Ma parole!

En réponse à Richard Martineau

Notre chroniqueuse Geneviève Pettersen répond au texte de Richard Martineau, "Porter l'ennemi dans son ventre".

Ma_parole

Hier, sur son blogue du Journal de Montréal, le chroniqueur Richard Martineau a critiqué le propos de ma première chronique dans Châtelaine. Je passerai sous silence le fait que monsieur Martineau a coupé des pans entiers de mon texte pour lui faire dire le contraire de ce qu’il dit véritablement. La chronique de Richard Martineau remet en question la prémisse même de ma chronique, à savoir le droit fondamental d’une mère à se questionner sur la façon dont elle élèvera ses enfants. Celui-ci prétend que je veux brimer la nature profonde de mon fils en l’élevant comme une fille, alors que je précise justement que je ne l’élèverai pas comme UNE fille mais bien comme j’élève mes filles, en tentant à tout prix d’éviter les stéréotypes liés au genre et en me méfiant constamment de mes propres préjugés. Je pense que j’étais parfaitement en droit de me poser ces questions. Tout comme je suis en droit d’être inquiète à l’idée d’être enceinte d’un fils. D’être inquiète pour lui et non de lui, entendons-nous. Et je ne suis pas la seule. J’ai reçu de nombreux courriels de mères inquiètes pour leurs fils et qui s’interrogeaient sur la façon dont on percevait dorénavant les hommes dans notre société.

Ce que je trouve intéressant et, surtout, révélateur, ici, c’est de voir quels genres de réactions a suscité le feu de paille allumé par le chroniqueur. Richard Martineau m’accuse de faire partie d’un mouvement sexiste anti-homme, mouvement qui a supposément le vent dans les voiles au Québec. Ce qui me fait tiquer, c’est qu’en refusant même de considérer la question du rapport des hommes à la violence et à l’agression, monsieur Martineau et beaucoup de ses lecteurs ont condamné mes propos de façon elle-même on ne peut plus violente. Ainsi, des hommes, mais aussi des femmes, laissent entendre que mon mari a dû me violer pour me forcer à avoir des enfants, suggèrent de me donner une fessée pour me corriger ou affirment que ce sont des folles comme moi qui jettent leur bébé aux poubelles. Ces gentlemen sont même assez gentils pour me proposer un voyage en Arabie Saoudite, afin de comprendre c’est quoi le « vrai »machisme, tout en recommandant à mon mari de me « répudier ». On parle aussi d’un grand complot fomenté par les féministes et les homosexuels (qui auraient trop de droits au Québec) et on ose même faire des allusions aux « dérapages » autour du drame de Polytechnique.

Je ne sais pas si le sexisme anti-homme, comme le nomme monsieur Martineau, se porte bien, mais je sais que la misogynie pure et la mauvaise foi sont en grande forme.

Pour écrire à Geneviève Pettersen: genevieve.pettersen@rci.rogers.com

Pour réagir sur Twitter: @genpettersen

Geneviève Pettersen est l’auteure de La déesse des mouches à feu (Le Quartanier)