama a révélé sa nouvelle passion (et avoué ses talents limités !) à l’animatrice américaine Rachael Ray. Pour saisir rapidement la balle (de laine) au vol, il vaut mieux se tourner vers les très nombreuses propositions toutes faites sur le marché.

Cardigan, Mango, 69,99 $ · Veste, Addition Elle, 59,99 $ · Haut, Babaton, 58 $.

La chaîne espagnole Mango surfe sur cette obsession pour les tricots depuis quelques saisons et constate que la pandémie a renforcé cet attrait. La collection Comfy, composée de 70 pièces à l’esthétique minimaliste, prône le bien-être dans son slogan : « Confortable comme si vous étiez à la maison, mais élégant comme si vous n’y étiez pas ». Le best-seller est un cardigan chiné moelleux et rassurant. Les robes-pulls épurées, qu’on enfile les yeux fermés, ont la cote. Même les pantalons et les leggings se mettent à la maille et se portent en tandem avec un pull assorti. « Un survêtement de sport en cachemire jumelé à un veston surdimensionné est le summum du chic confo », dit Afiya Francisco.

Veston, Joe Fresh, 39 $ · Jean large, Old Navy, 49,99 $ · Jean foncé, Yoga jeans, 118 $ · Pantoufles, Michael Michael Kors, 88 $. Photo : gracieuseté de Victoria Beckham.

Et l’éternel jean…

Il ne faudrait pas sous-estimer la force tranquille du denim, qui restera toujours un repère dans nos zones de confort. Les tendances côté toile bleue penchent vers les coupes amples, très années 2000. Celles qui préfèrent l’ajusté peuvent respirer grâce au jean multiextensible ( le tissu s’étire en largeur et en longueur ) et à de bonnes doses d’élasthanne  (jusqu’à 5 %). Trop facile d’empoigner un t-shirt pour accompagner le jean ? Laurence Bareil y va de ses propositions vidéogéniques et ultraconfortables : les cardigans décolletés en V, portés avec manches relevées au coude (« Le V profond les rend sexy ! »), et les chemisiers de soie boutonnés jusqu’au cou, un truc efficace qui ajoute du style sans passer par la case accessoire.

 

Robe bleue, Vallier, 220 $ · Robe verte foncée, Gap, 84,95 $ · Robe verte pâle, Dynamite, 49,95 $.