Ma vie en 22 adresses gourmandes

Dans son premier billet comme blogueuse invitée, la foodie Katerine-Lune Rollet nous présente son autobiographie gastronomique.

 

Chroniqueuse du mois

 

Le parcours d’une foodie se confectionne comme un Boston Cream Pie (gâteau Boston). Il faut beaucoup de temps, d’amour, de gras et de sucre. Histoire d’apprendre à se connaître, je mets la table avec ce premier billet en vous dévoilant le contenu de mon assiette depuis 25 ans.

 

Les restaurants dont le nom est en gras existent toujours.

 

1993 Le Panier (3977, boul. Saint-Laurent) Première année de cégep, je découvre les sushis avec une camarade. À l’époque, ils sont quasi inexistants à Montréal. Nous sommes sans le sou et nous nous partageons le spécial du midi à 7,95$.

 

1994 Second Cup (1551, rue Saint-Denis) J’ai 19 ans et tout ce que j’ai comme expérience professionnelle, c’est comédienne (J’étais Sophie Bonin-Jutras dans Watatatow. Je vous en reparle plus loin). Je veux un «vrai» travail. Ma meilleure amie et moi, nous devenons baristas. À l’époque, c’était une chaîne inconnue et on se trouvait très hot!

 

1995 Premier voyage initiatique en sac à dos. Je pars trois mois en Italie et je mange une crème glacée par jour pour savoir dans quelle ville se trouve le meilleur gelato.

 

1996 Café Epoca (6778, boul. Saint-Laurent) Je reviens d’Italie et je veux pratiquer mon italien. Je suis donc serveuse dans la Petite-Italie, où la jeune génération d’Italo-Canadiens me parle… en anglais.

 

1997 Café Saigon (1280, rue Saint-André) Adolescente, j’y allais avec mon père. Maintenant étudiante à l’UQÀM, je commande toujours le même bol de vermicelles avec rouleaux impériaux.

 

1998 Toqué! (alors situé au 3842, rue Saint-Denis) C’est le 60e anniversaire de la mère de mon premier amoureux et, pour la première fois de ma vie, je m’assois dans un restaurant gastronomique. Je me rappelle très bien la table ronde où nous étions, les serveurs discrets, avoir goûté du pigeon.

 

Plat du restaurant Toqué
Plat du restaurant Toqué!

 

1999 Déli-Panneur (1822, rue Notre-Dame Ouest) Si aujourd’hui la rue Notre-Dame Ouest est un incontournable pour manger à Montréal, à l’époque, il n’y avait RIEN dans ce coin-là. Les tournages de Watatatow se font au coin de la rue et, le midi, les comédiens y achètent des (mauvais) sandwichs.

 

2000 Jongleux Café (3434, rue Saint-Denis) Repas inoubliable dans cet établissement dont le chef (Nicolas Jongleux) s’est suicidé la même année. Je me souviens encore de ma première bouchée de son fondant au chocolat.

 

2001 Pistou Déjeuner (4489, rue de la Roche) Je suis follement amoureuse d’un homme avec qui je vis la nuit. On ne dort pas et, à 6h du mat, on se pointe là pour manger des crêpes. Je n’ai jamais compris pourquoi les gens faisaient la file à L’Avenue, alors que cet endroit était tout à côté.

 

2002 Vova (5225, avenue du Parc) Méga peine d’amour, je suis anéantie. M’entraîner au YMCA du Parc devient ma bouffée d’air quotidienne. Je vais souvent à l’épicerie-comptoir Vova, un demi-sous-sol où l’on trouve des spécialités russes.

 

2003 Le Continental (4157, rue Saint-Denis) C’est probablement le restaurant où j’ai le plus souvent mangé dans ma vie. J’anime une émission quotidienne à la télévision de Radio-Canada et j’y vais presque toutes les semaines. Il y avait toujours des gens de la communauté artistique, et je garde un souvenir impérissable de l’entrée de figues et fromage de chèvre qu’on y servait.

 

Restaurant Aux Vivres. Photo tirée de Facebook.
Restaurant Aux Vivres. Photo tirée de Facebook.

 

2004 Aux Vivres (4631, boul. Saint-Laurent) Période pendant laquelle je me qualifie de «carnivore sociale» et où je dévore régulièrement le bol du Dragon de ce restaurant végétalien. Un incontournable montréalais.

 

Bol du dragon, restaurant Aux Vivres.
Bol du Dragon, restaurant Aux Vivres.

 

2005 Les chèvres et Le chou (1201, rue Van Horne) Pour mes 30 ans, mes amis m’organisent une journée d’anniversaire-surprise et demandent à Patrice Demers, mon pâtissier préféré, de créer un dessert (au chocolat!) pour l’occasion. Il a eu la gentillesse de se prêter au jeu.

 

2006 La Montée de lait (371, rue Villeneuve Est) Afin de parfaire mon métier d’intervieweuse, je demande à Stéphan Bureau de devenir mon mentor. Il accepte et on se rencontre pour la première fois dans ce minuscule endroit. Onze ans plus tard, ce qui s’est transformé en amitié se vit toujours autour d’un bon repas.

 

2007 L’InterContinental Montréal (360, rue Saint-Antoine Ouest). Après 16 ans de travail ininterrompu devant les caméras, je n’ai plus de contrats. Je me fais concierge dans un grand hôtel : je suggère de bonnes adresses aux touristes et je mange les restes de banquets dans la cafétéria des employés.

 

2008 Duc de Lorraine (5002, chemin de la Côte-des-Neiges) Je change de quartier après 32 ans de vie sur le Plateau. Tous les samedis, j’achète un croissant aux amandes dans cette pâtisserie.

 

2009 Brontë (1800, rue Sherbrooke Ouest) Engagée par Sid Lee, je deviens l’ambassadrice gastronomique de Tourisme Montréal. Je suis formée pour être blogueuse et partager mes coups de cœur. Je passe un an à être payée pour m’attabler. Le feu restaurant Brontë du chef Joe Mercuri reste marquant dans cette aventure.

 

2010 Puisque je dévore toujours ma ville, je décide de partager mes découvertes et crée mon blogue. Plus de 800 billets plus tard, je suis toujours aussi assoiffée de nouvelles adresses.

 

2011 Steirereck (Vienne, Autriche) Je déniche différentes piges où je traite de tourisme gastronomique. Ce restaurant, considéré comme l’un des meilleurs au monde, est aussi ma plus chère facture à ce jour: 775$ pour deux. De tout ce repas, je me souviens que la tisane n’était pas à la menthe, mais au basilic. Délicieux.

 

2012 Épicerie Segal (4001, boul. Saint-Laurent) J’habite seule et j’ai l’habitude de cuisiner tous mes repas les dimanches après-midi. Je vais régulièrement chez Segal, qui est encore à ce jour, l’endroit le moins cher pour faire ses courses à Montréal.

 

2013 Marché Bangladesh (3721, rue Notre-Dame Ouest) Pour Le Journal de Montréal, je pars à la découverte des quartiers, où je trouve de petites perles, comme cette épicerie qui vendait à la fois des légumineuses et des pièces d’ordinateurs.

 

2014 Hôpital Saint-Luc (1058, rue Saint-Denis) J’accouche de mon fils. Trois par jour, je refuse de toucher à mon plateau (comment peut-on guérir en s’alimentant avec de la nourriture sans texture, sans goût, sans plaisir?). Mon mari m’apporte systématiquement une glacière pleine de victuailles.

 

2015 Sutton La Montréalaise pure et dure que je suis achète une maison à la campagne. Je vis une belle histoire d’amour avec les Cantons-de-l’Est et ses producteurs. Je vous les présenterai dans un prochain billet.

 

2016 Panacée (1371, rue Sainte-Catherine Est) Pendant trois ans, j’anime la quotidienne Montréalité, tournée dans l’édifice de TVA. Mon coup de cœur dans le Village: ce café qui avait à sa tête Fanny Verrier, une jeune cheffe noire (triplement rare!) très prometteuse. J’espère la retrouver derrière mon assiette un jour.

 

 

Restaurant Lov. Photo tirée de Facebook.
Restaurant Lov. Photo tirée de Facebook.

 

2017 Lov (464, rue McGill) Je poursuis toujours mes pérégrinations et ma découverte préférée depuis le début de l’année est ce restaurant végétarien. À la fois branché, succulent et lumineux.

 

Photo: Louis Prudhomme
Photo: Louis Prudhomme

 

Ce n’est pas pour rien que sa famille l’appelle le petit mulot: l’animatrice Katerine-Lune Rollet est avant tout une gourmande qui grignote sans arrêt. Chroniqueuse pour le magazine Ricardo, elle s’assoit aux meilleures tables pour son blogue katerinerollet.comEntourée de ses huit poules, elle vous partagera cet été ce qui titille ses papilles. Z’avez faim?

 

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