Féministe tout compris

Quels gestes peut-on faire (si on est outrées de l'élection de Trump)?

Préoccupée depuis l’élection de Donald Trump, notre chroniqueuse Marianne Prairie propose une liste de gestes concrets à faire.

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Depuis l’élection de Donald Trump, je lis comme une damnée. D’abord, je me suis appuyée sur les analyses et les articles pour me donner une certaine contenance. J’ai passé de longues heures sur les réseaux sociaux à faire défiler mon fil de nouvelles, ma petite bulle algorithmique qui m’avait fait croire à une possible victoire d’Hillary, mais qui a aussi su me réconforter en ces lendemains difficiles. En m’informant à outrance, j’ai essayé de trouver un sens à cette tragédie – comment appeler ça autrement?

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Nayyirah Waheed.

J’étais démolie, déçue et fatiguée. Puis, l’inquiétude m’a saisie et ne m’a plus quittée. Si la misogynie, le racisme, l’homophobie et toutes les haines de « l’autre » étaient déjà alive and well avant le 8 novembre 2016, qu’adviendrait-il des femmes et des personnes LGBTQIA, racisées, autochtones, handicapées, immigrantes avec le Doritos démagogue comme président? Quel ressac ces gens allaient-ils subir, avec cette hostilité désormais décomplexée, voire cautionnée?

Aujourd’hui, alors que l’onde de choc continue de se fait sentir au fil des nominations de la garde rapprochée de Trump à la Maison-Blanche (mentionnons seulement le suprémaciste blanc Steve Bannon comme haut conseiller et stratège – brrr!), j’ai pensé faire un appel à l’action. J’ai eu envie d’ajouter ma voix au « We will organize! » lancé par la célèbre féministe américaine Gloria Steinhem. Déjà une grande manifestation, la « Million Women March » est prévue à Washington pour le week-end d’assermentation de Trump en janvier 2017. Mais que faire d’autre ici, au quotidien? Car ne nous leurrons pas, « l’effet Trump » ne s’arrête pas aux douanes.

Voici, sans ordre particulier, des gestes concrets d’empathie, de résistance ou de lutte qu’on peut accomplir en solidarité avec les communautés et personnes qui vivent déjà avec la discrimination et qui ont plus que jamais peur pour leur sécurité. En tant que femme blanche au statut privilégié, je ne perçois et expérimente qu’une infime partie de ces violences. C’est pourquoi j’ai demandé l’aide de précieuses collaboratrices. Céline, Marie-Danièle, Kaligirwa et Nadine, un immense merci.

Soutenir un organisme qui défend les droits des femmes, des personnes LGBTQIA, racisées, autochtones, handicapées, immigrantes en faisant un don, en devenant bénévole, en assistant aux événements bénéfices ou en siégeant au conseil d’administration.

Garder les enfants de votre amie militante qui souhaiterait en faire plus ou de votre voisine immigrante, isolée de sa famille et de ses amis.

Organiser un midi-conférence avec une personnalité engagée dans votre milieu de travail. Si vous devez vous justifier, il y a la Journée internationale des droits des femmes (8 mars), le Mois de l’histoire des Noirs (février), la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie (17 mai), etc.

Participer à une vraie de vraie manifestation. Se placer à l’arrière et ne pas crier plus fort que les personnes qui mènent la marche.

Désamorcer les insultes et le harcèlement lorsqu’on en est témoin dans un lieu public. Ce chouette guide créé par l’illustratrice Maeril, explique une intervention en quatre étapes. C’est simple, efficace et nul besoin d’avoir le physique d’un garde du corps ou une ceinture noire d’arts martiaux pour que ça marche.

Source

Source: page Facebook de Maeril.

Réagir autrement aux blagues sexistes, racistes ou homophobes. Changer le rire nerveux pour camoufler son malaise par une question toute innocente : « Je ne comprends pas pourquoi c’est drôle. » Voir le pseudo-humoriste s’empêtrer dans des explications confuses. Poser « naïvement » d’autres questions pour l’achever. Rire pour vrai par en dedans.

Apprendre une nouvelle langue pour renouer avec l’humilité et s’ouvrir au monde. Ne serait-ce que l’anglais pour lire et partager une foule de bons articles sur l’important mouvement Black Lives Matter.

Démontrer une position d’ouverture et des valeurs d’égalité, particulièrement lorsqu’on se trouve dans une position de pouvoir ou d’autorité. Prêcher par l’exemple auprès des jeunes. Par exemple, ce prof de Chicago a affiché ceci dans sa classe au lendemain des élections.

Source

Source: page Facebook de Shaun King.

Donner l’occasion à des personnes moins visibles ou moins privilégiées de prendre la parole, surtout au sujet des enjeux qui les concernent directement. Céder ou partager sa tribune avec des voix émergentes lors d’un colloque, d’une entrevue dans un média ou d’une participation à un événement professionnel ou culturel.

Lorsqu’une personne marginalisée exprime son point de vue ou son expérience, se taire et écouter. Résister à l’envie de répondre en rapportant tout à soi, en lui disant de se calmer ou en tentant de la rassurer en banalisant ce qu’elle vit. Écouter. En chair et en os ou sur le web. Juste écouter.

S’informer soi-même sur des sujets qui nous «challengent» (des idées en vrac : culture du viol, réfugiés syriens, profilage racial) plutôt que demander aux personnes au cœur de ces enjeux de faire notre éducation. C’est excellent de poser des questions, d’être curieux et de chercher à comprendre, mais il est parfois lourd pour ces personnes de tout expliquer, tout le temps, à tout le monde. Google se tanne jamais, lui!

Suivre des gens diversifiés sur les médias sociaux. Se tenir loin des polémistes. Repérer les militants pour les droits humains (ou toute personne allumée) dans votre réseau et lire réellement les liens qu’ils partagent avant de commenter. En fait, même pas besoin de commenter.

Se créer un club de lecture d’essais ou d’articles pour échanger et approfondir ses réflexions en petit groupe, question de se donner une pause dans la gestion de commentaires de mononcles sur Internet. Proposer ensuite ces lectures aux mononcles avec des arguments béton.

Ranger sa cape de superhéros ou sa soutane de missionnaire. Il n’y a personne à « sauver », que des gens qui souhaitent être traités sur le même pied d’égalité.

Distribuer des messages gentils à des étrangers et prendre régulièrement des nouvelles de son entourage.

Photo par Drew Angerer/Getty Images.

Photo par Drew Angerer/Getty Images.

Photo par Drew Angerer/Getty Images.

Photo par Drew Angerer/Getty Images.

D’autres idées? Par quoi est-ce que vous allez commencer?

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Pour écrire à Marianne Prairie: chatelaine@marianneprairie.com

Pour réagir sur Twitter: @marianneprairie

Marianne Prairie est la co-directrice de l’ouvrage collectif Je suis féministe, le livre (les éditions du remue-ménage)