Famille tout compris

2015 ou 1955?

Pour sa dernière chronique de l'année, Marianne Prairie souligne les incohérences de notre gouvernement et fait le bilan peu reluisant des récentes décisions de ce dernier. Un gros bof, selon elle.

 

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« Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça. »

Si je ne devais choisir qu’une phrase pour résumer 2014, ce serait celle-là. C’est le ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, qui a prononcé cette abomination en août, alors qu’il commentait les compressions budgétaires dans les commissions scolaires. Pas d’argent pour acheter de nouveaux livres de bibliothèque ? Bof.

Ça a donné le ton pour la deuxième moitié de l’année. Au fil des semaines qui ont suivi, nous avons eu droit à d’autres déclarations fracassantes : les probables coupures d’un milliard en éducation, suivies par la fin du tarif unique des garderies subventionnées et de la gratuité du programme provincial de procréation assistée, pour culminer avec l’augmentation de la tâche des enseignants. Sans oublier la frousse que nous avons eu en septembre pour le maintien du Régime québécois d’assurance parentale et plus récemment pour la survie de publications de vulgarisation scientifique comme Les Débrouillards. Et j’en passe. Il n’est question ici que de ce qui touche les familles et l’éducation.

Le ministre Bolduc a vu juste : pas d’enfant décédés jusqu’à maintenant. Mais beaucoup de parents qui sont un p’tit peu morts en dedans à l’annonce de chacune de ces nouvelles mesures d’austérité. Pousser la classe moyenne à boutte ? Bof.

Tout ça pour atteindre le sacro-saint équilibre budgétaire, un objectif qui semble faire perdre tout sens du réel au gouvernement libéral. La hausse des frais de garderie pourrait inciter les femmes à quitter le marché du travail et rester à la maison ? On n’y a pas pensé. Des classes plus nombreuses nuiraient à la réussite scolaire ? On ne croit pas, non. Re-bof.

Appelez ça de l’inconscience ou de l’incompétence (ou des manigances électoralistes), le résultat est le même. Me faire « bof-er » de la sorte par nos dirigeants, ça me fâche et ça m’inquiète. Quel retour en arrière ! La prochaine page du calendrier afficherait l’année 1955, je ne serais même pas surprise. Plutôt que d’encourager la population active à prendre le relais des baby-boomers vieillissants en lui facilitant la vie ou en l’incitant à la donner en faisant des enfants, on mise tout sur un objectif à très court terme (2015-2016) qui aura des répercussions pendant longtemps.

Car, à force de détricoter le filet social, une maille à la fois, c’est un nouveau pan de la population qui arrivera difficilement à joindre les deux bouts et qui s’ajoutera aux trop nombreux citoyens déjà en situation de précarité. Et oubliez le bas de laine. Privilège d’une autre époque.

« Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça », c’est une phrase qui incarne exactement le contraire du projet de société que je souhaite pour le Québec. Elle nie complètement le potentiel des générations futures. La création de la richesse passe, entre autres, par un système d’éducation de qualité et les politiques de conciliation de travail-famille qui permettent aux femmes de s’émanciper. Des investissements difficilement chiffrable, certes, mais qui assurent l’avenir d’une nation, non ? On peut voir plus loin que le Plan Nord et les oléoducs, non ?

Pour 1955 2015, je nous souhaite d’attacher notre tuque et de se serrer les coudes. Métaphoriquement et pour de vrai, dans la rue, quand on sera des milliers à défendre le Québec que l’on souhaite à nos enfants.

Amour, santé et solidarité. xx

PS – Messieurs et mesdames les ministres, selon les auteurs de ce livre, l’austérité, il y a des gens qui meurent de ça.

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