L'édito

Que vaut la vie des femmes?

Les féminicides semblent se multiplier au pays. Il est plus que temps que l'on se serre les coudes. Des femmes ont besoin de notre aide.

Femmes

Photo: Becca Tapert/Unsplash

Elles s’appelaient Isabelle, Véronique, Cathy, Marylène, Noémie, Dahia… N’oublions pas leurs prénoms. Elles ont été assassinées par des hommes violents. Et leur mort aurait pu être évitée.

Depuis quelques mois, les féminicides semblent se multiplier. Je n’en peux plus d’entendre à la radio « qu’une femme a été trouvée sans vie dans son logement » quand je me lève, à l’aurore. Une autre victime. Mais pourquoi?

Au pays, une femme ou une fille est tuée tous les trois jours, selon l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation. « Lorsque la relation entre la victime et l’accusé était connue, 57 % des victimes ont été tuées par un partenaire intime actuel ou ancien », peut-on lire dans le rapport de l’Observatoire intitulé #Cest un fémicide – Comprendre les meurtres des femmes et des filles basés sur le genre au Canada en 2019. Que vaut la vie des femmes? Pas grand-chose, on dirait bien.

J’ai googlé « tuée par son conjoint ou ex-conjoint » pour mettre des noms sur ces statistiques. Des visages, qu’on a vus dans les médias, sont apparus à l’écran. Des filles, des aînées, des mères – souvent retrouvées mortes avec leurs enfants. À quoi ressemblait leur vie avant le drame? Elles subissaient sans doute une violence « ordinaire » constituée d’injures, de menaces et de coups de poing sur la gueule. Elles avaient sans doute peur… Peut-être craignaient-elles pour leur vie?

Une scène de la série M’entends-tu? (épisode 13, Télé-Québec), que je regarde avec mon chum et ma cadette, m’a fait réfléchir sur ce que vivait le personnage de Carolanne, campé avec une grande justesse par Eve Landry. Ma fille ne comprenait pas que Keven, son conjoint manipulateur, puisse être en train de lui préparer un bon souper (« des p’tites saucisses à hot-dog comme t’aimes! ») même s’il l’avait battue un peu plus tôt. « Parce que la violence conjugale est complexe… », ai-je platement répondu.

Après les coups, les beaux mots. Après les « je t’aime », les insultes. Un cercle infernal qui paralyse bon nombre de victimes, les isole et les enferme dans la honte – alors que ce sont les agresseurs qui devraient la porter, cette honte.

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a promis d’agir à la suite du meurtre, en décembre dernier, d’une Montréalaise de 42 ans et de ses fils de 2 et 4 ans. Souhaitons qu’elle passe à l’action avec des gestes concrets. Nous devons éveiller nos jeunes à ces enjeux. Afin qu’elles et qu’ils aient les outils pour détecter les signes de violence et mieux gérer leur agressivité et leurs pulsions destructrices. Je pense aussi à un meilleur financement des maisons d’hébergement, qui font un travail remarquable auprès des personnes vulnérables. Des femmes ont besoin de notre aide. Et ça presse.

 

Johanne Lauzon, rédactrice en chef

Vous êtes victime de violence conjugale? Vous en êtes témoin? Vous pouvez contacter la ligne SOS Violence conjugale: 1 800 363-9010, ou une maison d’hébergement pour du soutien téléphonique ou d’autres formes d’aide: maisons-femmes.qc.ca