Famille tout compris

Les parents à la défense des écoles publiques

Pourquoi notre chroniqueuse Marianne Prairie fera partie d’une chaîne humaine devant une école de son quartier.

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Lundi matin 1er juin, des chaînes humaines composées de parents et d’enfants ont entouré une centaine d’établissements d’enseignement partout au Québec. Leur mobilisation avait une symbolique forte et un message percutant: «Je protège mon école publique!» Ce cri du coeur était évidemment destiné au gouvernement Couillard qui sabre allègrement le budget alloué à l’éducation tout en laissant croire que les services aux élèves n’en seront pas affectés. Un discours une cassette se-voulant-rassurante que le ministre de l’Éducation, François Blais, a répété encore en fin de journée lundi. Selon lui, il ne faudrait pas succomber aux scénarios catastrophes, on capote pour rien, calmez-vous le pompon, «Moi aussi, je suis un parent, père de deux filles qui sont dans le système public. Je ne suis pas du tout inquiet aujourd’hui, et je n’ai pas du tout l’intention de changer mes filles d’école».

T’sais, le genre d’argument convaincant.

Pendant que vous roulez des yeux comme moi, j’en profite pour vous rappeler que les commissions scolaires font face à des compressions budgétaires draconiennes. À titre d’exemple, 41 millions seront coupés à la Commission scolaire de Montréal d’ici deux ans, tandis qu’à Laval et Longueuil, ce sont respectivement 13,5 et 11,9 millions dont on devra se passer en 2015-2016. On prévoit que 250 postes de professionnels de l’éducation (psychologues, orthophonistes, conseillers pédagogiques et psychoéducateurs) seront coupés l’an prochain. Et n’oublions pas que les tâches des enseignants seront augmentées, tout comme le nombre maximal d’élèves par classe au primaire et au secondaire.

Mais les services aux élèves ne seront pas affectés.

Ça me sidère. À mes yeux, c’est même un non-sens. L’école publique doit se défendre elle-même parce que son propre gouvernement juge que l’éducation, bof, on peut s’y attaquer sans perdre trop d’électeurs. Des parents et des membres du personnel scolaire s’érigent contre le saccage d’une institution qui a le potentiel d’assurer l’avenir et la richesse de la province en permettant une éducation accessible à tous. À ceux qui ont des difficultés d’apprentissage comme à ceux qui ont des difficultés financières. Parce que privatiser, ça creuse des fossés. Je vous en passe un papier, l’austérité ne disparaîtra pas avec l’atteinte de ce foutu équilibre budgétaire.

Cette action panquébécoise, «Je protège mon école publique», était la deuxième du genre. Le 1er mai, plusieurs écoles montréalaises avaient lancé le bal. Les porte-parole du mouvement envisageaient de continuer les manifestations à la rentrée. Comptez sur moi pour devenir un maillon de cette chaîne humaine devant l’école de mon quartier, avec mon mari et mes deux filles.

En terminant, j’en profite pour répondre à ceux qui croient qu’on ne devrait pas mêler les enfants à ça, qu’on les prend en otage, qu’on les manipule à des fins partisanes (j’ai lu tout ça dans les commentaires sous un article de Radio-Canada). Pauvres enfants qui vont tenir la main de dangereux (et probablement sales) militants de gauche copains de classe! D’abord, une petite rectification: c’est le gouvernement libéral qui nous prend en otages avec ses mesures d’austérité et qui nous manipule en insinuant à tort que c’est pour notre bien. Personnellement, je trouve l’idée de montrer à nos enfants qu’on peut exprimer sa colère de manière pacifiste et solidaire très inspirante. L’éducation citoyenne, on l’apprend peu à l’école. C’est l’occasion de passer de la théorie à la pratique. Et de crier un peu avec les enfants, pour les enfants, que ce n’est pas parce qu’ils ne peuvent pas voter qu’ils doivent être laissés pour compte.

Illustration d'Elise Gravel (elisegravel.com)

Illustration d’Elise Gravel (elisegravel.com)

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prarie est l’auteure de La première fois que… Conseils sages et moins sages pour nouveaux parents (Caractère)