Société

Violence conjugale et confinement: un cocktail explosif

Si le confinement constitue une méthode efficace pour freiner la pandémie de COVID-19, ses effets pourraient s’avérer dévastateurs au chapitre des violences faites aux femmes. La situation préoccupe la directrice de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Manon Monastesse. Entrevue.

Femme terrorisée

Photo: iStock.com / fizkes

Quand il est question de violence conjugale, confinement rime davantage avec séquestration que protection. Dans un récent rapport, l’Organisation des Nations Unies s’est dit alarmée par la flambée mondiale des violences domestiques depuis le début de la pandémie.

Le Québec n’est pas en reste. Depuis que le gouvernement prône la distanciation sociale, les appels de détresse logés à la ligne SOS violence conjugale ont grimpé de plus de 15 %.

À la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, la directrice Manon Monastesse et son équipe tiennent le fort. Fatiguée, mais déterminée, elle a répondu aux questions de Châtelaine.

Êtes-vous inquiète de la situation?
«Très inquiète. Les femmes sont en confinement avec leur agresseur. Ça leur donne très peu d’opportunités pour s’échapper. Elles appellent en plein milieu de la nuit, tapies dans la salle de bain pour ne pas se faire entendre. Et il y a les enfants, qui sont exposés à cette violence.»

Recevez-vous plus de demandes d’aide dans vos maisons d’hébergement?
«Dans certaines régions oui, dans d’autres non, et c’est très préoccupant. Pour nos 36 maisons, le taux moyen d’occupation, l’année dernière, était de 94 %. Mais pour beaucoup de maisons, c’était plus de 100 %. Et là, tout à coup, certaines se retrouvent avec un taux beaucoup plus bas. C’est évident que c’est dû au confinement, parce que l’isolement, c’est la première stratégie que les conjoints violents utilisent. Ils isolent les femmes de leur famille, de leurs amies et de leurs collègues. Un confinement imposé, ça leur donne un contrôle absolu sur leur partenaire.»

Quel conseil donnez-vous aux femmes qui sont dans cette situation?
«Entrez en contact avec SOS violence conjugale. N’hésitez pas à demander de l’aide. On est en isolement, mais ce n’est pas une raison pour ne pas fuir.»

Comment les maisons d’hébergement s’organisent-elles dans les circonstances?
«On a mis en place des mesures sanitaires et des règles de confinement. [NDLR: Québec a aussi suspendu temporairement les droits de garde ou droits d’accès d’un parent lorsque l’autre parent qui a la garde de l’enfant réside dans une maison d’hébergement qui impose des mesures d’isolement.] Des discussions sont en cours pour trouver d’autres sites d’hébergement pour les femmes qui présenteraient des symptômes ou qui seraient atteintes de la COVID-19. On a aussi pris des mesures pour avoir des équipes en back-up si jamais certaines de nos intervenantes tombaient malades*.»

Comment envisagez-vous l’après-pandémie?
«Avec inquiétude. On a vu d’autres crises, comme des fermetures d’industries, où les femmes s’étaient retrouvées confinées avec leur conjoint. Le taux d’occupation des maisons d’hébergement avaient chuté. Quand le travail a repris, les demandes d’aide ont été exponentielles. C’est à ça qu’on se prépare et on se demande comment on va faire face à la situation. Dans le dernier budget provincial, le gouvernement avait annoncé 24 millions de dollars par année sur cinq ans pour les 130 maisons d’hébergement du Québec. Nous, on calculait que juste pour nos 36 maisons, il aurait fallu 32 millions par année. C’était déjà la crise avant la crise.»

Manon Monastesse

Manon Monastesse (Photo: Christina Alonso)

*Au moment de publier, on ne dénombrait aucun cas de contamination à la COVID-19 dans les maisons de la Fédération.

Vous êtes victime de violence conjugale ? Vous en êtes témoin ? Vous pouvez contacter la ligne SOS Violence conjugale: 1 800 363-9010 ou une maison d’hébergement pour du soutien téléphonique ou d’autres formes d’aide: maisons-femmes.qc.ca